LE PLAT (Longchamp) : C'est le roi des hippodromes, le temple du galop. On raille fréquemment Longchamp pour son manque de partants (quoi qu'aujourd'hui, avec la création du trio ordre, ce déficit ne soit plus vraiment préjudiciable au parieur), mais son programme est exclusivement axé sur la sélection ; comment voulez-vous que le haut de la pyramide soit aussi large que ses fondations ? On ne gagne JAMAIS à Longchamp en galopant « nez au vent » dans la descente ou dans la fausse ligne droite. Lorsque le terrain est bon et que la lice est à zéro (cela signifie que la corde de protection, une espèce de garde-fou balisant la piste et protègeant une portion d'herbe qui serait labourée par les sabots si elle ne l'était pas, est retirée), la place à la corde peut avoir son importance, notamment sur les 1600 mètres de la moyenne piste. Les chevaux bénéficiant d'un petit numéro sont avantagés car il vont fouler une portion d'herbe sinon vierge du moins préservée. Les petits numéros à la corde sont tout aussi avantageux dans les courses sans train ; de fait, dans ce type de courses, il faut impérativement s'intégrer au peloton de tête le plus rapidement possible et l'on doit profiter d'un train de sénateur pour le faire. A l'inverse, dans les épreuves rondement menées, les chevaux de tête vont difficilement au bout ; surtout en terrain lourd. SACHEZ ANALYSER ET TENIR COMPTE DE TOUS CES PARAMETRES ! Chantilly : C'est à Chantilly que naquirent les courses telles qu'on les connaît aujourd'hui, la Société d'Encouragement (ancêtre de France Galop), le Jockey club et la codification du sport hippique. Auparavant, on courait un peu partout et sans aucune autre règle que celle des combats singuliers entre gentilshommes. Chantilly et ses communes avoisinantes (Lamorlaye, Gouvieux, Avilly St-Léonard), ce sont aussi un gigantesque centre d'entraînement de 400 hectares (dont 120 kilomètres de pistes en sable) qui héberge 2800 chevaux, sous la responsabilité d'une centaine d'entraîneurs génèrant 2000 emplois directs ou indirects. Sur l'hippodrome des Princes de Condé, la montée de « La Mère Marie », à mi ligne-droite, est un célèbre « coupe-jambes » qui met en exergue le courage des chevaux et l'astuce de certains jockeys sachant que dans les derniers 200 mètres (plats, ceux-là), tout est encore possible. Places à la corde : petits numéros par bon terrain, sur 1600 mètres. Saint-Cloud : Une des pistes les plus stables de France. Hiver, été, pluie ou sècheresse, elle ne « bouge » pas ; un vrai tapis de velours pour les pur-sang. Lice à zéro et par bon terrain, les petits numéros de corde sont importants sur tous les parcours de 1600 à 2400 mètres. Maisons-Laffitte : Centre d'entraînement, lieu historique (le banquier Laffitte, Degas, etc.), culture du cheval... mais hippodrome bizarre. L'ancien parcours corde à droite, même avec une ligne droite interminable, privilégiait les chevaux qui s'appuyaient sur le rail. Ce parcours est en réfection et il n'y a pas de véritables statistiques sur la petite piste. Aucune règle en ce qui concerne la corde à gauche, même si la ligne droite est très courte... quant aux sprints en ligne droite (11-1200 mètres), par terrain sec, on peut assister à une prédominance des petits numéros de stalle. Comme Longchamp, Maisons-Laffitte est situé en bordure de Seine. Comme à Longchamp et plus encore qu'à Longchamp, quand le terrain est lourd il est très lourd et quand il est ferme... on l'arrose ! Deauville : Comme si la proximité du groupe Barrière, qui fait vivre la cité balnéaire, l'avait influencé... l'hippodrome de La Touques a tout d'une table de roulette. Le hasard y règne