Fanny Robert et Sophie Lebarbier, scénaristes

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Scénaristes
Par Nicolas DEBIN|Ecrit pour TF1|2009-04-10T18:48:00.000Z, mis à jour 2009-04-10T18:48:00.000Z

Un duo complémentaire


Fanny Robert et Sophie Lebarbier sont amies de longue date mais elles scellent leur première collaboration professionnelle grâce à Profilage. Scénaristes chez Beaubourg Audiovisuel, elles ont également suivi, aux côtés du producteur Stéphane Marsil, l'ensemble du travail de production de cette série qu'elles considèrent toutes deux comme leur « bébé ».


Comment ce projet est-il né ?
FR : Nous voulions construire une série policière qui nous aurait intéressées en tant que téléspectatrices. Nous avons alors rapidement pensé à nous concentrer sur l'aspect psychologique. Ce postulat de départ nous a donné l'idée de mettre en scène un spécialiste de l'inconscient pour mener les enquêtes.
SL : Le travail du psychocriminologue consiste à établir le profil d'une victime et de son agresseur car chaque victime « correspond » à un type d'agresseur. En la comprenant mieux, on augmente les chances de savoir quel genre de criminel elle peut potentiellement attirer. Par l'intermédiaire de cette profession, nous pouvions décrire la mise en place des circonstances qui mènent un individu à croiser la route de son meurtrier, telle une fatalité. C'est ce destin tragique qui nous intéressait pour créer l'empathie autour de la victime. Toutefois, nous ne souhaitions pas transformer le criminel en monstre. Au contraire, nous avons essayé de comprendre les raisons de son passage à l'acte et les liens particuliers qui l'unissent à sa proie.
FR : Car contrairement à la pensée commune, les agressions dites « gratuites » représentent un pourcentage infime des crimes. Dans la réalité, il existe bien plus de risques de se faire tuer par un de ses proches que par un inconnu !


Comment vous êtes-vous documentées sur la fonction de psychocriminologue ?
FR : Nous avons lu énormément d'articles et de livres sur le sujet mais, souvent écrits par des Américains, ils traitent d'une réalité différente de la nôtre. Nous avons donc rapidement cherché à rencontrer des professionnels et nous nous sommes tournées vers Michèle Agrapart. Elle nous a reçues pendant des heures, nous décrivant son travail et son univers. Elle nous a apporté l'aspect concret de son métier et nous a aidé dans le « tricotage » des histoires et la façon dont Chloé pouvait interagir avec Matthieu dans le dénouement des enquêtes.
SL : Travailler à ses côtés s'est révélé particulièrement bénéfique car, tout en étant très professionnelle, elle comprenait les nécessités inhérentes à la fiction et se mettait au service de nos problématiques d'écriture. En relisant les textes, elle nous signalait les éventuelles incohérences, sans jamais se montrer totalement inflexible.


Pourquoi Chloé entre-t-elle dans la peau des individus sur lesquels elle enquête ?
SL : Chloé porte en elle un lourd passé, qui sera développé au fil des épisodes. Cette histoire personnelle la pousse à se projeter dans une victime ou un suspect. En fait, elle s'approprie un personnage pour essayer de réfléchir comme lui. Car malgré un côté un peu étrange, elle n'est ni médium, ni voyante mais avant tout une scientifique. Elle dispose d'un protocole qu'elle met au service d'une enquête.
FR : Ces séquences sont des « illustrations de vulgarisation » qui expliquent la psychologie d'un personnage et correspondent à des moments d'analyse. Elles apportent souvent un nombre d'informations assez denses qui permettent de faire avancer l'enquête. En mettant ainsi Chloé en scène, nous rendons l'ensemble plus facile à appréhender mais aussi plus vivant.


Cette série représente votre première collaboration...
SL : Oui, cela faisait longtemps que nous voulions travailler ensemble. C'est Stéphane Marsil, notre producteur, qui nous en a donné l'opportunité en créant une cellule de développement interne à sa société. Le principe : allier direction littéraire et écriture pour répondre de manière plus réactive aux nouvelles attentes des diffuseurs.
FR : Cette organisation, assez rare dans notre milieu, nous a offert de belles opportunités. Scénaristes, nous avons également participé à la production et avons été immergées au cœur du processus. Nous avons pu assister au casting, voir les décors et les rushs... Cette série est vraiment notre bébé !


Que pensez-vous des acteurs qui incarnent vos héros ?
FR : Dès les premiers essais, nous avons eu un énorme coup de cœur pour Odile Vuillemin et Guillaume Cramoisan. Ils se sont imposés, comme une évidence. Pourtant, pendant l'écriture, nous pensions ne jamais trouver de comédienne susceptible d'incarner avec assez de justesse le personnage de Chloé.
SL : Au final, nous sommes comblées car ils se sont totalement investis dans leur rôle. Cela a d'ailleurs été le cas pour tous ceux qui ont participé à la conception de la série. Comédiens, techniciens, réalisateur... chacun a apporté sa touche personnelle.


Comment s'organise le travail d'écriture à quatre mains ?
SL : Nous discutons beaucoup ensemble pour concevoir les histoires. Une fois la structure développée et les grands axes établis, nous partageons le texte pour en dialoguer chacune une partie, puis nous relisons l'ensemble et l'ajustons pour obtenir un résultat cohérent. J'aimerais toutefois préciser qu'un troisième scénariste, Mathieu Missoffe, s'est joint à Fanny pour plusieurs épisodes car j'ai dû l'abandonner quelques semaines... le temps d'accoucher.
FR : Sophie a continué à corriger des textes jusque dans la salle d'accouchement ! La création de cette série a été très dense. Avec plus de deux ans de développement, nous l'avons vécue comme un marathon. Mais nous avons deux caractères vraiment différents et nous nous complétons bien. Cette collaboration est une chance car elle nous apporte une force supplémentaire pour supporter la pression et continuer à nous amuser, même dans les moments un peu difficiles.


Quelle a été la plus grosse difficulté ?
FR : Pendant nos recherches, nous avons appris beaucoup de choses que nous voulions restituer. Le plus difficile a été de vulgariser la psychologie et la psychocriminologie, pour faire comprendre des concepts un peu originaux...
SL : ... tout en restant au plus proche de la réalité du protocole scientifique. Et y parvenir dans le cadre d'une histoire plaisante pour le téléspectateur, sans qu'il ait l'impression de recevoir des leçons.


Les intrigues sont-elles entièrement fictionnelles ou inspirées de la réalité ?
FR : Les deux. Nous pouvons nous inspirer d'un fait divers lu dans la presse, d'un ancien dossier que Michèle Agrapart aurait évoqué avec nous...
SL : ... mais aussi de lectures ou d'histoires entendues et présentes dans nos esprits. Nous intégrons également un peu de nos propres névroses. Fanny est très angoissée par les histoires de disparition, de séquestration ; personnellement, je suis un peu obsédée par les problématiques de filiation. La règle est simple : nous développons une histoire dès qu'elle nous touche.