Focus Automoto : Fittipaldi, Piquet, Senna, ces trois pilotes qui ont fait la F1 brésilienne

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Fittipaldi Piquet Senna F1
Par Andrea Noviello - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-11-09T11:17:32.052Z, mis à jour 2016-12-14T14:24:01.434Z

Le Brésil est orphelin d’un grand champion de Formule 1 depuis la disparition d’Ayrton Senna. Il reste pourtant la troisième nation la plus titrée de l’histoire de la Formule 1, grâce à Emerson Fittipaldi, Nelson Piquet et au surdoué décédé sur le circuit d’Imola le 1er mai 1994.

Felipe Massa est le dernier Brésilien en date à avoir approché le titre de champion du monde de Formule 1. Mais le vice-champion du monde 2008 prononce, au moment de raccrocher les gants, un discours d’enterrement : « Le Brésil va très mal aujourd’hui et la prochaine génération de pilotes n’aura clairement pas la tâche facile. La situation économique très compliquée du pays ne va vraiment pas les aider. J’espère simplement que les choses iront en s’arrangeant, car dans le cas contraire il existe un vrai risque de ne plus voir de pilotes brésiliens sur les grilles de Formule 1 dans les prochaines années. » 


Le pays aujourd’hui présidé par Michel Temer n’est pas encore certain de compter un représentant en F1 en 2017. Massa ne sera plus là et l’avenir de son compatriote Felipe Nasr s’inscrit toujours en pointillé. Voilà comment, victime entre autres de graves difficultés économiques et sociales, la troisième nation la plus féconde en termes de titres mondiaux (8), de victoires (101) et de pole positions (126), derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, va peut-être clore une histoire extraordinaire, portée, à la fin du XXe siècle, par trois des plus grands pilotes de l’histoire de la catégorie reine du sport automobile : Emerson Fittipaldi, Nelson Piquet et Ayrton Senna. 

Emerson Fittipaldi : le pionnier

Emerson Fittipaldi est tombé dans le sport auto quand il était petit. Dans les années 60, son père Wilson commente les Grand Prix de F1 pour une radio nationale brésilienne. Sa mère, d’origine russe, pilote à ses heures perdues. Le jeune Brésilien débute sa carrière sur des motos 50 cm3 avant de se tourner, avec succès, vers le karting. Sacré à deux reprises champion du Brésil, « Emmo » enchaîne par un autre titre en Formula Vee puis décide de rallier l’Europe en 1969. Après des débuts difficiles en Formule Ford, le Pauliste retrouve le chemin du succès en Formule 3 au point d’attirer l’attention du légendaire ingénieur Colin Chapman. 

Séduit par sa finesse de pilotage et ses qualités de metteur au point, le patron de Lotus le propulse au fond d’un baquet de F1 à mi-saison 1970. L’ascension du Brésilien sera alors fulgurante. Entré dans les points dès son deuxième Grand Prix à Hockenheim (Allemagne), Fittipaldi ouvre son compteur de victoires en F1 lors de son quatrième départ, aux Etats-Unis, alors qu’il vient seulement d’être promu pilote numéro un de l’écurie britannique à la suite de la disparition de Jochen Rindt à Monza. 


Encore un peu tendre en 1971, "Emmo" domine l’exercice 1972 (5 victoires) et coiffe logiquement sa première couronne mondiale. Il devient à vingt-cinq ans le plus jeune champion de l’histoire de la F1. Il faudra attendre Fernando Alonso en 2005 pour que ce record de précocité, aujourd’hui détenu par Sebastian Vettel (à 23 ans en 2010), ne soit effacé. Échaudé par sa cohabitation difficile avec Ronnie Peterson en 1973, le natif de Sao Paulo rejoint McLaren l’année suivante. Ce choix de carrière se révèlera opportun. Malgré une machine inférieure aux Ferrari, Fittipaldi empoche son deuxième titre en 1974 grâce à une régularité sans faille

Moins en réussite en 1975, il quitte à la surprise générale McLaren pour lancer sa propre écurie avec son frère Wilson. "La plus grosse erreur de ma vie", témoigne Emerson dans le livre "Tous les champions du monde de F1" de Xavier Chimits (paru aux éditions de l’Automobile en 2001), "j’aimais mon pays et j’ai voulu tenter une nouvelle aventure." En cinq saisons, l’écurie Copersucar-Fittipaldi n’amassera que trente-sept misérables points. Ruiné et discrédité aux yeux de la F1, l’enfant prodigue de Sao Paulo quitte la catégorie reine par la petite porte. Mais il vient, sans le savoir, d’en ouvrir une grande à toute une génération de jeunes pilotes brésiliens, dans un pays devenu fou de sports mécaniques. 


