Ce mercredi à Cagnes, le n°3 POKERDOR défendra la casaque jaune et blanc de Guy Pariente, un propriétaire-éleveur qui a fait beaucoup parler de lui en 2011.
Portrait d'un homme qui a monté tout seul (et sans le soutien d'une dynastie) un "empire" hippique :
Guy Pariente est un propriétaire émotif... mais n'est-ce pas là un pléonasme ? Ce quinquagénaire monolithique, taillé dans le roc, qui règne sur un empire financier, ne ressemble pourtant pas à une midinette.... Toutefois, devant le cheval - l'avez-vous remarqué - l'Homme redevient un enfant. Emerveillé autant qu'apeuré. Le cheval rajeunit (parfois même il infantilise) et c'est vraiment ce que j'ai ressenti quand j'ai vu Guy Pariente pleurer après la victoire de Restiadargent dans le Critérium de Maisons-Laffitte. J'étais juste à côté de lui, incognito, et je puis vous assurer que ses larmes n'étaient pas feintes. « Je ne vous ai pas remarqué, j'étais dans un autre monde. » Cela, je n'ai guère eu du mal à le croire. Et c'est à ce moment que j'ai eu envie de faire plus ample connaissance avec cet homme puissant - physiquement comme socialement (il dirige deux groupes multinationaux) - qui pleurait devant son cheval.
"J'ai toujours adoré les animaux"
Carte d'identité : Guy Pariente est un Ch'ti qui a passé la frontière. Cela veut dire que ce natif du département du Nord, il y a 55 ans, vit aujourd'hui à Bruxelles. « De fait, explique-t-il, je n'ai que très peu de liens avec le Nord... si ce n'est d'y être né. Ma famille s'est très vite installée à Besançon et c'est là que j'ai grandi. » Besançon n'ayant pas la réputation d'être une capitale du cheval, on peut se demander comment le jeune Guy a fait la connaissance du quadrupède dont il allait tomber follement amoureux. « J'ai toujours adoré les animaux et le cheval en particulier, précise-t-il. De ce côté-là, il n'y a pas eu de révélation. Ma mère étant cavalière, il était logique qu'on me mît le pied à l'étrier. J'avais 7 ans quand j'ai découvert l'équitation et ce fut un vrai déclic. Oh, il ne s'agissait pas de compétition... mais de promenade avec un ami : le cheval. En même temps qu'une activité de plein air. Cela me plaisait tellement que je rêvais déjà d'avoir des chevaux à moi quand je serais adulte... et puis, ma mère eut un grave accident. Elle reçut un coup de pied qui lui fit exploser la jambe et j'avoue que, dans la famille, cela nous a refroidi. Nos rapports avec le cheval sont devenus distants et lorsque j'ai commencé à me lancer dans la vie active, il m'est carrément sorti de la tête. Le travail me prenait toute mon énergie, je n'avais plus le temps de penser à autre chose ! »
Casaque jaune... maillot jaune.
