Pourquoi avoir choisi de renouveler l'expérience Opération Tambacounda ?
La première émission nous avait permis de réaliser combien ce séjour pouvait être bénéfique pour des adolescents en perte de repères et pour l'ensemble du village dans lequel nous intervenions. Les échanges avec la population locale et le partage de nos cultures respectives sont réellement positifs. De plus, la construction d'une école a des conséquences concrètes et pérennes sur la vie des villageois.
L'objectif de l'émission est-il identique ?
Tout à fait. Ce programme pousse des adolescents en situation d'échec à se dépasser et à prouver à leurs proches ce dont ils sont capables. Cette idée ne peut fonctionner que si leurs parents sont témoins de cette évolution. Il nous apparaît donc primordial de les faire participer à l'émission. Pour cela, trois jours avant la fin du tournage, une personne de l'équipe est rentrée en France et leur a montré un film retraçant l'évolution et les réalisations de leur enfant.
Leur séjour dure dix jours. Ce laps de temps suffit-il aux adolescents pour se révéler ?
La perte de repères est très rapide car le rythme de vie sur place est vraiment différent. Les jeunes doivent s'adapter rapidement. Dès l'arrivée à l'aéroport, face à l'inconnu, une solidarité se crée au niveau du groupe mais également avec les habitants du village. Dans ces pays, respect et famille sont des valeurs particulièrement importantes. Ces échanges permettent aux adolescents en difficulté d'ouvrir les yeux. Pour la première fois, ils ne sont pas jugés par leurs professeurs ou par leur entourage et se livrent d'eux-mêmes sur leurs problèmes familiaux.

Ils doivent construire une école maternelle en une semaine seulement. Pourquoi partir sur un projet d'une telle ampleur ?
Même si tout le village est mobilisé pour la construction, il est important de donner à ces jeunes la volonté de réussir. Il y a un vrai challenge établi dès le départ et ils savent qu'ils doivent s'y tenir quoiqu'il arrive. Plus l'objectif est haut, plus l'implication et la satisfaction sont grandes.
Pourquoi le choix s'est-il porté sur le Gabon et sur ce village en particulier ?
Pour réaliser cette émission, j'ai rencontré des associations et notamment celle de Béatrice, une éducatrice qui fait désormais partie intégrante du programme aux côtés de Pascal. Elle organise des «séjours de rupture». Pour la première émission nous avions utilisé un de ses campements et pour la deuxième, nous souhaitions trouver un village dans un pays africain francophone avec un univers différent de celui du Sénégal. Notre choix s'est porté sur le Gabon, puis sur le village d'Eghono. Nous avons été frappés par la motivation de ses habitants et par leur réel besoin. Ils nous ont très bien accueillis. Ce fut, pour nous aussi, une vraie expérience humaine. Nous gardons une certaine fierté à réaliser ce genre de programme même si les conditions de tournage ont vraiment été éprouvantes.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Le taux d'humidité était de 70 % et la chaleur étouffante. Les conditions climatiques étaient encore plus difficiles à gérer que lors de notre expérience sénégalaise. L'alimentation gabonaise, très différente de la française, a causé des soucis de santé à plusieurs membres de l'équipe. Nous étions également encore plus isolés qu'au Sénégal. A Eghono, il fallait gérer l'approvisionnement en nourriture particulièrement problématique à cause du fleuve à traverser. Cela nous a fait d'autant plus réaliser l'importance de notre implantation à cet endroit pour ces habitants.
Avez-vous eu des nouvelles des adolescents ayant participé à la première émission ?
Oui, et elles sont positives. Un vrai déclic s'est opéré chez eux à travers cette expérience. Le travail accompli dans l'émission leur a permis de réaliser ce dont ils étaient capables et de se construire. Ces jeunes en difficulté manquent souvent de confiance en eux et partent du principe qu'il est inutile de commencer quoi que ce soit parce qu'ils ne vont pas y arriver. Cette expérience devient un challenge et ils veulent désormais prouver de quoi ils sont capables.













