Focus Automoto : Avant Rosberg, les champions Mansell et Hawthorn partis après leur 1er titre en F1

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Focus Automoto Rosberg Champion retraite 2016
Par Andrea Noviello - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-12-14T11:41:48.083Z, mis à jour 2016-12-14T14:48:47.323Z

Le choix détonnant de Nico Rosberg, quitter la F1 après un premier titre de champion du monde, n’est pas sans précédent dans l’histoire de la catégorie reine. Mais les histoires de Mike Hawthorn (1958) et Nigel Mansell (1992) sont différentes de celle de Rosberg.

Michael Schumacher était plus âgé que lui quand il a remporté cinq de ses sept titres de champion du monde de Formule 1. Alain Prost en a glané trois au-delà de cette barre des 31 ans et 5 mois. Il avait la meilleure voiture et il était enfin parvenu à dominer son coéquipier Lewis Hamilton après deux revers consécutifs en 2014 et 2015. Tous les signaux étaient au vert. Nico Rosberg avait tout pour aller plus loin, et notamment dépasser son propre père, Keke, champion du monde 1982 à 33 ans, 9 mois et 19 jours. Mais en prenant sa retraite juste après son premier titre de champion du monde, le 2 décembre, cinq jours après avoir décroché le titre suprême, le pilote allemand a pris de court tout le petit monde de la F1, à la veille de la traditionnelle cérémonie de remise des prix de la Fédération Internationale de l’Automobile.

« Pas un instant, je n’ai pu imaginer qu’il en resterait là, nous confie le spécialiste F1 Lionel Froissart, auteur de plusieurs ouvrages de référence. On a peut-être l’impression qu’il est jeune, mais cela fait onze ans qu’il évolue en Formule 1. Ça use. Se battre pour le titre face à un pilote du calibre d’Hamilton est encore plus éprouvant. Comme Häkkinen avant lui, Rosberg ne se sentait tout simplement plus la force de continuer. » Double champion du monde 1998 et 1999, le Finlandais a cependant attendu deux saisons de plus avant de s’esquiver, au même âge que Rosberg.


Rosberg : « J’ai été contraint de sacrifier beaucoup de choses »

Aussi exceptionnel soit-il, ce cas de figure n’est toutefois pas inédit. En 67 ans d’histoire - le championnat du monde a été créé en 1950 -, la Formule 1 a connu plusieurs départs de pilotes au sommet de leur gloire : Juan Manuel Fangio en 1957, Mike Hawthorn en 1958, Jackie Stewart en 1973, Nigel Mansell en 1992 et Alain Prost en 1993 ont pris la même décision. Mais seuls deux d’entre eux l’ont fait après avoir ouvert leur palmarès, les Britanniques Mike Hawthorn et Nigel Mansell. Si l’histoire croisée des trois hommes a quelque chose de fascinant, leurs motivations ont été différentes.

L’itinéraire de Rosberg est celui d’un homme lassé par des années de sacrifices. Il veut se consacrer entièrement à sa vie de père de famille et à la petite Alaïa, âgée de quinze mois. Vidé par trois dernières saisons éreintantes aux côtés de Lewis Hamilton chez Mercedes, Rosberg a craint de ne plus pouvoir vibrer autant après avoir atteint son « seul but ». 

"Depuis 25 ans, mon rêve a toujours été de devenir champion du monde de Formule 1", a-t-il justifié, "j’ai été contraint de sacrifier beaucoup de choses pour atteindre cet objectif. Aujourd’hui, j’ai gravi la montagne, je suis arrivé au sommet. C’est un sentiment merveilleux. Je vais maintenant ouvrir un nouveau chapitre dans ma vie et je suis curieux de voir ce que cela me réserve." Aux dernières nouvelles, une carrière d’acteur l’attire.