en maître et il n'existe aucune règle. Tantôt les courses se gagnent côté corde, tantôt elles se gagnent à l'extérieur. Tantôt, on peut triompher de bout en bout, tantôt les positions changent cinq ou six fois en 400 mètres de ligne droite. Quant à la fameuse PSF, piste en sable fibré (une merveille technologique), elle répond à la même absence de règles. Disons simplement qu'elle est prévue pour être bonne l'hiver ; en été, elle est plus huileuse et avantage - dit-on - les chevaux de terrain lourd. Quoi qu'il en soit, c'est un régal pour les jambes des chevaux. La PSF de Deauville a ses spécialistes, le plus célèbre d'entre eux étant JOKARI (14 victoires... à l'heure où j'écris). Lesdits spécialistes sont d'une régularité étonnante, de vrais métronomes sur ce parcours. Parfois, ils ne mettent pas un sabot devant l'autre sur le gazon (surtout s'il est lourd) et se retrouvent subitement sur le sable. Dans les quintés, il faut en faire automatiquement des bases ; c'est le seul point d'appui mais il est solide ! Fontainebleau : Ecrin de verdure en pleine forêt. Piste magnifique et toujours très bonne (sous sol en bruyère) avec une longue ligne droite qui finit en montant. Très sélectif. Aucune caractéristique particulière quant à la place à la corde. Compiègne : Nombreuses similitudes avec Fontainebleau (forêt, ligne droite qui finit en montant, corde à gauche) si ce n'est que, par bon terrain, il est IMPERATIF d'avoir un petit numéro à la corde ! Vichy : Hippodrome plat avec une longue ligne droite. Très régulier, tous les chevaux y ont leur chance. Beaucoup d'entraîneurs préparent leurs chevaux pour la Grande Semaine, à la mi-juillet. Les Lyonnais et les Marseillais y font souvent une razzia. Cagnes : C'est purement un hippodrome saisonnier. Sa piste en herbe n'est pas la meilleure du monde, mais elle s'est améliorée. Il n'y a aucune règle à observer si ce n'est celle qui consiste à jouer les spécialistes du meeting d'hiver. C'est valable pour le plat, l'obstacle... et même le trot !
L'OBSTACLE (Auteuil): C'est l'hippodrome où IL FAUT gagner, un lieu magnifique, unique au monde parce qu'intégré à l'enceinte d'une grande capitale. C'est également le seul champ de courses de la planète accessible par le métro urbain ! Sur un plan sportif, l'hippodrome de la Butte Mortemart est très exigeant et éprouvant. Les jeunes chevaux - même très doués - n'y durent pas longtemps et ceux qui réussissent à y faire une longue carrière (je pense notamment à AL CAPONE et à son impensable record de 7 Prix La Haye-Jousselin) sont des « durs à cuire » qui se sont déclarés sur le tard. Enghien : C'est l'anti-Auteuil ou, plus exactement, son complément. Il en faut pour tous les goûts et toutes les aptitudes ! C'est la raison pour laquelle l'hippodrome du Plateau de Soisy (plus coulant, plus propice à la vitesse, sur une piste qui n'est jamais franchement lourde) a ses spécialistes et que les spécialistes en question réussissent bien mal à Auteuil. Pau : Son meeting d'hiver s'est considérablement enrichi mais tout le monde n'y va pas. Pau a aussi ses spécialistes qui, bizarrement, semblent avoir du mal à s'adapter à d'autres hippodromes, notamment Auteuil. Au mois de mars, on constate effectivement que les gagnants palois confirment difficilement leur forme, pourtant avancée, sur la Butte Mortemart. Pau s'est aussi doté d'une piste en sable fibré qui n'est pas meilleure que celle de Cagnes et qui ne concerne que les lots modestes. Véritable originalité de l'hippodrome du Pont-long : son parcours de cross. Cette discipline - très spectaculaire au demeurant - reste néanmoins confidentielle. Enfin, il faut savoir