Focus Automoto : Mark Webber, la retraite d’une quasi-légende

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Mark Webber Porsche LMP1 Endurance 2016
Par Agence CReaFeed - Pierrick Rakotoniaina|Ecrit pour TF1|2016-11-15T15:17:19.644Z, mis à jour 2016-11-15T15:17:21.526Z

Il a eu à sa disposition les meilleures voitures de la planète mais n’a jamais été champion du monde de F1. L’Australien Mark Webber, quarante ans, va prendre sa retraite le 19 novembre 2016, après quatorze saisons de très haut niveau, dont trois en Endurance. Voici son itinéraire.

Le 19 novembre 2016 à Bahrein, lorsque le drapeau à damiers s’abattra sur la dernière course du championnat d’endurance WEC, un des plus illustres pilotes du sport automobile tirera sa révérence. Mark Webber, Australien, actuel titulaire d’un volant Porsche en LMP1, prend une retraite bien méritée à 40 ans, après une carrière essentiellement menée en Formule 1, douze saisons durant. Il laissera l’image d’un potentiel hors du commun à qui le titre de champion du monde s’est toujours refusé, notamment à cause de Sebastian Vettel.

Suite à une trajectoire classique en débutant par le karting, puis la Formule Ford et la Formule 3, Mark Webber passe par l'Endurance et le championnat FIA GT chez Mercedes-Benz. Il remporte 5 victoires en 1998, mais lâche la CLR qui l’envoie deux fois en looping aux 24 heures du Mans 1999.  Il revient ainsi à la monoplace, la Formule 3000, avant d'être pris sous la coupe de Flavio Briatore, qui l'envoie en F1.


2002, 5ème d’entrée à domicile !

Mark Webber devient pilote de Grand Prix chez Minardi en 2002. L’équipe vient alors d’être rachetée par Paul Stoddart, homme d’affaires australien qui soutenait déjà Webber en F3000. Le meeting d’ouverture se déroule à Melbourne, à domicile. Au volant de la modeste voiture de la petite Scuderia, Webber tient le coup au milieu des abandons. Il se retrouve, dans les dernières boucles, juste derrière Mika Salo dans le baquet d’une des Toyota, team au budget faramineux. Mis sous pression par le natif de Queanbeyan, l’expérimenté Finlandais finit par craquer et part en tête-à-queue.


Mark Webber Alex Yoong Minardi KL Asiatech F1 2002

Le « grand Mark », ainsi surnommé à cause de son mètre 84, prend les deux points de la cinquième place. « On me disait constamment que la voiture de Mark était sur le point de casser et qu’il ne finirait pas la course, racontera Stoddart à MotorsportM8. Comprendre comment il a été jusqu’au drapeau à damiers est un mystère ! » Fait inhabituel, lui et son patron fêtent ce résultat sur le podium devant un public conquis, après la cérémonie qui avait vu triompher Michael Schumacher (Ferrari) devant Juan-Pablo Montoya (Williams-BMW) et Kimi Räikkönen (McLaren-Mercedes).


2003-2006, au mauvais endroit, au mauvais moment

Jaguar le recrute alors pour succéder à Eddie Irvine. Il a la R4 bien en main, mais des soucis récurrents de fiabilité le freinent. Sur le circuit d’Interlagos, lors d’un Grand Prix du Brésil aux conditions météo difficiles, il sort indemne d’un sérieux accident qui détruit complètement sa monoplace. Si Webber donne l’impression de stagner, il sera plus tard moins sévère : « Jaguar était un bon pas en avant par rapport à Minardi, car il s’agissait d’une plus grosse équipe. Oui, ma seconde année était une déception, mais surtout parce que la première était parfaite. Mais cela ne m’a pas empêché d’apprendre. »


Jaguar se retire du sport auto. BMW-Williams recrute Mark Webber en 2004 après le départ de Juan-Pablo Montoya parti chez McLaren. Le puissant constructeur de Munich et l’expertise du team anglais ressemblent à un tremplin. L’avant-saison et les impressionnants chronos réalisés en essais privés semblent faire de l’Australien un homme fort de 2005. Dans l’exercice des qualifications, où la pointe de vitesse des pilotes est récompensée, Webber impressionne. Mais ses bons résultats le samedi ne se transforment pas toujours en gros scores le dimanche. Il termine à la troisième place au prestigieux Grand Prix de Monaco, après une haute lutte avec Fernando Alonso. Mais pour un pilote qui se voyait embêter Ferrari, Renault et McLaren, la saison est inaboutie (10e).

