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Coup d'oeil dans le rétro - F1 : Senna-Schumacher, l'impossible comparaison

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Michael Schumacher et Ayrton Senna, deux légendes de la Formule 1.
Par Loïc CHENEVAS-PAULE|Ecrit pour TF1|2015-01-29T17:39:00.000Z, mis à jour 2016-01-17T17:57:10.800Z

Dans sa rubrique "Coup d'oeil dans le rétro", la rédaction s'arrête le temps d'un instant sur un évènement, un pilote ou un phénomène qui a marqué l'histoire des sports mécaniques et de l'automobile pour l'analyser, le décortiquer et comprendre pourquoi tout le monde en parle encore aujourd'hui. Ce jeudi 29 janvier, Automoto.fr se penche sur Ayrton Senna et Michael Schumacher, deux des plus grands champions de l'histoire de la Formule 1 qui ont souvent été comparés malgré leurs nombreuses différences.

L'un est considéré comme le meilleur pilote de Formule 1 de tous les temps, l'autre... aussi. Grâce à leurs innombrables exploits sur la piste et leur personnalité hors du commun, Ayrton Senna et Michael Schumacher ont chacun marqué de leur empreinte l'histoire de l'élite automobile. Tous les deux adulés par plusieurs générations de passionnés, le Brésilien et l'Allemand sont très souvent comparés pour leur magie exercée une fois la visière du casque baissée alors que de profondes différences séparent ces deux artistes du volant.

La gagne à tout prix

Comme des virtuoses, Senna et Schumacher ont pour principal point commun leur pilotage. Nés pour gagner, bafouant parfois la moralité et le règlement pour la victoire, le Brésilien et l'Allemand avaient cette capacité instinctive à être le plus rapide dans toutes les circonstances, que ce soit en qualifications (respectivement 65 et 68 pole positions, records absolus) ou en course. Si la Formule 1 moderne a perdu de sa valeur avec toute l'artillerie technologique embarquée à bord, ceux que le grand public surnommait affectueusement "Magic" et "Schumi" restent les derniers pilotes ayant hissé l'Homme aux limites de la machine.

Ayrton Senna au volant de sa McLaren lors du Grand Prix de Monaco.


Mais mettre en perspective les trajectoires de ces deux légendes n'est pas chose aisée. Le grand Enzo Ferrari disait en son temps qu'il n'est possible de juger un pilote que par rapport au contexte dans lequel il évolue. Des paroles remplies de sagesse qu'il convient de garder en mémoire avant de se laisser aller au jeu des comparaisons. Senna et Schumacher ont construit leur immense carrière à des époques différentes avec des monoplaces évoluant profondément au fil des années. S'ils se sont croisés sur les circuits (parfois de trop près) plus de deux saisons, la mort soudaine et tragique du Brésilien lors du Grand Prix de Saint-Marin 1994 a empêché de voir un duel sur le long terme, faussant ainsi les statistiques.

Avec 91 victoires et sept titres mondiaux, "le Baron Rouge", autre surnom donné à Schumacher, dispose du plus grand palmarès de l'histoire de la F1, loin devant Senna qui a tout de même remporté 41 succès pour trois couronnes de champion du monde. Cependant, pour comprendre à quel point le Brésilien peut rivaliser avec l'Allemand en matière de chiffres, il faut rappeler qu'il a passé dix saisons pleines dans la catégorie reine du sport automobile alors que le natif de Hürth-Hermülheim a vécu une carrière longue de 19 années dans la discipline. Forcément, avec une longévité de carrière plus importante, l'opportunité d'établir des records hors normes est grande, bien qu'elle ne soit pas facile à saisir.

