Automoto Focus : L’histoire extraordinaire d’une AC Ace devenue Cobra

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Focus Shelby Cobra CSX 2000
Par Aurélien Matysek - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-01-03T16:00:47.418Z, mis à jour 2017-01-03T17:10:09.111Z

L’AC Cobra est la référence des “muscle cars”. Depuis un demi-siècle, le bijou créé par Carroll Shelby ne cesse de provoquer fantasmes et fascination. Voici son histoire, depuis l’AC Ace d’origine, petit cabriolet anglais, aux neuf rééditions annoncées en 2017 pour perpétuer le mythe.

Oubliez toutes les aides à la conduite ou l’assistance sur les freins. Oubliez le correcteur électronique de trajectoire (ESP), le système de blocage des roues (ABS) et toute idée de direction assistée. Cette voiture est un démon. Son mythe vient en partie de sa difficulté à la maîtriser. L’AC Cobra est la reine des “muscle cars”, ces véhicules américains ou australiens propulsés par un moteur surdimensionné. Son histoire, intimement liée à l’ambition du pilote Carroll Shelby, est l’une des plus fascinantes transformations de l’histoire de l’automobile, partie de l’AC Ace, un cabriolet britannique sans prétention.


Made In England

L’AC Ace voit le jour en 1953. Le petit roadster britannique conquiert rapidement le cœur des gentlemen drivers portés sur le volant. Très à l’aise la semaine pour les déplacements quotidiens, l’Ace aime aussi s’exprimer le week-end. Ses propriétaires peuvent aller user ses pneus sur circuit et obtenir des chronos en compétition. Elle est très prisée des pilotes de course à la recherche de polyvalence.

Pendant ce temps-là, aux Etats-Unis, le pilote Carroll Shelby joue des coudes dans les plus grandes épreuves sportives. L’Américain se forge une expérience en Formule 1 et gagne même les 24 Heures du Mans 1959 au volant d’une Aston Martin DBR1. Un an plus tard, il quitte brutalement la compétition. Une idée l’obsède. Il est prêt à tout pour la réaliser.

Son envie est plutôt simple sur le papier : donner naissance à une voiture américaine puissante capable de battre les européennes sur circuit. Ferrari est principalement visée. Carroll Shelby se penche alors sur l’AC Ace, un petit roadster de sport abordable. Il cherche comment lui greffer un gros V8 américain. Pour son rapprochement vers AC, il dispose d’un allié de taille : Ford. Les discussions s’engagent en 1961. C’est une idée folle, un défi insensé : greffer un énorme bloc américain, un gros V8 4,2 litres, dans les entrailles d’une belle Anglaise.

L'AC Ace d'origine


AC Ace 1958

Ça tombe plutôt bien, le motoriste d’AC, Bristol, ne peut plus fournir les frères Hurlock. Les voitures de sport des créateurs de l’AC Ace n’ont plus rien sous le capot. Ce scénario laisse le champ libre à Carroll Shelby pour réaliser son projet malgré les divergences entre les deux camps. "Carroll, un pur Texan, ne s’entendait pas trop bien avec les frères Hurlock, gentlemen britanniques qui étaient les propriétaires de l’usine AC", nous explique Claude Dubois, consultant  technique et historique pour Gentleman Car, importateur Shelby en Europe, "leurs philosophies étant assez différentes."

De la transformation à la compétition

Carroll Shelby finit par racheter les voitures vides d’AC. Il demande tout de même aux dirigeants de préparer les montures pour leur ultime mutation. "A.C Cars était situé à Thames Ditton, petit village du Surrey", raconte Claude Dubois, "c’est un des plus anciens constructeurs automobiles britanniques. L’usine fournissait des voitures complètes à Shelby American à Los Angeles. Il ne manquait que le ‘driveline’, moteur et  transmission, installé par Shelby. La Cobra était en fait une A.C Ace dont le châssis avait été modifié pour accepter un moteur Ford V8 de 260 cubic inches (ci) soit 4,2 litres au début, avant de passer à 289 ci (4,7 litres). Une version ultérieure, avec un châssis à ressorts hélicoïdaux, profitait du Ford « big block FE » de 427 ci, soit 7 litres. Rapidement les badges ‘A.C’ ont disparu des voitures pour devenir ‘Shelby Cobra’."