Mark Webber (Williams-BMW) au Grand Prix de Monaco de F1 2005


Mark Webber Williams BMW GP F1 Monaco 2005

2006 sera un calvaire. BMW lâche Williams en rachetant Sauber et constitue sa propre écurie d’usine. Avec des moteurs V8 Cosworth assemblés à la hâte, les Williams de Webber et de son coéquipier, le jeune Nico Rosberg, ne sont ni fiables ni rapides. Australie, Monaco, Allemagne : Webber est placé, mais doit abandonner. La crispation dans l’équipe atteint un point critique à la fin de la saison, où il se retrouve pris dans des bagarres avec son propre coéquipier. Mark Webber termine la saison avec 7 points. Au mauvais endroit, au mauvais moment, tel est le fil conducteur de sa carrière. 

Plus tard, Frank Williams, propriétaire de l’écurie, dira qu’il ne croyait pas vraiment en lui, avant de se raviser quelques années plus au regard de sa réussite plus tard chez Red Bull, comme il l’a confié à l’AFP : "Quand nous l’avions, notre voiture était décevante, et nous sentions qu’il était une partie du problème. Mais en fait il ne l’était probablement pas avec le recul."

2007, Red Bull, voiture exceptionnelle

Red Bull : la jeune écurie autrichienne dans laquelle arrive Webber en 2007 a les moyens de ses ambitions. Dotée d’un budget illimité, elle s’offre les services d’un certain Adrian Newey, l’homme qui a conçu les Williams et McLaren championnes du monde. Ironie du sort, l’équipe est née du rachat de Jaguar, où il officiait jusqu’en 2005. Mark Webber patiente un tiers de saison avant de marquer enfin des points. Au Nürburgring en juillet, il monte sur le podium. Il finira la saison douzième mais personne ne s’y trompe : Webber a débuté la dynamique qui peut le mener très haut.

Red Bull continue de se constituer une équipe technique d’élite. Pendant ce temps-là, un pilote allemand surdoué, Sebastian Vettel, apparu en 2006 dans une BMW à l’occasion du remplacement temporaire de Robert Kubica blessé, poursuit son apprentissage chez Toro Rosso, propriété de Red Bull. En 2008, Webber entre dans les points – 4ème à Monaco - mais ne monte pas sur le podium.

Mark Webber au Grand Prix de Monaco de F1 2008


Mark Webber (Red Bull) GP F1 Monaco 2008

Puis arrive le Grand Prix d’Italie. Ce sera une édition légendaire, mais pas pour l’Australien. Les conditions changeantes permettent à Vettel de faire valoir son talent. Il surclasse tout le plateau en prenant la pole position. Le lendemain, il humilie tous les autres pilotes en gagnant la course au volant d’une voiture dont le niveau moyen est celui d’un milieu de grille. Toujours rien pour Mark Webber.

En 2009, Sebastian Vettel devient le voisin de garage de l’Australien. Mais Webber est perçu comme un des plus sérieux candidats au titre : Adrian Newey a conçu une monoplace d’exception, qui ridiculisera bientôt les plus grandes équipes. Sa RB5 est exceptionnelle. Huit podiums en apportent la démonstration. Il finira même deuxième derrière Vettel, en Chine et en Angleterre. Webber obtient enfin sa première victoire en Allemagne, en juillet 2009, à 33 ans. Après un nouveau succès au Brésil, Webber termine la saison à la quatrième place, loin des dominantes Brawn GP, ex-Honda de Barrichello et Button. Mais son partenaire, Vettel, est l’extra-terrestre qui va l’empêcher d’avoir un destin différent.

Mark Webber vainqueur du Grand Prix de Monaco de F1 2009


Mark Webber (Red Bull) vainqueur du GP F1 Allemagne 2009

2010, très près des étoiles

Ce sera la démonstration de l’année 2010, clairement la meilleure saison de toute la carrière de Mark Webber. La Red Bull RB6 est redoutable. L’Australien n’a jamais été autant candidat à la couronne. En Malaisie, il se fait bousculer par son coéquipier. Le monde de la F1 comprend que la confrontation finira par être houleuse. Une polémique naît sur le soutien qu’apporterait l’écurie au jeune Allemand plutôt qu’au quasi-vétéran australien. Webber résiste, aligne quelques poles et victoires, démontrant qu’il ne se laissera pas faire.

En Turquie, le 30 mai 2010, l’un des plus grands drames de la F1 moderne se joue. Les deux Red Bull sont en tête au 40e tour, Webber devant Vettel. Ce dernier tente un dépassement impossible. Les voitures entrent en contact. Vettel abandonne. La rivalité est à son paroxysme. Plus tard dans la saison, Mark subira un énorme crash en percutant l’arrière d’une Lotus retardataire pilotée par Heikki Kovalainen, mais sort indemne d’un incroyable looping. Il tient le cap dans son combat fratricide, obtient une victoire exceptionnelle en Angleterre, alors que l’équipe a fait monter un nouvel aileron plus performant sur la voiture de Vettel.

