Trotting race ne pouvait être mieux nommée puisque cela signifie : "course au trot". La plus belle de l'année au monté, c'est précisément le Prix de Cornulier, épreuve dans laquelle Nathalie Henry, une de nos "joquettes" les plus populaires, détient une chence réelle de s'imposer.
Son portrait. Ses espoirs.
Quand, du haut des tribunes de Vincennes, on regarde monter une Nathalie Henry, on se demande : mais pourquoi diable y a-t-il si peu de femmes en piste... et tellement dans les écuries ?
Eternelle question.
L'intéressée y répond sans y répondre, avec un zeste de fatalisme : « Ce sont les entraîneurs qui décident de tout et la profession d'entraîneur est à 90% masculine. A l'attelé, c'est encore plus flagrant puisque les entraîneurs sont la plupart du temps les drivers de leurs protégés, même s'ils les confient de plus en plus souvent à des pilotes qui ne font que ça. Au monté, on nous laisse notre chance parce qu'on est bien obligé de reconnaître que beaucoup de femmes sont douées, mais ça ne va pas plus loin... c'est comme ça ! »
Le "chérie" des turfistes
Nathalie Henry, petite Bretonne pugnace et volontaire devenue la « chérie » des turfistes, est l'exemple-type des deux facettes de la femme de cheval. Côté face : belle position, main douce, intelligence et finesse, jamais de brutalité. Bref, le talent à l'état pur. Côté pile : une maternité (heureuse) et une vie de famille qui, nécessairement, devront s'incliner devant la vie professionnelle. En effet, depuis la naissance de sa petite Chloé, dont l'heureux papa n'est autre que Matthieu Abrivard, Nathalie n'est plus aussi disponible dans l'exercice de sa profession. « Durant le meeting d'hiver, ça va encore car entre Grosbois et Vincennes, il n'y a pas de longs déplacements, même si le travail est intense. En revanche, l'été, je ne me vois pas avaler les kilomètres avec, derrière moi, un petit bout de chou d'un an. C'est ingérable ! Matthieu, lui, est toujours par monts et par vaux... il y a donc des priorités et l'on doit savoir tourner la page. Tôt ou tard, il faudra bien que je mette ma carrière de côté car je ne souhaite pas m'arrêter à un enfant unique. »
La maternité constitue un double handicap pour les « joquettes » puisque, pendant près d'un an, elles doivent rompre avec une activité physique intensive, qui exige une grande routine. « La reprise est très difficile, explique Nathalie, tant physiquement que psychiquement. Il y a des muscles qui travaillent très peu en dehors de l'équitation et quand ces muscles là n'ont pas servi pendant un an... croyez-moi, c'est très dur ! Allez demander à n'importe quel jockey si ce n'est pas dur de se remettre en route après ne serait-ce qu'une mise à pied de quinze jours ! Psychologiquement, quand on réalise à quel point il faut souffrir pour retrouver forme et réflexes, bref, la plénitude de ses moyens, c'est un cap tout autant difficile à passer. »
Madame la Présidente
Le nom d'une femme figure déjà au palmarès du Prix de Cornulier (Céline Leclerc), mais il s'agit d'une victoire obtenue sur le tapis vert, après disqualification de Prince gédé. Nathalie Henry espère bien être la première à s'y imposer... à la régulière, si l'on peut dire. On la surnomme déjà « Madame la présidente » car elle a remporté deux fois le Prix du Président de la République... mais il est sûr que « Madame de Cornulier » - une filiation que le célèbre Marquis (un des fondateurs de la Société du Cheval Français) ne renierait certainement pas - lui irait encore mieux. « Le Prix de Cornulier est la vraie consécration pour un jockey, affirme Nathalie, plus encore que le « Président » qui est, certes, une course prestigieuse mais dont les lauréats, à l'exception de quelques uns, ne font pas une grande carrière. Et c'est normal d'ailleurs car il s'agit d'une épreuve très éprouvante pour des trotteurs de 4 ans qui ne sont pas encore des adultes. »
Migraine et Pacha du buisson, les deux « Présidents » de Nathalie, n'ont effectivement jamais confirmé cet unique jour de gloire. Trotting race, l'espoir de notre interlocutrice ce dimanche, présente un profil quelque peu différent. « C'est une très bonne jument, en grande forme actuellement, qui arrive à maturité au bon moment. Maintenant, l'édition 2012 du Cornulier est très ouverte et plusieurs chevaux peuvent gagner. Le meilleur en classe pure, c'est Rombaldi mais il n'est peut-être pas encore au top, ce qui laisse une chance aux autres et donc à ma jument. Comme souvent à Vincennes, tout va dépendre du parcours. Une des cinq premières places est envisageable... tout en espérant la première. Mon rêve serait de refaire le couplé avec Matthieu (dans le Prix de Cornulier 2007, Matthieu Abrivard et Jag de bellouet devançaient Nathalie Henry sur Scarlet knight)... si possible à l'envers !
Notre photo : TROTTING RACE et Nathalie Henry











