J'ai connu un vieux turfiste, personnage atypique et haut en couleur, qui a élevé une famille de neuf enfants avec les courses. Sans aucune protection sociale ! C'était possible durant les « trente glorieuses » ; ça ne l'est plus aujourd'hui. Pourquoi ? Pour une raison très simple : la surinformation. Le pari mutuel est basé sur le principe des vases communicants ; ce sont les perdants qui nourrissent les gagnants. Dans les années 50-60, il n'y avait ni internet ni téléphone portable ni vidéo ni télévision ou lorsqu'on y voyait des courses, les chevaux ressemblaient à des mouches... bref, aucun moyen de disséquer une épreuve si l'on n'était présent sur l'hippodrome avec une bonne paire de jumelles et un sacré coup d'œil !
Par ailleurs, les pronostiqueurs ou ceux qui se prétendaient tels n'étaient autres que des pseudo-journalistes éprouvant une vague passion pour le cheval ou pour le jeu et dont on ne savait que faire. Souvent parachutés par une relation au grand soulagement de papa ! En résumé, les gens jouaient n'importe quoi et les rares connaisseurs se partageaient le gâteau. Avec la vogue du tiercé vers la fin des années cinquante, inutile de vous dire que le gâteau était très... crémeux !
Tout en respectant les précautions d'usage, susmentionnées dans le chapitre précédent, il était donc possible à un turfiste assidu et connaisseur de gagner agréablement sa vie. Pourquoi n'est-ce plus possible aujourd'hui ? Pour la raison inverse, pardi ! Le développement conjoint de l'information (celle-ci étant devenue de qualité) et de la communication fait que même un aveugle sourd et muet connaît le bon cheval s'il veut seulement se donner la peine de le chercher un peu.
Dès que la logique est respectée, les gagnants sont donc légion, le « gâteau » est partagé en miettes et le vrai connaisseur ne tire pratiquement plus rien de son expertise. Audiard dirait qu'il partage avec les caves !
Le « métier » n'est donc plus rentable. CQFD.











