Lorsque l'on a découvert la XJ6 en photo l'automne dernier, la surprise paraissait mesurée. Avec sa ligne classique et son profil "low budget" apparent, le nouveau roadster milieu de gamme japonais ne possédait pas à priori les meilleures armes pour subjuguer les foules. Et puis, on a pu ensuite la détailler lors des salons de fin d'année. Et déjà, les premières impressions "tiédasses" laissaient la place à une vraie considération. Car si elle repose sur un cadre acier là où ses devancières et concurrentes recourent souvent à l'alu, la XJ6 ne rechigne pas sur la qualité de fabrication. De ses plastiques très ajustés, son réservoir parfaitement intégré à son habillage arrière aussi dessiné que soigné, cette moto rappelle davantage certains gros cubes que le standard de la catégorie. Même l'échappement habilement caché sous le bras confirme : les Yamaha des années 2000 sont très bien fabriquées et ne craignent nullement la comparaison, bien au contraire. Malgré sa vocation grand public, voici donc un roadster aussi sobre que valorisant devant les terrasses de café. Et ça a son importance quand on joue avant tout le rapport qualité/prix. Mais vous n'avez encore rien vu. Montons à bord.
L'acier reprend ses droits
D'emblée, la XJ6 apparaît plus basse que la populaire FZ6, et aussi moins volumineuse. Le cadre qui parcourt la moto en ligne droite sous la selle se fait déjà oublier entre les jambes. Fini les gros montants latéraux alu, le tube acier reprend plus discrètement ses droits et nul ne s'en plaindra ! Les cuisses serrent naturellement l'habillage plastique du réservoir (ce qui évite de rayer la peinture avec les gros pantalons d'hiver...), le buste en léger appui sur le guidon. La selle juste un peu ferme cale par ailleurs très bien les fesses et ne devrait guère handicaper les trop courts sur pattes. Avec mon 1,78 m, je fléchis sensiblement les jambes en posant les pieds bien à plat. Je suis presque comme à la maison à son bord, et ce ne sont pas les premiers tours de roues qui contrediront cette impression. En bon 4-cylindres, le bouilleur Yamaha entraîne son équipage sans histoire. La réponse à la poignée est transparente, sans à-coups. Résonnant dans la boite à air, la sonorité rugueuse rappelle les origines sportives de la mécanique dérivée de la R6. Mais rebaptisée XJ6, elle a été ici nettement optimisée pour le quotidien. Certes, il ne faut guère en attendre de miracles en dessous de 4 000 tr/min, où la courbe de couple marque un creux sensible. Mais au-delà, la XJ6 enroule en ville en 6ème sans trop se faire prier. De son côté, la boîte de vitesses fait patte de velours, avec un verrouillage bien moins sec que ce que l'on connaissait sur ses devancières. Pour l'instant, c'est le sans faute : facile à piloter et adaptée à la plupart des gabarits, la nouvelle Yam' ratisse large. Mais il lui reste encore à s'affranchir des très sélectives routes creusoises pour passer son examen et viser la mention.
Elle tient son cap !
Sorti de Guéret, direction Montluçon par la 4 voies. A 110 km/h, la XJ6 ronronne paisiblement à 6 000 tr/min. A cette vitesse, la pression du vent ne se fait pas encore trop sentir sur le buste, mais ceux qui envisagent de croiser sur l'autoroute confortablement devront sans doute faire un tour du côté des accessoiristes. A part, ça, rien à signaler. La moto tient son cap sans sourciller, seules quelques vibrations venant chatouiller la plante des pieds. Il est temps de prendre la sortie Gouzon et de se mesurer aux revêtements typiques de la région... Nouvelle surprise : il va être difficile de trouver des suspensions plus efficaces pour ce prix ! Sur les bosses, petites ou plus prononcées, la XJ6 tient son cap sans bousculer son pilote ni même amorcer le moindre guidonnage... Pourtant, il ne fait pas chaud aujourd'hui, et sans doute l'hydraulique des amortisseurs est-elle un peu figée. Mais rien n'y fait, l'engin reste très sain quel que soit le rythme et trace de belles trajectoires sur ces routes pas faciles faciles. Là où la FZ6 bougerait davantage, la XJ6 procure une impression de rigidité omniprésente et pour tout dire, très agréable. Sans doute sa géométrie de direction, moins joueuse mais plus stable que celle de la FZ6, n'y est-elle pas étrangère, ainsi que sa colonne de direction 100% acier du genre maousse. Rapidement, on se prend au jeu... Cette fois, pour assurer des relances dignes de ce nom, c'est davantage du côté des 6 000 tr/min qu'il faut maintenir l'aiguille du compte-tours, voire 8 000 tr/min pour les plus pressés. Dés lors, le 4-cylindres allonge jusqu'à 10 000 tr/min sans traîner et temporise au-delà. A ce moment, le rythme n'a plus rien de touristique même si avec ses 78 ch., la XJ6 ne peut rivaliser avec les vraies teigneuses de la catégorie avouant 20 ch. de plus. Mais celles-là seraient-elles plus à l'aise dans les mêmes conditions ? Pas certain tant le travail des suspensions, la rigidité du cadre ou encore les belles accélérations de cette Yamaha conçoivent un cocktail aussi sûr que plaisant à piloter.
Pas la moins chère, mais...
Après Genouillac, quelques dizaines de kilomètres me séparent de Guéret. J'en profite pour faire un crochet par Bonnat puis Anzême via le fameux "Pont du diable" enjambant la rivière Creuse. Cette route tourmentée est taillée sur mesure pour ce chouette roadster. Tandis que les haies défilent de chaque côté du ruban de bitume, rien ne vient entacher ce premier galop d'essai, ou si peu. Je retiens juste le freinage, efficace mais aussi un peu trop agressif en tout début de course à l'avant. Les débutants devront faire attention sur le mouillé. De même, si l'espace passager se révèle très accueillant avec ses repose-pieds bas et la selle bien dessinée, les poignées longeant le fessier ne permettent pas de se maintenir facilement sur les accélérations ou freinages. Quant à l'équipement, il manque juste d'une béquille centrale... de série. Mais lorsque l'on se souvient des premières XJ 600 N Diversion des années 90, il faut mesurer ici le terrain parcouru sur la version 2009, autrement plus démonstrative et qui a su conserver sa vocation première : satisfaire une utilisation large pour un public tout aussi varié à un prix mesuré. Affichée à 6 149 , cette Yamaha XJ6 Naked n'est certes pas la moins chère de la catégorie (Honda CBF 600 à 5 990 euros et Suzuki Bandit 650 à 5 499 euros). Mais par les temps qui courent, on aurait bien tort de ne considérer que cette seule donnée au moment du choix tant la nouvelle Yamaha offre par ailleurs une somme de qualités rares... Foncez !








Photos XJ6 - 2009







