Comment Klopp a révolutionné Liverpool

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Jürgen Klopp   Liverpool Oeil de Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-12-01T11:26:10.281Z, mis à jour 2016-12-01T13:25:32.428Z

Un peu plus d’un an après son arrivée à Liverpool, Jürgen Klopp fait l’unanimité en Angleterre. Que les Reds luttent à nouveau pour le titre devient un scénario réaliste.

Pierre-Emile Höjbjerg est sorti à la 79e minute contre Liverpool samedi 19 novembre (0-0). Depuis le banc de touche, le milieu de terrain de Southampton a pu prendre le recul dont il ne bénéficiait pas sur la pelouse. Cette distance lui a permis d’admirer un peu plus son adversaire. “J’ai joué en Allemagne contre le Bayern Munich, contre Dortmund, j’ai aussi joué contre Manchester City en Ligue des champions, énumérait-il sur le site des Saints. Mais je dois bien dire que c’est peut-être la meilleure équipe contre laquelle j’ai jamais joué.” Le Danois n’a que vingt-et-un ans. Cela invite à relativiser ses propos. Mais ils traduisent un sentiment partagé par les assidus de la Premier League. Sous Jürgen Klopp, Liverpool est devenu, en l’espace de quelques semaines, l’une des équipes les plus attractives du Royaume. L’espoir d’un premier titre de champion depuis 1990 n’est plus hors d’atteinte pour les joueurs de la Mersey, deuxièmes à un point de Chelsea.

Ce match nul 0-0 traduit, si l’on s’en tient au résultat sec, tout ce que les Reds ne sont pas cette saison. La meilleure attaque du Championnat (32 buts après treize journées) est restée muette et la défense parfois si poreuse (14 buts concédés), invincible. Pourtant, dans le jeu, ils ont acculé Southampton tout au long de la rencontre. Seule la maladresse de leurs attaquants, notamment de Firmino, a empêché Liverpool de décrocher un neuvième succès. Höjbjerg : “Non seulement ils font tourner le ballon rapidement mais leur manière de se déplacer, de se comporter et de travailler ensemble est incroyable. C’est comme une symphonie.”

Klopp applique, sur les bords de la Mersey, les mêmes principes qui ont fait sa réussite à Mayence (2001-08) et Dortmund (2008-15). Sur le terrain, il laisse une très grande liberté à ses éléments offensifs. Dans son 4-2-3-1, seul le capitaine Jordan Henderson fait office de milieu défensif à plein temps. Les percussions de Sadio Mané (24 ans), d’Adam Lallana (28 ans) mais surtout du génial Brésilien Philippe Coutinho (24 ans) se chargent de créer des différences. Ces trois-là peuvent s’appuyer à l’envi sur Roberto Firmino (25 ans), davantage neuf et demi que véritable pointe. A la perte du ballon en revanche, l’Allemand impose à ses joueurs un pressing intense et organisé. Klopp insiste beaucoup sur cette notion de récupération haute et rapide. Elle permet à son bloc de se projeter plus vite vers le but.

Jürgen Klopp, le “Normal one”

En contrepartie, son équipe se retrouve exposée. Ce déséquilibre offre souvent des rencontres spectaculaires. En témoigne le Liverpool - Dortmund en qualrts de finale retour de la Ligue Europa la saison dernière (4-3), salué comme le plus beau match de la saison dernière en Europe. Les amateurs et les supporters adorent. Les entraîneurs, un peu moins. Klopp ne fait pas exception. Nous ne sommes pas faibles défensivement, rappelait-il après le nul face à Southampton. Si vous voulez dire ça, faites-le, je n’en ai rien à faire. Je sais que nous ne le sommes pas.” Ses résultats dans le passé, notamment à Dortmund où il a été champion à deux reprises avec le Borussia (2011 et 2012) et a atteint la finale de la Ligue des champions en 2013 (perdue face au Bayern Munich 1-2), plaident pour lui.


Jürgen Klopp avec le Borussia Dortmund


Arrivé en octobre 2015 à la place de Brendan Rodgers, Klopp a d’emblée séduit par son discours. Dès sa première conférence de presse, l’Allemand s’est lui-même dépeint comme le “Normal one” en référence à José Mourinho qui s’était lui autoproclamé “Special one” à son arrivée à Chelsea en 2004. Souvent blagueur et détendu en public, l’ancien technicien de Mayence dégage une certaine sympathie derrière ses lunettes rondes, sa barbe fournie et ses grands éclats de rire. “Kloppo” cultive ce côté affable avec tout le monde au club. “Son interaction avec les fans les jours de match fait partie de cette envie de croire que nous sommes tous ensemble, expliquait Ian Ayre, directeur général des Reds au Guardian. Il a envie de convaincre tout le monde de venir avec lui, qu’il soit dans une salle dix personnes ou dans un stade de 50 000.”

