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Hervé Korian, scénariste de Vidocq

14 avril 2010 - 16h20 | par Aurélie Binoist

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VidocqRédemption exemplaire - Hervé Korian / Scénariste

 

Hervé Korian a toujours été fasciné par Vidocq et son parcours d'ancien bagnard devenu policier. En écrivant le scénario de cette nouvelle série, l'auteur a enfin pu donner sa propre vision de l'un des personnages les plus atypiques de l'histoire de France.


Comment ce projet est-il né ?
Mon intérêt pour Vidocq remonte à l'adolescence. Lorsque j'ai lu ses Mémoires pour la première fois, je l'ai immédiatement rapproché de Cyrano de Bergerac, le héros de mon livre préféré étant enfant... à la différence près que Vidocq avait réellement existé ! Par la suite, fasciné par le personnage, j'ai lu tout ce qui avait été écrit sur lui ou s'en était inspiré. Il y a une dizaine d'années, j'ai commencé un scénario consacré à Vidocq mais il ne s'est jamais concrétisé. Depuis, j'ai toujours gardé en tête l'idée de donner un jour ma propre vision de cet homme. Lorsque j'ai rencontré Bruno Madinier il y a deux ans, j'ai vu en lui l'acteur idéal pour l'incarner : il inspirait immédiatement confiance et dégageait la fougue caractéristique du personnage. J'ai alors adapté mon scénario pour lui et, chaque fois que je le voyais, je lui en parlais. Quelques mois plus tard, la production et la chaîne ont immédiatement adhéré au projet ; quant à Alain Choquart, le réalisateur, il a accepté tous les défis du scénario.

Pour quelles raisons Vidocq vous fascine-t-il autant ?
Il illustre parfaitement l'idée que je me fais de la rédemption. Je crois fondamentalement - et philosophiquement - que si l'on offre à une personne la possibilité de se racheter, elle deviendra foncièrement honnête. A ma connaissance, aucun policier au monde n'a arrêté autant de criminels que Vidocq. Toute sa vie, il a d'ailleurs suscité des jalousies, notamment dans la police, parce qu'il a obtenu des résultats impressionnants malgré son passé de bagnard. Il a d'ailleurs été attaqué en justice un nombre incalculable de fois... mais a systématiquement gagné ses procès. Les juges, véritables représentants de la loi, étaient de son côté et le considéraient comme un homme honnête. Le parcours de Vidocq est extraordinaire ! Son histoire appartient au patrimoine français et nous nous devons de l'exploiter. D'ailleurs, il a inspiré de manière certaine plusieurs personnages littéraires comme Vautrin chez Balzac et Jean Valjean chez Hugo.

Sa personnalité génère beaucoup de fantasmes dans l'imaginaire collectif. Quelles caractéristiques vouliez-vous mettre en avant ?

D'abord, son tempérament d'homme d'action et sa modernité. Vidocq a créé une police moderne à une époque où Paris était dans le chaos le plus total car des milliers de criminels y sévissaient. Il faut dire que sous le règne de Napoléon, peu de perspectives étaient offertes au peuple. Soit on s'engageait dans l'Armée ou la police, soit on devenait un criminel. C'est parce qu'il connaissait bien ces criminels que Vidocq a voulu les combattre. Dans ses Mémoires, il confesse les avoir fréquentés «jusqu'à l'écœurement». L'autre trait de caractère que je voulais mettre en avant, c'est son romantisme. Bel homme, Vidocq s'exprimait très bien et était un grand séducteur. J'ai lu les Mémoires de Vidocq après ceux de Casanova et j'ai trouvé énormément de similitudes entre eux. Contrairement au personnage fictif de Dom Juan et à son cynisme, ces deux hommes tombaient vraiment amoureux de toutes les femmes qu'ils courtisaient. J'avais envie que la première histoire d'amour de Vidocq soit platonique pour rendre hommage à son romantisme. En fait, je voulais ne retenir que ses côtés positifs car mon objectif était de réhabiliter Vidocq qui, à mon sens, n'est pas reconnu à sa juste valeur.


Avez-vous cherché à respecter la réalité historique ?
Oui, je voulais absolument inscrire la série dans la réalité historique... et ne pas dire de bêtises ! Passionné d'histoire depuis longtemps, je me suis toujours intéressé aux laissés-pour-compte. Sous Napoléon, femmes et enfants étaient en grande difficulté : 12 000 prostituées erraient dans les rues de Paris, sans autre choix, et il y avait un nombre incroyable d'orphelins. C'est pour cette raison que j'ai fait de Dolorès une ancienne prostituée. Mais à l'époque, les femmes ont également commencé à s'émanciper, point de départ d'un droit de vote qui n'est arrivé que tardivement en France. Dolorès a acheté son auberge elle-même, elle persuade ensuite Vidocq de l'intégrer à sa police... Elle est très moderne. Je me suis toujours considéré comme féministe, Dolorès me permet de l'exprimer ! En fait, tous les personnages secondaires symbolisent des problématiques de l'époque ou servent de référence historique. J'ai ainsi appelé l'un des alliés de Vidocq «Le Corse» en référence à Napoléon. En revanche, si j'ai voulu respecter la réalité sociale de ce siècle, je n'ai pas cherché à décrire ni à exploiter les véritables affaires résolues par Vidocq. Il a procédé à des arrestations par centaine chaque année et a fait incarcérer 20 000 criminels au cours de sa carrière. Mais il s'agissait presque toujours du même type de malfrats et retracer leurs cas serait devenu répétitif. Mon principal souci était de ne pas trahir les valeurs de Vidocq.

Les créations de Larousse, ce personnage d'inventeur particulièrement doué, correspondent-elles, elles aussi, à la réalité ?
Ce personnage existe car l'action se situe au début de la révolution industrielle en France. Admiratif de Jules Verne, j'avais envie d'aborder cette période fantastique qui a changé la face du monde. En ce qui concerne Larousse, je me suis un peu libéré de l'époque. Ses inventions sont, en moyenne, en avance d'une cinquantaine d'années. Car je voulais aussi absolument inscrire la série dans le dynamisme et la modernité, sur le modèle de certains films américains. J'ai adoré la trilogie de La Momie car Hollywood a réussi à inscrire ce film aux thématiques démodées dans le présent. J'ai retrouvé la même forme de narration dans Pirates des Caraïbes, où le film de corsaire, un genre assez ancien, redevenait très moderne.

Avez-vous rencontré des difficultés dans l'écriture ?

Aucune. Au contraire, Vidocq a eu une vie tellement extraordinaire ! Ce personnage est une source d'inspiration inépuisable pour moi !

 


 


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