50' inside : Michel Polnareff : retour sur l’incroyable histoire de Lettre à France

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Michel Polnareff, l'histoire de 'Lettre à France'
Par Zahia YALIOUA|Ecrit pour TF1|2015-06-10T07:35:41.364Z, mis à jour 2015-06-10T07:35:41.364Z

Michel Polnareff prépare actuellement l’album de ce grand retour… L’occasion de revenir sur l’un de ses plus grands succès, « Lettre à France ». Une chanson en forme de déclaration d’amour à son pays avec qui il a eu une histoire compliquée…

« Il était une fois, Toi et moi… » (…) « Depuis que je suis loin de toi, je suis comme loin de moi »… Ces paroles empreintes de nostalgie que Michel Polnareff susurre sur quelques notes de piano est sans nul doute l’un des plus grands succès du chanteur. Cette déclaration d’amour à la France est celle d’un « exilé » qui a dû quitter précipitamment son pays. C’est le symbole des amours compliquées entre la star et la France.

L’affiche de la discorde

En octobre 1972, cet amour transi connaît un premier accroc. Pour annoncer son premier concert à l’Olympia, Michel Polnareff décide de frapper un grand coup. 6000 affiches sont tirées et placardées sur les murs pour annoncer l’événement. Problème, la nature de la photo a de quoi choquer les passants. Habillé en robe de mariée, Michel Polnareff soulève sa traîne pour laisser découvrir ses fesses. Prévue pour provoquer et faire parler, l’affiche fait des merveilles. « J’ai voulu faire une affiche qui se remarque le plus possible et qui mette le doigt sur le fait qu’il allait se passer à l’Olympia quelque chose qu’on n’avait pas l’habitude d’y voir. » Et le concert tient toutes ses promesses, c’est un triomphe pour Polnareff ! Mais la polémique provoquée par l’affiche a du mal à passer. Le chanteur est convoqué un mois plus tard pour répondre des accusations d’attentat à la pudeur. Dépitée, la star française confiera aux journalistes d’alors : « Je trouve tout simplement dommage que cette affaire soit allée aussi loin parce que c’est un canular et je crois que tout le monde est maintenant obligé de jouer un rôle, ce qui est très bête et très dommage. » A l’issue du procès, il écopera d’une amende de 6 millions d’anciens francs, ce qui correspond à environ 9000 euros aujourd’hui. Une somme plutôt modique pour la star à l’apogée de sa carrière à l’époque mais qu’il trouvera tout de même « sévère » et « injuste ».

Ses déboires avec le fisc

En 1972, Michel Polnareff est au sommet de sa gloire. Il gagne beaucoup d’argent et mène une vie luxueuse au sein d’un grand hôtel particulier à Neuilly. Il conduit une Rolls Royce et des Harley Davidson. Il mène une vie de star et prend un homme de confiance pour gérer sa fortune. Mais un jour, il reçoit une lettre surprenante d’une agence immobilière qui lui réclame six mois de loyers impayés. Le rêve se brise alors pour le chanteur qui découvre que rien ne lui appartient : ni la Rolls, ni sa maison, rien ! Tout est en location ! Son homme de confiance l’a trahi, pris son argent et filé en douce laissant Michel Polnareff avec ses dettes. Le fisc lui réclame alors plus d’un million de francs mais il est ruiné ! L’opinion publique refuse de croire en sa bonne foi et le chanteur supporte mal ce désamour. Menacé d’emprisonnement, Michel Polnareff décide alors de quitter la France pour refaire sa vie ailleurs.

La nostalgie de l’exilé

Il s’installe alors en Californie où il sort un premier single prometteur qui se classe rapidement au hit parade américain. Mais un an et demi après son départ précipité, la France lui manque. Comme, il ne peut pas regagner son pays sous peine de se faire arrêter, Roger Kreicher, l’ancien directeur des programmes de RTL, lui propose d’organiser un concert en Belgique. L’annonce du retour de Michel Polnareff fait sensation et près de 4000 fans rejoignent Bruxelles pour assister au concert. Et malgré un matériel de sonorisation qui ne viendra jamais, l’interprète de Goodbye Marylou refuse d’annuler. Il est déterminé à assurer ce concert devant ce public qui lui a tant manqué. De retour à New York, Michel Polnareff ère comme une âme en peine dans la ville. La nostalgie le gagne… Et lors d’une sortie au restaurant sur la 5e avenue, tout lui rappelle la France : les chansons de son enfance diffusées à la radio, le vin français déposé sur la table… Pris d’un énorme coup de blues, il griffonne sur la nappe en papier les premières notes de la chanson qui ne s’appelle pas encore Lettre à France. Il enregistre alors la musique sur une cassette et l’envoie à Jean-Loup Dabadie, l’un de ses paroliers. Ce dernier va alors lui écrire une chanson avec deux niveaux de lecture. On peut soit y voir une simple lettre d’amour d’un homme loin sa dulcinée ou alors celle d’un homme exilé qui rêve de revoir son pays, la France. Un double sens qui séduit immédiatement le chanteur. Mais pas seulement… De l’autre côté de l’Atlantique, le 45 tours se vend à plus de 840 000 exemplaires à l’été 1977.

Le succès retentissant de ce tube permet à Polnareff de revenir en France. En octobre 1978, il décide de régler ses affaires avec le fisc. La justice reconnaît la culpabilité de l’homme de confiance toujours en fuite et l’innocence du chanteur. Il est cependant toujours redevable d’un million de francs qu’il doit à l’administration fiscale.