Il ne faut cependant pas être mage pour deviner que le cheval ne va pas tarder à ressurgir dans la vie de Guy Pariente. Ce n'est plus un cheval de sport, ni même de loisir, c'est un coursier : « Aussi loin qu'il m'en souvienne, c'est à Lérino que je dois ma première victoire, le 13 juillet 2003... mais mon intérêt pour le sport hippique est bien antérieur. » Guy Pariente en fait la genèse : Lors de son arrivée à Paris, il y a 30 ans, il se lie d'amitié avec Olivier Réglade qui lui inocule le « virus » du pur-sang. Il organise un déjeuner avec Jean-Claude Rouget (alors, petit entraîneur provincial) qui - ironie du sort - lui cèdera plus tard le susnommé Lérino à l'issue d'une course « à réclamer ». La vie passe, les affaires se développent et Guy décide de s'expatrier vers la capitale de l'Europe. Il s'inscrit au Jockey-club belge, qui lui permet d'obtenir plus rapidement ses couleurs en France, et choisit le jaune... « à cause du maillot jaune. J'ai pensé que cette couleur donnerait à mes chevaux l'envie de gagner ! »
KENDARGENT : un jeune étalon qui bat tous les records
Bien vu ! Car à partir de là, les succès vont s'enchaîner. Il y a Chopoulou, le « coup de foudre », quelques autres puis, la réussite hippique coïncidant avec celle du business, Guy Pariente voit plus grand : il va investir dans les foals, les yearlings et penser élevage. « Je me suis intéressé aux femelles parce qu'elles ont une valeur résiduelle. » Ce qui revient à dire : un mauvais cheval reste un mauvais cheval... mais une mauvaise jument peut être une grande poulinière. En sélectionnant les origines, on est obligé d'arriver à quelque chose. Le quelque chose de Guy Pariente, devenu éleveur sans sol, se nomme Kendargent. C'est le cheval de sa vie, il le sent, il le sait. Il pense alors très fort à un autre grand capitaine, Jean-Luc Lagardère (ce n'est sûrement pas un hasard si la mère de Restiadargent est une « Lagardère »), et veut faire de Kendargent son Linamix à lui. « Tout miser sur un seul étalon est un pari fou, reconnaît Guy Pariente, mais le cheval induit un côté passionnel qui n'est pas de mise dans les affaires. Toujours est-il qu'il s'agit d'une folie raisonnée car, si j'ai tout fait pour mon étalon, si je lui ai acheté un haras de cent hectares, bâti de toutes pièces sur des terres à vaches (NDLR : le Haras de Colleville, dans les environs de Deauville), je ne lui envoie que 50% de mes poulinières. Et pourtant, il est en train de battre tous les records, c'est le n°1 des jeunes étalons, il faut remonter à 30 ans pour retrouver pareille réussite. J'ai décidé de le syndiquer, non pour diminuer les risques mais afin de le populariser et croyez-moi, il est en train de faire un tabac. De nombreux éleveurs - et non des moindres - se « penchent sur son berceau ». Je vois très loin pour lui, je voudrais qu'il devienne un fer de lance de l'élevage français. C'est plutôt bien parti ! »
"J'ai pleuré pendant vingt minutes !"
C'est encore mieux parti si l'on en croit l'ascension de Restiadargent. Avant de gagner le Critérium, elle a battu un autre « Pariente » dans le Prix d'Arenberg. « J'étais à Cannes ce jour là... j'ai pleuré pendant 20 minutes dans ma chambre d'hôtel. » Apparemment, quand notre homme pleure... ce n'est que de joie !
Une joie partagée par la famille Pariente ? « Ma mère suit de très près les résultats de l'écurie... elle a depuis longtemps pardonné au cheval pour son accident. Ma fille, davantage tournée vers l'équitation de loisir, regarde cela de plus loin. C'est surtout ma femme, Anne-Marie, qui s'investit à fond dans la bonne marche de l'écurie. Au haras, son dévouement n'a d'égal que son énergie ! »
Chez Guy Pariente, l'homme d'affaires a repris la main sur le passionné. Il pense aujourd'hui à restructurer son écurie : « J'ai beaucoup trop de chevaux et d'entraîneurs et je crois maintenant avoir suffisamment appris pour ne plus être obligé d'écouter tout le monde ! Je vais donc remettre un peu d'ordre dans tout cela. »
Quoi qu'il en soit, rien qu'avec Restiadargent, Kendam et Questiondargent, la casaque jaune a le vent en poupe. Il s'agit juste de lui assurer un avenir. Or, quand le présent pétille comme des bulles de champagne, ce n'est pas toujours facile de rester pragmatique. « Mais rassurez-vous, conclue notre interlocuteur, dans mon métier, on sait garder les pieds sur terre ! »
Notre photo : Guy Pariente, au Haras de Colleville, en compagnie de son étalon, KENDARGENT.











