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Prochaine diffusion le vendredi 10 février
à 02:05

Le business des moines

Diffusé le 19/12/2009

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Reportages - Le business des moines

Fromage, miel, outils, grands crus.... Pour faire vivre leurs communautés, les moines se sont lancés dans les affaires. Le vœu de pauvreté n'empêche pas d'avoir le sens des affaires. Internet, rendez-vous, téléphone portable à l'oreille, pour vendre leurs productions, les hommes de Dieu se sont transformés en patrons d'entreprises mais n'ont perdu ni leur âme ni leur vocation.  

Le business d'accord... la prière d'abord.
C'est sur l'ile Saint Honorat à l'ombre d'une abbaye du 11ème siècle et à l'abri des regards que se trouve le trésor des moines de Lérins : un vignoble de huit hectares. Chargé de vendre le vin de la communauté, Frère Marie Pâque enchaîne les rendez-vous comme n'importe quel VRP. Pour maîtriser les secrets des grands crus, Frère Marie le maître de chai, a suivi des cours d'œnologie dans un lycée agricole. « On a commencé avec les moyens du bord   et .... On a investi. La cave nous a coûté 1,5 millions d'euro. »  Aujourd'hui les moines produisent 45.000 bouteilles par an, un travail accaparant qui ne leur fait pas oublier « l'ascèse du moine. S'arrêter de travailler pour aller prier  » Sept fois par jour les moines se retrouvent pour quatre à cinq heures de prières. PDG de leur société, Frère Marie Pâque touche le Smic qu'il reverse intégralement à la communauté, vœu de pauvreté oblige. Si leur entreprise réalise un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros par an le « standing » des frères reste monacal ce qui ne les empêche pas d'avoir le sens des affaires. Pour contrôler l'afflux de touristes sur leur île, ils ont créé leur compagnie maritime,  ont ouvert un restaurant et une boutique. Mais le « profit » a ses limites « on nous a proposé d'acheter l'Ile. On nous propose de louer l'ile pour des films. D'être figurants pour des publicités. On a toujours refusé. Il faut gagner de l'argent mais ce n'est pas notre motivation principale. »
 
A Tamié, les moines sont spécialisés dans la fabrication du fromage depuis 1132. Nathanaël, 54 ans, est le « frère fromager de la communauté depuis qu'il a 30 ans. Avant de prendre la robe « j'étais fromager. Ce n'est pas l'odeur du fromage qui m'a attiré, plutôt la vie monastique. Après mon temps de formation de moine on m'a demandé de prendre la responsabilité de la fabrication et de la fromagerie. »  150 tonnes de fromage sortent de l'Abbaye chaque année. Pour faire sa place en tête des gondoles, Frère Nathanaël a fait appel à Marie,  une consultante en marketing « quelque chose qui parle au consommateur. Au lait cru et entier, c'est pas trafiqué... un moine ça trafique pas ! » « Animer cette fromagerie, c'est presque ludique. On touche un tas de choses. On apprend. On est toujours des écoliers. Celui qui croit tout savoir doit être bien malheureux ».
 
L'Abbaye d'Acey près de Dôle a ouvert il y a quarante ans une usine d'électrolyse. Avec des clients dans l'aéronautique, l'automobile et l'électroménager, les moines et leurs 14 salariés n'ont pas échappé à la crise. Frère Albert est  « le patron », Frère Xavier le comptable de l'entreprise. Pour eux pas de droit du travail, ni contrat ni convention collective. Quand Frère Albert a rendez-vous avec ses clients, il troque sa robe de bure contre une tenue plus laïque « histoire de ne pas faire pression sur un client en habit religieux ». « Dans le travail, le frère s'éclipse derrière le patron d'entreprise... Vous avez presque une double vie : une vie monastique et une vie d'industriel »  reconnaissent ses clients. En période de crise, il n'est pas plus facile à un homme d'église d'annoncer les restrictions qu'à n'importe quel dirigeant de PME. Pas de dividendes pour la communauté et prolongation du chômage partiel pour les ouvriers de l'usine « on pourrait prendre plus de boulot, chercher du travail. Là je suis gêné plutôt du côté des moines. La communauté n'est pas forcément d'accord... elle me freine dans ma recherche de marchés. » Savoir préserver sa vie religieuse passe avant tout.

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