Le combat dure jusqu’au dernier Grand Prix à Abu Dhabi. Webber peut être sacré champion du monde. Fernando Alonso, alors en tête au championnat devant Webber et Vettel, joue aussi le titre sur sa Ferrari. Il rate son départ, commet une erreur et doit changer prématurément de pneus. L’Espagnol et l’Australien se retrouvent englués en milieu de peloton, et la victoire de Vettel fait de lui le plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1. Webber ne passera plus jamais aussi près du couronnement, mais se défendra toujours d’un quelconque regret. "Abu Dhabi, c’est peut-être la course ou le championnat fut décidé, mais il s’est gagné et perdu sur d’autres circuits du monde avant, a-t-il dit à ESPN. Nous n’allons pas être obsédés par ce qui s’est passé sur cette piste."

Mark Webber et Sebastian Vettel au coude-à-coude au départ du GP F1 de Grande-Bretagne 2010


Départ GP F1 Grande-Bretagne Silverstone 2010

2011-2013, dans l’ombre de Vettel

En 2011, Sebastian Vettel domine le championnat comme rarement un pilote l’a fait. Webber obtient de nombreux podiums et une victoire en fin de saison au Brésil, mais il finit troisième au championnat derrière son coéquipier et Jenson Button (McLaren). En 2012, Mark Webber n’est plus candidat à la victoire finale. Il ne peut rien face à la supériorité de l’Allemand. Plus personne ne doute des faveurs de l’équipe pour Vettel, qui cumulera un troisième titre de champion du monde. Webber, sur le déclin, gagne toutefois de manière éclatante à Monaco pour la seconde fois, et à Silverstone. Il termine sixième.

Pour sa dernière année de contrat en 2013, Mark Webber n’entend pas faire que de la figuration. Mais il subit sa plus grosse humiliation en Formule 1 à l’occasion du Grand Prix de Malaisie. L’Australien mène la course, et le team décide de figer les positions selon un scénario anticipé lors du briefing qui décrivait qu’en cas de situation du genre, allait crépiter dans les radios l’instruction « multi 21 ». Ce code signifiait que la voiture 2 devait rester devant la numéro 1. Mark ne se méfie pas. Vettel le déborde et emporte la victoire. « Je ne sais pas qui lui a parlé entre la Malaisie et la Chine, mais la discussion en Chine ne s'est pas bien passée, écrira-t-il dans son autobiographie « Aussie Grit ». Il a dit qu'il avait un grand respect pour moi comme pilote mais pas en tant comme personne. Cet épisode a évidemment vraiment affecté notre relation. A cette époque, on pouvait difficilement être face à face. »

Vettel gagne treize fois. Webber se contente de huit podiums. Sa signature pour Porsche et son futur transfert en Endurance ne sont plus un secret à partir de l’été. Webber court sans pression. Dans le tour de décélération de la dernière course, il enlève son casque et salue le public sans le filtre de la visière. C’est la dernière image que la F1 verra de Mark Webber, ce grand Australien à la carrière exceptionnelle mais sans couronne. Il restera aussi comme l’un des plus sympathiques que le plateau ait connu.

Mark Webber (Red Bull), dernier GP en Formule 1 à Interlagos (Brésil) le 25 novembre 2013


Mark Webber (Red Bull) GP F1 Brésil 2013

"Aussi bon que les champions du monde ? Probablement pas."

« Mon rêve d’enfant était d’être en F1 », racontera-t-il à la BBC en 2014, « je pense que j’ai fait de mon mieux. Je n’aurais jamais pensé avoir une carrière de 215 courses dont 42 podiums. (…) Je suis très fier de ce que j’ai accompli en Formule 1. Suis-je aussi bon que les champions du monde ? Probablement pas. »

En endurance, avec Porsche, Mark Webber obtient ce titre de champion du monde qu’il n’a jamais eu en F1, en 2015, suite à 4 victoires au volant de la 919 Hybrid (Nürburgring, Austin, Fuji et Shanghai). Mais ce mois de novembre 2016, sans chance de titre, il quitte la discipline sans le trophée suprême de la catégorie : les 24 Heures du Mans.

Brendon Hartley, Timo Bernhard et Mark Webber (Porsche) champions du monde d'endurance LMP1 2015


Brendon Hartley, Timo Bernhard, Mark Webber Porsche champions LMP1 2015