Focus Automoto : F1, les 4 retournements de situation les plus improbables de l’histoire

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Kimi Räikkönen Ferrari F1 Brésil 2007
Par Andrea Noviello - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-11-25T14:48:21.123Z, mis à jour 2016-11-25T14:59:37.698Z

En soixante-six ans d’histoire, la Formule 1 a connu des renversements de situation aussi improbables qu’inattendus lors de la dernière manche du championnat. Si Nico Rosberg possède toujours l’avantage sur le plan arithmétique avant la finale d’Abou Dhabi ce week-end, rien n’empêche son rival Lewis Hamilton de croire encore en ses chances de titre, comme le montrent ces quatre moments mythiques que nous avons sélectionnés pour vous.

« Nul ne sert de courir, il faut partir à point. » Comme l’a très bien démontré la célèbre fable de Jean de la Fontaine, le plus rapide n’est pas toujours celui qui gagne à la fin de l’histoire. Le présumé favori non plus. En soixante-six ans d’existence, la Formule 1 a réservé bon nombre de mauvaises surprises au leader du championnat avant la dernière manche.

Pour éviter pareille mésaventure à Abou Dhabi, Nico Rosberg (Mercedes) va devoir maîtriser tous les aléas d’une course rarement banale. Car ses douze points d’avance sur son coéquipier Lewis Hamilton ne lui seront pas de trop pour espérer rejoindre son père Keke au palmarès (1982). La preuve avec quatre des finales les plus rocambolesques de l’histoire de la F1.


Mexique 1964 : Surtees, le coup de Trafalgar

Le contexte : Titré à sept reprises du temps de sa splendeur sur deux roues, John Surtees (30 ans) est loin de pouvoir afficher les mêmes statistiques en F1. Pourtant, le Britannique a la possibilité de devenir le premier pilote de l’histoire à conquérir la couronne mondiale en moto et en auto. Malgré une première moitié de saison 1964 poussive où il ne récolte que dix points, le pilote Ferrari est revenu dans le match grâce à deux victoires (Allemagne, Italie) et une deuxième place (États-Unis). Intercalé au championnat entre ses compatriotes Graham Hill (39 points) et Jim Clark (30 points), l’Anglais compte trente-quatre unités avant la grande finale de Mexico. Il peut envisager le meilleur : le tracé mexicain est réputé pour ne pas être tendre envers les mécaniques.

Le scénario : Quatrième chrono des qualifications, Surtees manque complètement son départ et chute au treizième rang. Pas décidé à renoncer, le pilote de la Scuderia remonte patiemment. Revenu en cinquième position au 19e tour, le Britannique sait néanmoins que, sans un coup de pouce du destin, le titre est promis à Hill. C’est alors qu’entre en scène Lorenzo Bandini. L’Italien - et coéquipier de Surtees - harponne (volontairement ou pas) la BRM de Hill dans la 30e boucle. Rejeté en 13e position, le père de Damon vient presque d’abandonner toutes chances de sacre.

Le moment où tout bascule : Incontestable leader de la course, Clark a alors toutes les chances de conserver son titre. Mais une fuite d’huile à deux tours de l’arrivée en décide autrement. Virtuellement champion du monde malgré son retard, Hill va voir le titre se dérober cruellement sous ses yeux. Son bourreau s’appelle Bandini. Averti de l’abandon de Clark, l’Italien s’efface devant son leader Surtees dans le dernier tour, offrant à l’Anglais la deuxième place, derrière Dan Gurney, et la couronne mondiale sur un plateau. Pour un point (40 contre 39).

Sa place dans l’histoire : John Surtees reste à ce jour l’unique pilote sacré champion du monde en moto et en auto. Ce sera son seul titre en F1.

John Surtees champion 1964 sur Ferrari en 1964


John Surtees (Ferrari) F1 1964

Japon 1976 : Hunt comme un ouragan

Le contexte : Orpheline de son double champion du monde Emerson Fittipaldi, parti tenter l’aventure brésilienne chez Copersucar, McLaren décide de miser sur le talentueux, mais indomptable, James Hunt (29 ans) à l’aube de la saison 1976. Distancé en début de championnat par un Niki Lauda en mode rouleau compresseur - 4 succès en 6 courses - le natif de Belmont a su profiter du grave accident de l’Autrichien en Allemagne et d’une tournée outre-Atlantique triomphante (deux victoires au Canada et aux États-Unis) pour recoller à trois longueurs de « l’ordinateur » avant la dernière manche de l’année (68 points contre 65). Toujours maître de son destin malgré son déficit sur Lauda, Hunt sait qu’un succès au Mont-Fuji (Japon) lui ouvrirait les portes d’un premier sacre mondial. En deuxième position sur la grille juste devant son rival de chez Ferrari, l’Anglais refuse pourtant, dans un premier temps, de s’aligner au départ. Complètement noyé par une pluie torrentielle, le tracé japonais offre de surcroît une visibilité très réduite le jour de la course en raison d’une brume épaisse. Après moult discussions, l’épreuve nippone est finalement maintenue par le patron de la F1 Bernie Ecclestone, diffusion télé oblige.

Le scénario : Auteur d’un envol parfait, Hunt prend d’entrée les commandes du Grand Prix tandis que Lauda a déjà sombré au dixième rang. Encore traumatisé par son crash du Nürburgring, « le rat » renonce au combat dès la fin du 2e tour. Quatre points suffisent désormais au bonheur de Hunt. Simple formalité ? Que nenni ! Après avoir dominé de la tête et des épaules les soixante-et-un premiers tours, le Britannique baisse subitement de rythme à mesure que la piste s’assèche. Dépassé par Patrick Depailler et par Mario Andretti, Hunt est même victime d’une crevaison de sa roue avant-gauche à cinq boucles de l’arrivée.