En interne, il cherche à activer un maximum de ressorts psychologiques pour tirer le meilleur de ses hommes. “Il est important qu’ils sentent la différence dorénavant, qu’ils sachent qu'ils peuvent atteindre les espérances des fans, rappelait-il le jour de sa présentation. Nous devons passer de sceptiques à croyants !” Le message a, semble-t-il, été entendu. Si Liverpool n’a fini que huitième en Championnat, le club s’est hissé jusqu’en finale de la Ligue Europa (perdue 1-3 contre le Séville FC). Adam Lallana admet qu’il se sent capable de tout sous la direction de Klopp. “Une chose qu’il a apportée, c’est nous faire croire qu’on peut battre Barcelone ou quiconque. Vous entrez sur la pelouse en vous disant, ‘on peut gagner en faisant cela’. A force, vous finissez sincèrement par croire que vous pouvez battre n’importe qui.”


Mamadou Sakho et Jürgen Klopp   Liverpool


Il serait réducteur de ne considérer Klopp que comme un bon communicant ou un fin psychologue. Au-delà de ses discours, il a pris les pleins pouvoirs dans le nord de l’Angleterre. Melwood, le centre d’entraînement est devenu un lieu intime où agents de joueurs, amis ou famille n’ont plus accès en permanence. La plupart des séances sont axées sur la tactique. L’Allemand est pointilleux. Dernier exemple en date dont se délecte la presse britannique : il a débauché Mona Nemmer du Bayern Munich. La nutritionniste confectionne des régimes différents pour chaque joueur selon les besoins que nécessite son poste sur le terrain.

Alex Ferguson : “S’il y a une chose que United ne veut pas, c’est que Liverpool nous passe devant”

Ceux qui ne s’inscrivent pas dans le cadre défini par Klopp en sortent irrémédiablement. Alors qu’il utilisait beaucoup Mamadou Sakho avant sa suspension - et l’avait relancé après - l’Allemand a fait une croix sur l’international français. Lors de la tournée aux Etats-Unis, l’ancien Parisien a été renvoyé avant les autres à la maison. Le technicien n’a pas apprécié le comportement du Français, pas assez concerné selon lui. Depuis, Sakho est condamné à jouer avec la réserve et n’a d’autre option que de trouver un nouveau club cet hiver. Idem pour Mario Balotelli. A son retour de prêt de l’AC Milan cet été, Klopp a fait savoir qu’il ne comptait pas sur l'attaquant italien, réputé pour ne pas être le plus gros des travailleurs. “Il y aura un club qui sera heureux d’avoir le nouveau Mario Balotelli”, en disait-il à l’époque.



Avec ses méthodes et malgré l’absence de joueurs de classe mondiale - si ce n’est Coutinho - l’Allemand permet de nouveau à Liverpool de croire à un titre de champion d’Angleterre, dont il est sevré depuis plus d’un quart de siècle. Sous Brendan Rodgers, les Reds s’en étaient approchés lors de la saison 2013-2014, notamment grâce au duo Suarez - Sturridge. Dans cette lutte pour la première place, le LFC a l’avantage - tout comme Chelsea - de ne pas disputer de Coupe d’Europe. A la différence de Manchester City, l’autre prétendant naturel à la succession de Leicester.



La patte Klopp à Liverpool séduit toute l’Angleterre. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter celui qui a combattu avec férocité les Reds pendant vingt-sept ans. “Il a vraiment fait du bon travail et a ravivé l'enthousiasme de Liverpool, louait l’ancien entraîneur mythique de Manchester United, Alex Ferguson (1986 - 2013), fin octobre. Il arrive que des grands clubs n'y arrivent plus. Pendant deux décennies, Liverpool a changé d'entraîneurs sans construire sa propre identité. On peut maintenant sentir véritablement qu'il faudra compter avec eux cette année. On peut voir le dévouement de Klopp sur le banc de touche. Je suis sûr que son travail à l'entraînement est similaire. Il a une forte personnalité. C'est absolument vital dans un grand club.”

Alors que les Red Devils semblent encore promis à une saison de transition, l’Ecossais ne peut s’empêcher de constater l’essor du rival honni. “Klopp m’inquiète parce que s’il y a une chose que United ne veut pas, c’est que Liverpool nous passe devant.” Avant l’arrivée de Ferguson à Manchester, Liverpool était le club le plus titré d’Angleterre. Il en accuse aujourd’hui deux de retard (20 contre 18). L’Allemand est encore loin d’avoir l’assurance de combler ce déficit. Mais réussir à faire douter Sir Alex, un an à peine après son arrivée, c’est le signe que la révolution Klopp est en marche.