Nico Rosberg (Mercedes) célébrant son titre au GP d'Abou Dabi, le 27 novembre 2016


Nico Rosberg (Mercedes F1) - Abu Dhabi 2016

« Hawthorn avait envie de profiter un peu de la vie »

Le départ de Rosberg rappelle aux historiens de la F1 celui du Britannique Mike Hawthorn en 1958, à seulement 29 ans, 6 mois et 9 jours. "C’est très certainement le cas qui se rapproche le plus de celui de Rosberg", témoigne Lionel Froissart, "même si les raisons sont différentes." Dernière grande figure de l’ère des gentlemen drivers, l’Anglais avait choisi l’univers de la course par pure passion du pilotage. Par amour de la fête, aussi. Boute-en-train, Hawthorn célébrait de la même façon les jours de victoires et de défaites. Autour d’un verre, voire plusieurs, et d’une pipe en bois.

En 1958, son éternelle insouciance avait fini par s’étioler à mesure que ses amis tombaient les uns après les autres sur la piste. Rien qu’entre 1957 et 1958, trois de ses compatriotes, Ken Wharton, Stuart Lewis-Evans et Peter Whitehead, trouvèrent la mort sur un circuit. Pire, l’homme au célèbre nœud papillon, fièrement porté pendant toute sa carrière, vit deux de ses équipiers chez Ferrari périr sous ses yeux à moins d’un mois d’intervalle, la saison de son titre. L’Italien Luigi Musso se tua en tentant de le rattraper lors du Grand Prix de France à Reims. Son ami, l’Anglais Peter Collins, perdit la vie juste devant lui au Nürburgring (Allemagne) en essayant, à l’inverse, de le semer.


C’est sur ce même circuit de Reims-Gueux que l’Anglais décrocha son unique victoire de la saison. La troisième et dernière de sa carrière en F1 après la France en 1953 et l’Espagne en 1954. Sa collection de places d’honneurs - cinq deuxièmes places et une troisième place - conjuguées à la loyauté de Phill Hill en fin d’année, lui avaient assuré la couronne mondiale au détriment d’un Sterling Moss pourtant victorieux à quatre reprises (Argentine, Pays-Bas, Portugal et Maroc). "Hawthorn avait eu beaucoup de mal à battre Moss cette année-là", confirme Froissart, "il souffrait également d’une maladie des reins très handicapante. Il était fatigué et, sans doute, avait-il envie de profiter un peu de la vie sachant que ses jours étaient comptés. Facteur non négligeable : à cette époque on prenait le départ d’un Grand Prix sans la certitude d’en voir l’arrivée."

Une autre vie l’attendait du côté du garage familial de Farnham, ville moyenne du Surrey. Il n’aurait même pas le temps d’y goûter vraiment. Trois mois seulement après sa décision d’arrêter la compétition, Hawthorn fracassait sa Jaguar contre un arbre, sur une route qui devait l’emmener à Londres. Il reste le premier Britannique vainqueur d’un Grand Prix, le 5 juillet 1953, à Reims, au terme d’un duel de toute beauté avec le maître Juan Manuel Fangio. Il aura disputé sept saisons seulement entre 1952 et 1958. Son talent naturel et sa témérité volant en main auraient même dû lui valoir un très long règne au sommet de la F1. Mais son patriotisme exacerbé - encore que le garçon se fût affranchi de ses obligations militaires, au grand dam de la presse britannique - lui valut deux années de vaches maigres au volant des peu compétitives Vanwall ou autres BRM en 1955 et 1956.


« Mansell est celui qui a le plus raté ses sorties »

Orpheline de son tout premier champion du monde de Formule 1, l’Angleterre dut patienter plus de 34 ans avant qu’un autre de ses brillants sujets ose, lui aussi, quitter l’arène au soir de son premier couronnement. Mais dans le cas de Nigel Mansell, titré à 39 ans et 8 jours, les circonstances du départ firent très peu de place à la notion de libre arbitre. Sacré dès le milieu de l’été 1992 au volant d’une FW14-B qu’il avait su nettement mieux apprivoiser que son coéquipier Riccardo Patrese (9 victoires à 1 en faveur de l’Anglais), le « Lion » s’était vu ensuite « gentiment » poussé dehors par une écurie Williams jamais vraiment très tendre au moment de répudier ses champions du monde. Avant lui, Keke Rosberg avait vécu pareille mésaventure pour laisser la place à Nelson Piquet. D’autres, tel Alain Prost et Damon Hill, pâtiraient également, après lui, de la très particulière politique menée par Sir Frank.