Le moment où tout bascule : Furieux, l’Anglais regagne la piste après trente secondes d’immobilisation à son stand en cinquième position. Dans un dernier effort désespéré, il élimine Clay Regazzoni et Alan Jones pour arracher sur le fil une troisième place synonyme de sacre. Hunt coiffe au poteau Lauda pour un point. Il n’avait jamais été leader du championnat de la saison.

Sa place dans l’histoire : James Hunt devient le sixième pilote britannique champion du monde de F1 après Mike Hawthorn (1958), Graham Hill (1962, 68), Jim Clark (1963, 65), John Surtees (1964) et Jackie Stewart (1969, 71, 73). Ce sera le seul titre de sa carrière. Son mano a mano avec Lauda sera immortalisé dans le film Rush de Ron Howard en 2013.


Australie 1986 : Prost (dé)gomme l’adversité

Le contexte : Sacré la saison précédente à deux manches de la fin du championnat, le Français, Alain Prost (31 ans) ne bénéficie pas du même confort à l’heure de clore la saison 1986. Relégué à six unités du leader britannique Nigel Mansell (70 points), le « Professeur » se sait condamné à l’exploit à Adelaïde, théâtre du Grand Prix d’Australie. Il est pénalisé par une McLaren-TAG Porsche nettement moins compétitive que les redoutables Williams à moteur Honda. Il n’a enregistré que trois petits succès (Saint-Marin, Monaco, Autriche). Et l’écurie chère à Sir Frank dispose d’un autre atout de taille en la personne du Brésilien Nelson Piquet (63 points).

Le scénario : Quatrième des qualifications, Prost décide de mettre au point une stratégie d’équipe avec son coéquipier Keke Rosberg. Le Finlandais fera office d’électron libre en course. Sa mission ? Pousser les pilotes Williams à la faute en imprimant d’entrée un rythme très élevé. Le stratagème fonctionne à merveille, mais une crevaison vient mettre à mal les plans du « Professeur » au 32e passage. Arrêté dix-sept secondes à son box en raison d’un cric défaillant, Prost ressort en quatrième position à près d’une demi-minute de son principal rival, Mansell. Le titre semble alors perdu. Mais galvanisé par ses gommes neuves, le « Petit Napoléon » fond sur les pilotes Williams à raison d’une seconde par tour en moyenne. Son attaque va payer.

Le moment où tout bascule : Après Rosberg dans la 63e boucle, Mansell est à son tour victime d’une spectaculaire explosion de sa gomme arrière-gauche dans Brabham Straight. Williams rappelle aussitôt Piquet au stand, offrant de facto une voie royale au Tricolore. Malgré une consommation très limite, Prost empoche la 25e victoire de sa carrière en F1.

Sa place dans l’histoire : Alain Prost coiffe sa deuxième couronne mondiale consécutive. Il y en aura deux autres (1989, 1993). Prost est alors le quatrième pilote de l’histoire à conserver son titre de champion du monde de F1 après Alberto Ascari (1952, 1953), Juan Manuel Fangio (de 1954 à 1957) et Jack Brabham (1959, 1960).


Brésil 2007 : Räikkönen à point nommé

Le contexte : Recruté en grande pompe par Ferrari afin de remplacer Michael Schumacher, Kimi Räikkönen (28 ans) a immédiatement marqué son territoire à Maranello en s’imposant dès sa première sortie sous ses nouvelles couleurs, en Australie. Annoncé comme l’un des favoris au titre mondial, le Finlandais court pourtant, depuis l’été, derrière le volcanique duo de chez McLaren, Fernando Alonso - Lewis Hamilton. Complètement relancé par son succès en Chine et l’abandon du leader Hamilton, « Ice-Man » (100 points) débarque à Interlagos avec un déficit de sept unités sur le débutant britannique (107 points) et trois sur l’Espagnol (103 points). Dominé par son équipier Felipe Massa et par la jeune pépite de McLaren en qualification, le pilote Ferrari devance toutefois Alonso sur la grille.

Le scénario : Plus prompt à décoller que ses deux adversaires directs, Räikkönen passe le premier virage à la deuxième place dans le sillage de la Ferrari de Massa. Vexé de s’être également fait subtiliser la troisième position par Alonso, Hamilton tente de reprendre aussitôt son bien, mais se précipite. Trop impétueux, l’Anglais part à la faute, sombrant au huitième rang. L’après-midi cauchemardesque du protégé de Ron Dennis ne fait que commencer.

Le moment où tout bascule : Victime d’un dysfonctionnement électronique de sa boîte de vitesse au 8e tour, Hamilton chute à la 18e place, laissant ainsi le champ libre à Räikkönen. Averti par son écurie des ennuis de l’Anglais, « Ice-Man » hausse la cadence avant son deuxième "pit-stop" dans la 53e boucle. Hamilton, coincé à la septième place, et Alonso, jamais réellement menaçant à la troisième, peuvent s’en vouloir. Le Finlandais rafle la couronne mondiale aux pilotes de Woking d’un petit point.

Sa place dans l’histoire : Räikkönen signe à Interlagos son 15e succès en F1  et décroche son unique sacre avec seulement un point d’avance (110 contre 109) sur le duo Hamilton - Alonso. Il devient le troisième Finlandais champion du monde après Keke Rosberg (1982) et Mika Häkkinen (1998, 1999).

Kimi Räikkönen champion F1 2007 sur Ferrari au GP du Brésil


Raikkonen 2007 F1 Brésil

L’histoire nous dira ce dimanche 27 novembre si la finale 2016 sera légendaire ou non entre les pilotes Mercedes Nico Rosberg et Lewis Hamilton, affichant 12 points d’écart avant le départ du Grand Prix d’Abu Dhabi.