Deux trajectoires différentes

Mais au-delà des chiffres qu'il est facile d'interpréter sous plusieurs angles, la légende écrite par Senna emprunte un chemin totalement différent que l'itinéraire suivi par Schumacher. Pour devenir l'un des meilleurs pilotes de tous les temps, le Brésilien a dû venir à bout d'adversaires aussi implacables que rapides, à commencer par son plus grand rival, le Français Alain Prost. En remportant un an un tous ses duels, le natif de Sao Paulo s'est construit comme un pilote sans égal, un génie à l'état pur doté d'une hargne flamboyante qui s'est progressivement éteinte le jour où il a perdu tous ses rivaux.

Ayrton Senna - 1986 - GP Portugal Prost Mansell Piquet


A l'inverse de son rival sud-américain, Schumacher a bâti les fondations de son histoire en même temps que le nouveau visage de Ferrari, écurie la plus mythique dans la discipline reine du sport automobile. Ses cinq titres mondiaux avec les Rouges de Maranello sont exceptionnels de maîtrise mais trahissent aussi une certaine faiblesse. Sans rival digne de ce nom, l'Allemand est intouchable alors qu'à chaque fois qu'il a dû batailler pour le titre, il s'est écroulé en laissant éclater au grand jour tous les traits de son caractère qui font de lui un personnage critiqué.

Face à Mika Häkkinen (1998) et Fernando Alonso (2006), "Schumi" s'est très souvent comporté en pilote valeureux qui n'abandonne jamais tant que le drapeau à damiers n'est pas brandi (nous n'oublions pas, entre autres, sa manœuvre douteuse lors des qualifications du Grand Prix de Monaco 2006 où il s'était immobilisé à la Rascasse pour empêcher Alonso d'améliorer son temps). Une attitude quasi-exemplaire, bien loin de celle dont il a fait preuve à l'égard de Jacques Villeneuve en 1997, n'hésitant pas à aller au contact avec le Québécois avant d'être disqualifié pour manœuvre antisportive.

Michael Schumacher au volant de sa Ferrari, sous la pluie, en 1996.

Deux personnalités atypiques

Différents sur la piste malgré leur soif de victoire impossible à étancher, Senna et Schumacher le sont aussi dans leur caractère. Agressif sur la piste, le Brésilien fait preuve d'une très grande sensibilité et intelligence en dehors. Sa croyance envers Dieu et son attachement à la sécurité de tous les pilotes l'ont rendu à la fois mystique et pragmatique, créant une personnalité complexe qu'il est difficile à appréhender mais facile à apprécier une fois l'armure fendue. Un constat qu'il est possible de faire pour Schumacher.

Très froid en apparence, l'Allemand n'en demeure pas moins un véritable meneur d'hommes pour qui l'équipe passe avant tout. Si Senna n'aimait guère déléguer et imposait sa vision des choses à ses ingénieurs, le septuple champion du monde était plus ouvert, moins directif et connaissait le prix des choses comme en témoigne ses pleurs à Monza en 2000 après le Grand Prix d'Italie où il venait de battre le record de victoires du Brésilien. Une façon d'être qui guidait son quotidien et qu'Automoto a pu découvrir en 2011 dans son ranch à Gland, près de Genève (Suisse).


Immortels

Aujourd'hui, Senna et Schumacher restent dans les mémoires pour l'héritage qu'ils ont laissé à leur discipline et leurs supporters. Disparu brutalement en 1994, le natif de Sao Paulo demeure le dernier pilote de Formule Un à s'être tué en piste. Espérons qu'il en restera ainsi et que le Français Jules Bianchi, gravement accidenté lors du Grand Prix du Japon 2014, réussira à remporter le combat le plus important de sa vie (il toujours hospitalisé dans un "état critique mais stable" au CHU de Nice). Il en va de même pour "Schumi", victime d'une chute à ski à Méribel (Savoie) le 29 décembre 2013 et qui poursuit sa "phase de neuro-réhabilitation" à son domicile.

Si la réalité nous rattrape malheureusement, il demeure important de se rappeler que Senna et Schumacher sont des héros valeureux repoussant constamment les limites du possible. Des Hommes qui ont dépassé le cadre de leur sport et sont devenus immortels dans le cœur du grand public et des passionnés de sports mécaniques.