Pourtant, de tous les pilotes titrés au volant d’une Williams, Mansell reste sans doute l’un des plus appréciés par le fondateur historique de l’écurie éponyme. Comme lui, le « moustachu » n’était pas de ceux qui ont vu les fées se pencher sur son berceau. Comme lui, le Britannique a longtemps galéré avant d’enfin obtenir la consécration qu’il méritait. Frank Williams est tétraplégique depuis un accident de la route en 1986 près du Var et, comme lui, Mansell garde encore aujourd’hui au plus profond de sa chair de très nombreux stigmates de sa vie de funambule du volant. Il y eu d’abord son terrible crash sous la pluie de Brands Hatch (Royaume-Uni) en 1977. Il frôla la paralysie à l’issue de cet effroyable accident en Formule Ford, mais Mansell n’en conserva qu’une nuque raide à jamais. Il y eu ensuite la brûlure. Celle de son tout premier Grand Prix dans la catégorie reine du sport automobile au volant de la Lotus sur l’Österreichring (Autriche) en 1980. Douloureusement aspergé dans le dos par une essence incandescente, le Britannique refusa d’abdiquer avant sa machine, témoignant d’une force de caractère hors du commun. 

Nigel Mansell (Williams), n°5, au coude-à-coude avec Ricciardo Patrese au départ du GP F1 du Portugal 1992


Nigel Mansell Williams GP F1 Portugal 1992

Il y eut également son impressionnante pirouette lors des qualifications de Suzuka (Japon) en 1987, alors qu’il jouait son dernier va-tout face à son coéquipier Piquet. Mansell y brisa ses vertèbres et, par la même occasion, sa deuxième opportunité de sacre après avoir laissé filer la première l’année précédente face à Alain Prost. Il y eu enfin son terrible « smack » avec le mur d’Adelaïde lors d’un Grand Prix d’Australie 1991 apocalyptique. La course fut arrêtée après seulement 16 tours disputés sous une pluie torrentielle. De cette énième incartade, Mansell s’en est tiré avec une cheville passablement amochée et une nouvelle défaite au championnat. Mais sa rage de vaincre elle, en sortit décuplée. Le plus fier combattant de l’histoire de la F1 finirait par atteindre son graal l’année suivante dans des proportions inédites pour l’époque : 9 victoires, 14 pole positions et 8 records du tour en 16 Grands Prix.

Jamais encore un pilote n’avait été titré à cinq courses de la fin de la saison. Bien qu’historique, l’éblouissant exercice 1992 de Mansell n’a toutefois pas suffi à lui maintenir les grâces de Frank Williams. Fidèle à sa réputation, l’intransigeant patron britannique avait manœuvré en coulisses afin de sortir Alain Prost de sa retraite. Échaudé par sa précédente cohabitation avec « le Professeur » chez Ferrari en 1990 et par l’indécente proposition salariale formulée par Williams - des émoluments revus à la baisse de moitié -, Mansell claqua la porte de la F1 sans avoir réellement eu l’occasion de défendre son titre. "Avec le retour d’Alain Prost, il n’y avait tout simplement plus de place pour lui", révèle Lionel Froissart. Sa vengeance, « le Lion » l’assouvirait de l’autre côté de l’Atlantique en remportant, dès son arrivée aux États-Unis en 1993, le championnat Champ Car (CART), équivalent de la F1 au pays de l’Oncle Sam.

Nigel Mansell (Williams) fête son titre F1 au GP Hongrie 1992, auprès d'Ayrton Senna (McLaren)


Nigel Mansell Williams GP F1 Hongrie 1992

"On l’a ensuite revu chez Williams en 1994 lorsque Renault a fait appel à lui afin de remplacer Senna", rappelle Lionel Froissart, "mais à l’inverse d’un Prost parti sur un quatrième titre en 1993, Mansell n’a pas su s’arrêter au bon moment. Sa dernière expérience chez McLaren en 1995 fut carrément pitoyable. Il ne rentrait pas dans la voiture. Il n’était nulle part. Cela n’allait pas du tout. Mansell est clairement celui qui a le plus raté ses sorties."

En quittant la Formule 1 au sommet de son art, Nico Rosberg s’est au moins évité pareille déconvenue. C’est peut-être sa plus belle victoire en carrière.