RB Leipzig, le promu aux allures de mastodonte

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Emil Forsberg   RB Leipzig Oei de Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-12-01T13:43:03.019Z, mis à jour 2016-12-01T13:43:03.829Z

Le RB Leipzig est passé en sept ans de la cinquième division allemande à la prestigieuse Bundesliga. Après douze journées, le club détenu et financé par Red Bull se retrouve même leader du Championnat. Cette réussite ne plaît pas à tout le monde.

Le football allemand n’avait jamais vu ça. Passé du cinquième échelon national à la Première Division en sept ans, le RB Leipzig occupe la tête de la Bundesliga après douze journées, devant le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Drôle de promu. L’équipe reste même sur sept succès de rang et finit par inquiéter le défenseur du Bayern et champion du monde Mats Hummels. “Si nous continuons à perdre des points, alors ils peuvent devenir un candidat sérieux pour remporter le titre, a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Welt am Sonntag. Tout ce que j'ai vu d'eux jusqu'à présent m'a convaincu. Ils jouent un football très offensif, défendent très bien en équipe et ont de la classe individuelle pour faire la différence. Ils me rappellent un peu ce que nous avons fait avec le Borussia Dortmund. Et nous avons remporté la Bundesliga à deux reprises (2011, 2012).”

Le club du RB Leipzig, situé sur le territoire de l’ex-RDA, est la propriété de la marque de boisson énergisante Red Bull et de son patron, le milliardaire Dietrich Mateschitz. L’Autrichien s’est fait une spécialité d’investir dans le sport pour développer sa marque. Avec succès. D’abord dans les sports extrêmes, puis dans la Formule 1, où il a décroché quatre titres de champion du monde des constructeurs et autant chez les pilotes avec Sebastian Vettel de 2010 à 2013. Dans le monde du foot, Red Bull possède déjà des écuries à New-York, Salzbourg et au Brésil. Mais aucune d’entre elles n’a les moyens de consacrer Mateschitz au plus haut niveau. Pour cela, il a eu besoin d’investir dans l’un des cinq grands championnats (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie).

Son choix s’est très vite porté sur Leipzig. Le foot de haut niveau a déserté l'Allemagne de l’Est depuis la relégation de l’Energie Cottbus en 2009. Jamais un club d’ex-RDA n’a fait mieux que la sixième place en Bundesliga. C’était le Hansa Rostock (1996, 1998). Avec ses 560 000 habitants, la ville de Saxe présente de sérieux arguments. Notamment la présence d’un stade de 44 000 places construit pour la Coupe du monde 2006, celui où Raymond Domenech avait bizarrement sorti Zinédine Zidane à une minute de la fin contre la Corée du Sud (1-1), et très peu utilisé depuis. D’abord recalé par les deux clubs populaires de la ville, Dietrich Mateschitz s’est rabattu sur le SSV Markrandstädt en 2009, qui évoluait alors en cinquième division.

L’acronyme RB ne signifie pas Red Bull

Comme pour ses autres écuries, l’homme d’affaires entend rebaptiser son nouveau club et afficher le nom de sa marque : Red Bull. Problème, la Fédération allemande de football interdit le naming*. La parade est toute trouvée. Le club s’appellera le RB Leipzig et non le Red Bull Leipzig. Officiellement l’acronyme signifie “RasenBallsport”, littéralement “Sport de ballon sur herbe”. Mais tout est mis en place pour rappeler la présence de la célèbre boisson énergisante. Le stade s’appelle désormais la Red Bull Arena et le logo du club a été redessiné avec deux têtes de taureau - l’emblème de la marque.

Tout va très vite pour le nouveau riche du football allemand. Outre le lancement des travaux d’un centre de formation et d’entraînement ultra moderne, sorti de terre en 2015, le RB Leipzig accède au monde pro et à la Deuxième Division en 2014. Mais là encore, Mateschitz va se heurter à la législation. En Allemagne, les clubs pro ne peuvent être détenus à plus de 49% par un seul actionnaire. Le milliardaire va trouver la parade. Les 51% sont détenus par une association dont tous les membres sont des employés de Red Bull. En somme, rien n’arrêtera la marche en avant de Mateschitz et de Leipzig.

L’Autrichien a bâti un modèle différent de celui porté par la plupart des investisseurs. La politique sportive ne se concentre pas sur l’achat de stars. Il suffit de se pencher sur la composition de l’effectif actuel. Peu sont connus. Le RB Leipzig mise sur les jeunes. Parmi les quinze joueurs à avoir disputé au moins la moitié des matches la saison dernière, un seul avait plus de trente ans. Lors de la dixième journée de Bundesliga, l’équipe de départ qui a battu Mayence (3-1) affichait une moyenne d’âge de 24,2 ans.

Accueillis par une tête de  taureau tranchée

Le club n’hésite pas à miser beaucoup sur ces futurs espoirs du foot mondial. Cet été, Leipzig a déboursé 18 millions d’euros pour débaucher Oliver Burke, un Écossais de dix-neuf ans qui évoluait à Nottingham Forest (D2 anglaise). Mais le RBL se sert aussi des autres filiales de Red Bull comme laboratoire. Plusieurs joueurs de l’effectif, comme l’ancien Istréen Naby Keita, ont fait leurs gammes au Red Bull Salzbourg avant d’être transférés à Leipzig. Le Brésilien Bernardo a même fait mieux. Repéré au Red Bull Brasil, il a transité six mois par Salzbourg avant d'atterrir en Allemagne cet été. En 2015, alors qu’il ne comptait toujours aucune apparition chez les pros, Ousmane Dembélé, devenu international français depuis, avait été approché par l’écurie autrichienne. Sans succès. Elle avait en revanche réussi à recruter un autre espoir sûr cette année-là : le Valenciennois Dayot Upamecano alors âgé de dix-sept ans.

Cette réussite et ce modèle agacent l’Allemagne du foot. L’ascension du petit nouveau renvoie l’image d’un club construit par et pour des enjeux de marketing, sans histoire ni âme. Il est qualifié de “club en plastique”. A chaque déplacement l’équipe est conspuée et les supporters manifestent leur rejet en tribunes. Cela va du gentil “J’aime la bière et je déteste le Red Bull” à certaines dérives insupportables. La saison dernière, à l’occasion d’un match contre le FC Erzgebirge Aue, une banderole renvoyant à Adolf Hitler a été déployée. “Un Autrichien appelle et vous suivez aveuglément, tout le monde sait comment cela se termine, vous auriez fait de bons nazis.” Le 20 août, lors du premier tour de la Coupe d’Allemagne contre le Dynamo Dresde, une tête de taureau tranchée et encore sanguinolente a été jetée au pied d’une tribune.


A la Red Bull Arena, les joueurs de Ralph Hasenhüttl ne connaissent pas ce genre de mésaventure. La plupart des supporters adverses boycottent les déplacements en Saxe. Cela n’empêche pas le club d’afficher un taux de remplissage de plus de 92% depuis le début de la saison. Dans les travées de l’enceinte, on ne retrouve pas forcément l’impressionnant soutien populaire qui caractérise les stades allemands. Il s’agit davantage d’un public familial, spectateur. Après tout, le RB Leipzig n’a que sept ans. S’il continue à progresser à cette vitesse et à concurrencer les plus gros clubs allemands, sa base de fans ne fera qu’augmenter. Mais peut-être pas aussi vite que celle de ses ennemis. 


(*) Le Bayer Leverkusen, qui appartient au groupe pharmaceutique Bayer, fait exception puisque le club a été fondé avant l’adoption de cette règle.