Focus Automoto : Alpine, comment un vieux mythe se tourne vers la modernité

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Focus Alpine
Par Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-11-22T08:56:01.880Z, mis à jour 2017-03-10T12:02:32.278Z

Le retour des voitures de série chez Alpine, prévu pour l’année prochaine en 2017, devrait privilégier technologie sportive et nouveaux segments plutôt que design rétro. Vingt-deux ans après la sortie du dernier exemplaire, une marque-culte dans la modernité.

Un simple clin d’œil dans le rétroviseur, pas plus. Pour son come-back dans la voiture de série, Alpine s’efforcera d’oblitérer son glorieux passé pour entrer durablement dans le futur. Forte de son titre au Championnat du monde d’endurance décroché le 6 novembre 2016 (catégorie en LMP2), la marque française prouve que son savoir-faire n’a pas pris une ride. Il incombera à l’AS1 (ou A120), nom supposé du modèle qui doit donner ses premiers tours de roues en 2017, d’opérer une transition réussie, vingt-deux ans après l’A610. 


Zeste de retro design dans un concentré technologique

Un détail ne passe pas inaperçu à l’observation de l’Alpine Vision, show-car présenté à Monaco en février 2016 en guise d’amuse-bouche, similaire à 80% au futur modèle selon les estimations de Renault. Les deux « yeux » sur la calandre évoquent immédiatement l’A110 berlinette. Pour sa réapparition, Alpine s’inspire du plus célèbre de ses modèles, champion des rallyes en 1971 et 1973 devant les Porsche et autres Ferrari. À cette occasion, Carlos Ghosn, P-DG de Renault-Nissan et donc aux commandes du navire Alpine, reconnaissait "un choix difficile dans le design car il fallait rappeler l’ancienne A110, mais surtout donner une image moderne de ce que sera l’Alpine du futur"

Il ne faut pas s’y tromper, les discrètes références à l’A110 tiennent plus du service après-vente des fans de la première heure que d’une réelle volonté de fond. "Nous ne souhaitons pas d’effet rétro avec les nouvelles voitures", prévient d’emblée Bernard Ollivier, directeur général adjoint d’Alpine, "quelques clins d’œil ont été glissés sur la Vision mais notre désir, c’est une voiture 100% moderne pour une clientèle jeune." Quand la nouvelle mouture lui a été confiée en 2012, Antony Villain, directeur du design chez Alpine, confirmait cette intention de définir des codes en adéquation avec la modernité qu’on retrouve par exemple dans l’habitacle, avec notamment un écran TFT pour l’instrumentation et un système info-divertissement à écran tactile, accompagné d'un chronographe. 


Alpine Vision Concept 2016

Pour autant, Alpine ne concentre pas l’essentiel de ses efforts dans le design pour apparaître moderne et concurrencer des modèles comme l’Alfa Romeo 4C ou la Porsche 718 Cayman. La technologie embarquée, d’une qualité "équivalente aux standards germaniques" selon Bernard Ollivier, doit séduire. "Alpine correspond avant tout à une voiture sportive, la technologie servira cet aspect", poursuit-il, "l’objectif est d’avoir des équipements modernes et pas du luxe superflu." Avec son moteur 4 cylindres turbo aux 250 chevaux minimum et son poids limité lui permettant d’atteindre les 100 km/h en moins de 4,5 secondes, sa technologie 4Control (quatre roues directrices) et ses palettes au volant, la future Alpine devrait constituer une nouvelle référence de la sportive à la française. 

Mot d’ordre : le plaisir de la conduite dans n’importe quelles conditions. "Par rapport aux autres sportives, les nouvelles Alpine seront des voitures procurant des sensations même à basse vitesse, pas seulement sur autoroute après avoir passé un péage", promet le dirigeant. À en juger les mensurations de la Vision, avec un poids estimé aux alentours des 1.100 kilos, facile d’imaginer un bolide agile, au rapport poids/puissance particulièrement intéressant. 

L'ancienne Alpine A110, produite entre 1962 et 1977

Alpine A110 1973


Nouveaux segments et hybridation à l’étude

Alors que 5.000 exemplaires devraient voir le jour dans les usines de Dieppe pour le lancement de l’AS1 avant une stabilisation à 3.000 unités chaque année, Alpine pourrait se diversifier. "Après vingt ans d’absence, nous serons dans une logique de conquête", assure Bernard Ollivier. Pour ce faire, la piste des nouveaux segments rentre dans les plans. Un SUV, qui constituerait une nouveauté pour la marque française, serait dans les tuyaux. "Avant de se lancer sur d’autres segments sportifs, il faut d’abord réussir la première voiture", tempère le directeur de la marque, "si elle rencontre un échec, avec notre clientèle de niche, on ne prendra pas le risque de se lancer sur un nouveau projet."

Renault a investi plus de 600 millions d’euros sur le renouveau d’Alpine, gage d’une marge de manœuvre étroite. Néanmoins, la marque française est optimiste. Chez Alpine, on affirme que les retours au sujet de la Vision s’accompagnent d’encouragements. D’autant plus que ses géniteurs ont pris le soin de multiplier les événements aux quatre coins du globe et marteler le slogan "Alpine is back" pour pousser la petite dernière de plain-pied dans le XXIe siècle, tout en vantant la modernité retrouvée du constructeur français. Ce destin international est perçu comme une évidence tant le marché de la sportive de luxe dans l’Hexagone se montre timide. 40% des coupés/cabriolets sport se vendent en Amérique du Nord, 35% en Europe dont seulement 2,5% en France. 


Alpine Vision Concept 2016

Cette vague de modernisme pourra même se retrouver jusque dans les bloc-moteurs. Alpine songe ouvertement à implémenter des systèmes hybrides à moyen-terme. "Pas pour commencer, car les motorisations thermiques seront encore privilégiées", détaille Bernard Ollivier "mais, avec l’évolution des normes CO2, il est évident que l’hybride constituera rapidement une possibilité dans la gamme d’Alpine." 

Un tour de force attend les nouvelles Alpine. Elles devront se défaire de leur image de sportives pour « vieux ». Leurs concepteurs ont visiblement intégré la contrainte, sans farder. Elles seront résolument modernes ou ne seront pas. C’est le prix d’un come-back réussi.