Nelson Piquet : le successeur

Fils du ministre brésilien de la Santé, Nelson Piquet ne se destinait pas à une carrière en sport automobile. Poussé par son père vers le tennis, le Carioca abandonne pourtant très rapidement, lassé par les contraintes qu’il exige. Malgré les réticences du paternel, le Brésilien décide de se consacrer à sa nouvelle passion : la course automobile. Ce qui le décidât de prendre non pas le nom de père mais de sa mère. 

Après un passage éclair par le kart et la Formula Vee au Brésil, il rallie le continent européen sur les conseils d’Emerson Fittipaldi. Deux saisons brillantes de F3 (il coiffe le titre en 1978) lui suffisent pour grimper en Formule 1. Recruté par Brabham au sortir de piges prometteuses chez Ensign et McLaren, Piquet apprend tranquillement le métier aux côtés de son illustre équipier Niki Lauda (triple champion du monde) pendant un an, avant de définitivement prendre son envol en 1980. Si trois victoires viennent confirmer les progrès réalisés par le petit protégé de Bernie Ecclestone, le meilleur reste à venir. 


Passé maître dans l’art de jouer placé, Piquet souffle le titre à Carlos Reutemann lors de la dernière course de la saison 1981 avant de rééditer cette performance deux ans plus tard, au détriment d’Alain Prost, sur Brabham-BMW. Pilote de génie, le Carioca a aussi développé avec les années un talent de metteur au point hors-normes. "Il a une incroyable faculté pour sentir sa voiture", souligne Gordon Murray dans l’ouvrage La Formule 1 des années 80 (paru chez GM Editions en 2015), "il est sans doute le meilleur pilote avec qui j’ai eu à travailler sur le plan technique."

Enfin reconnu à sa juste valeur, Piquet peut désormais se vendre au plus offrant. Enrôlé par Williams en 1986, il décroche l’année suivante sa troisième et dernière couronne mondiale au terme d’un duel serré avec son coéquipier Nigel Mansell. Le règne de celui que le paddock a surnommé "la diva" touche à sa fin. Démotivé par le manque de performance d’une écurie Lotus moribonde, Piquet végète pendant deux ans dans le ventre mou de la grille de départ. Son passage chez Benetton en 1990 lui offrira ses dernières victoires. Il arrête définitivement en 1991, à trente-neuf ans. Piquet n’est plus le chouchou du Brésil depuis au moins trois saisons. 

Ayrton Senna : le surdoué

Issu d’une famille aisée, Ayrton Senna découvre l’ivresse de la vitesse dès l’âge de quatre ans sur un kart spécialement confectionné par son père. Double champion sud-américain de la discipline en 1977 et 1978, il amasse quatre autres titres dans son pays natal avant de s’envoler pour l’Angleterre en 1981, à vingt et un ans. La morosité du climat britannique et l’absence de sa famille lui font, un temps, songer à tout quitter. Son amour de la course plus fort. Le talent du jeune Brésilien est mûr pour éblouir toute l’Europe. Diablement rapide, celui qui serait bientôt surnommé "Magic" y ajoute un sens du combat en piste qui lui vaut de décrocher la couronne en F3 au prix d’une lutte sans merci avec Martin Brundle. 

Les meilleures écuries de F1 ont déjà leurs pilotes. Senna doit se résoudre à effectuer ses débuts en catégorie reine avec la modeste écurie Toleman en 1984. Des exploits en cascade (Monaco, Grande-Bretagne, Portugal) lui ouvrent les portes de Lotus, où sa dextérité sous la pluie fait merveille, notamment à Estoril, théâtre de sa première victoire en 1985. En trois ans, Ayrton Senna s’impose également comme le maître incontesté des qualifications. Associé à Alain Prost chez McLaren-Honda dès 1988, Senna remporte cette année-là son premier titre de champion du monde à l’issue de son premier duel avec "le Professeur"


Cette rivalité atteint une intensité extrême en 1989. Jugé coupable d’un accrochage avec le Français à Suzuka, le Pauliste est condamné à des excuses publiques sous peine de perdre sa super-licence. Prost est champion du monde. Rancunier, Senna prend sa revanche un an plus tard en accrochant à son tour le Français au Japon. Un troisième et dernier titre suivra en 1991. 

L’outrageuse domination du duo Williams-Renault les deux saisons suivantes réduit Senna à un rôle d’outsider. Il ne peut s’en satisfaire. "De tout ce que j’ai fait, du karting à la F1, ma principale motivation a toujours été de gagner", témoigne-t-il, cité dans le livre Ayrton Senna, "La victoire à tout prix" (paru chez Hugo Sport en 2014), "c’est la meilleure motivation si ce n’est la seule." Mais de succès il n’y aura plus. Senna se tue à Imola au bout de sa troisième course chez Williams en 1994. Le Brésil est orphelin de sa plus grande idole. Il attend toujours un successeur.