Supporter une telle puissance pour le châssis de l’AC Ace n’est pas chose facile. La transformation passe forcément par un renforcement du châssis, conçu à l’origine pour une motorisation de 100, voire 150 chevaux. Modifier les tubes composant la structure est une étape indispensable pour gagner en rigidité. La troisième version, la 427, toujours produite, accueille des ailes plus bombées et des voies élargies montées de pneus encore plus larges. Voici le véhicule désormais apte à encaisser le regain de puissance du V8, qui dépasse maintenant les 400 équidés.


Cette bête est désormais incomparable aux européennes, plus raffinées. Avec son V8, l’AC Cobra se présente comme deux fois plus puissante que les sportives du Vieux Continent. Malgré tout, les prix ne s’envolent pas. Le tarif de l’Américaine était loin de celui des Ferrari et autres Aston Martin, à moins de 10.000 dollars dans les années 60 pour l’Américaine contre environ 20.000 dollars pour une Ferrari 250 GTO.

La légende de la Cobra tient aussi à ses performances en compétition. Elle parvient à surpasser les redoutables européennes. "Le mythe A.C Cobra est facilement compréhensible à la vue de ses performances ahurissantes et ses nombreuses victoires en compétition", indique Claude Dubois, "elle a notamment battu Ferrari en Championnat du Monde GT et l’extraordinaire Ferrari 250 GTO en 1965." D’autres courses de prestige figurent à son tableau de chasse : l’United States Road Racing Championship en 1963, 1964 et 1965, les 500 kilomètres de Bridgehampton GT en 1963 ou le Critérium des Cévennes en 1963. Lors des 24 Heures du Mans 1964, elle est première de sa catégorie GT +3 L et quatrième au général.

De 130.000 à... 12 millions d'euros

L’AC Cobra reste un véhicule rare. Quelques 1 000 exemplaires ont connu les chemins de la production jusqu’en 1969 dont 75 pour la première 260. Par la suite, 580 unités de la 289 et 350 Cobra 427 sortiront d’usine, sans oublier, dans ce total, les deux 427 Super Snake de 800 chevaux. "Pour moi, la meilleure des Cobra est une version peu connue, appelée ‘A.C 289’ qu’A.C Cars à sorti en 1967/1968 quand le programme Shelby Cobra s’est arrêté", raconte Claude Dubois, "il s’agit du châssis à ressorts hélicoïdaux de la Cobra 427 mais avec le  « small block » 289.  A.C  n’a  produit  que 20 ou 25 voitures de ce type mais c’est la meilleure des Cobra. Elle a été produite en trop petite quantité pour être homologuée par la FIA."

La Shelby Cobra 427 50ème anniversaire


La Shelby Cobra 427 '50h Anniversary'

Qui dit rareté dit également spéculation... De ce côté, la Shelby est aujourd’hui l’une des références. La numéro 1, appelée CSX 2000, a été adjugée en août 2016 près de 12 millions d’euros. Ce record fait d’elle la voiture de collection américaine la plus chère de l’histoire. Cette somme astronomique reste cependant loin des 52 millions de dollars de la Ferrari 250 GTO.

Ils sont seulement une poignée d’hommes à pouvoir débourser ces sommes. Pour les passionnés moins aisés, il est possible de s’orienter vers de nombreuses répliques. AC Automotive propose différentes versions avec moteur Chevrolet pour un tarif démarrant à 132.000 euros. Si vous cherchez un exemplaire plus proche des modèles originaux, AC Heritage a la solution. Surfant sur l’engouement actuel autour de cette Shelby, neuf unités vont être fabriquées en 2017, toutes calquées sur le modèle de 1962 avec le moteur 260. En termes de tarif, il s’agit pile d’un entre-deux : environ 600 000 euros.