que la ville de Pau dispose d'un grand centre d'entraînement (Sers), mitoyen de l'hippodrome, où se préparent des sujets de valeur nationale... et internationale ! Cagnes : Petits obstacles, grande vitesse. Ainsi pourrait-on résumer les courses de Cagnes qui ne concerne qu'une poignée de professionnels qui préparent ce court meeting (un mois) longtemps à l'avance, comme Yannick Fertillet, par exemple. Bizarrement, les « lignes » de Cagnes semblent toutefois meilleures pour Auteuil que celles de Pau. Craon : C'est un hippodrome d'obstacle « à l'Anglaise », c'est à dire respectant la topographie du lieu... superbe au demeurant. Ça monte, ça descend, ça saute... et ça saute gros ! Mais Craon est principalement célèbre pour son meeting de la mi-septembre, dit des « Trois glorieuses ». Durant ces trois jours, la population de cette petite ville de Mayenne doit être décuplée ! Craon est d'ailleurs l'hippodrome français qui attire le plus de spectateurs en moyenne ; cela vaut d'être signalé. Pour l'ambiance, il faut y aller au moins une fois... quant aux obstacles, c'est l'hippodrome de la tolérance zéro. Pour le plat (petite piste étriquée avec une courte ligne droite) et le trot (piste en herbe), l'intérêt de ce joli bijou est moindre.
LE TROT (Vincennes): C'est la plus belle piste de trot du monde. Meuble et rapide, très large, parfaitement dessinée, elle n'abîme pas les jambes des chevaux, sans les empêcher d'aller vite. Site unique avec une grande boucle de 2000 mètres (les pistes étrangère mesurent au maximum 1600 mètres), une montée et une descente dont les meilleurs pilotes savent se servir. Hélas, face à ce jardin somptueux, le côté cour ou plutôt tribunes n'est pas à la hauteur. La règle d'or à Vincennes, comme aujourd'hui sur les autres hippodromes de trot : ne jamais évoluer trop longtemps « le nez au vent », c'est à dire sans un adversaire devant vous pour vous couvrir. Il y a vingt ans, sur l'ancienne piste, un OURASI pouvait tourner autour des autres et s'imposer « la queue en trompette ». Ce n'est plus possible aujourd'hui... même avec les champions ! Enghien : L'hippodrome du Val d'Oise est le complément d'Auteuil pour l'obstacle et celui de Vincennes pour le trot. Piste entièrement plate, dessinée géométriquement, assez dure quand tassée par la pluie, pas toujours très bonne pour les jambes des chevaux. Seul le meeting d'été (fin juin à la mi-août) présente des courses intéressantes avec des trotteurs de haut niveau. Cagnes : Long meeting d'hiver avec de bons chevaux parisiens et scandinaves qui font le déplacement pour les grands évènements. En ce qui concerne les courses de série, comme le reste de l'année, c'est une affaire purement locale. Cabourg : C'est le Deauville du trot... sans le prestige et la qualité du programme. L'hippodrome est néanmoins très agréable et ça vaut le coup d'y passer une soirée estivale (animations nombreuses pour les familles). Caen : Voilà une belle piste, magnifiquement dessinée, hélas sous-utilisée... sauf pour le fameux Prix des Ducs de Normandie qui rassemble toujours un lot de qualité.
Paradoxe : nous sommes en plein pays d'élevage et l'hippodrome est assez peu fréquenté, les Caennais n'étant guère portés sur le jeu. Le Croisé-Laroche : C'est « l'étoile du nord », dans la proche banlieue de Lille, une très belle piste aussi qui mériterait un programme plus huppé. Vichy : Juste avant le galop (sur le calendrier), vient le trot. La piste est régulière et les bons chevaux ont intérêt à venir, surtout pour le Grand Schelem. Comme à Cagnes, hors « Grande semaine » et courses de prestige, ce sont les locaux qui raflent la mise.











