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Focus Automoto : Formule 1 et Endurance, deux sports auto si différents… et complémentaires

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Porsche 919 WEC LMP1 vs F1 Mercedes 2016
Par Aurélien Matysek - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-10-21T08:40:11.252Z, mis à jour 2016-10-21T15:05:23.077Z

L’Endurance, avec le WEC, offre une alternative aux passionnés de sport automobile qui se détournent petit à petit de la Formule 1. Mais les termes du débat sont complexes entre rivalités, technologies et popularité.

A ma droite, la Formule 1. Le championnat ultime de sport automobile. A ma gauche, l’Endurance, alternative à cette F1 qui perd un peu plus de son rayonnement chaque saison. Dans le monde du sport auto, les deux disciplines se disputent les faveurs des amoureux de vitesse, de carrosseries futuristes et de moteurs au taquet.



La F1 en perte de vitesse ?

La Formule 1 est un business qui se porte bien mais il a du mal à trouver de nouveaux spectateurs. Les règles sont les premières responsables de cette crise de popularité. Elles chargent perpétuellement et rendent la compétition difficile d’accès pour les non-initiés. Les pénalités, par exemple, ont des impacts majeurs au classement mais sont très difficiles à suivre. Les termes sont souvent trop techniques pour assurer un spectacle télégénique. Bernie Ecclestone, le patron de la discipline, rejette la faute sur les commentateurs dont le verbe serait trop compliqué, sans véritablement convaincre. Sa stratégie est notamment co-responsable du déplacement de la F1 des chaînes hertziennes vers les chaînes payantes.

Les monoplaces ont aussi perdu leur pouvoir de fascination. Vue de l’extérieur, elles se ressemblent presque toutes. Les différences se jouent sur des points aérodynamiques et surtout de moteurs. Le passage des moteurs V8 aux V6 hybride ou la domination sans partage de Mercedes depuis 2014 contribuent aussi au manque de piment de la discipline reine. Le vainqueur - Nico Rosberg ou Lewis Hamilton - est connu à l’avance dans de trop nombreuses courses. En conséquence, le constructeur - Mercedes - l’est aussi, pourvu qu’il n’y ait pas de pépin mécanique, laissant des miettes à Ferrari ou Red Bull.


La fougue de l’Endurance

Le Championnat du Monde d’Endurance – ou WEC pour World Championship Endurance - offre une alternative intéressante, même si c’est aussi une discipline compliquée à la lecture de ses catégories. La LMGTE-AM, LMGTE-PRO, LMP2 et LMP1, la catégorie reine, se proposent à l’attention du passionné. Cette diversité permet cependant de pouvoir suivre des voitures dérivées de modèles de série courant dans les deux premières catégories.

L’Endurance, grâce à ces rebondissements, semble surtout plus susceptible d’offrir des sensations fortes aux spectateurs en tribunes ou aux téléspectateurs. La place du vainqueur suit un important turn-over et il ne vaut mieux pas choisir sa pause pipi à n’importe quel moment de la course. "201 tours ont été bouclés à Silverstone et pour 199 d’entre eux vous auriez besoin d’être Nostradamus pour prédire le gagnant avec précision" a résumé récemment Motorsportmagazine. Exemple concret, la victoire aux 24H du Mans 2016 s'est jouée dans les toutes dernières minutes.

L'Audi R18 e-tron en photos officielles


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WEC, une guerre technologique

Les constructeurs sont par ailleurs beaucoup plus libres de leurs innovations dans cette discipline. L’Endurance, c’est en quelque sorte un laboratoire technologique pour les marques, là où la F1 prétend à une excellence inaccessible. C’est le terrain de jeu parfait pour l’expérimentation des moteurs, où ils sont mis à rudes épreuves. Pour les marques, ce contexte permet de mettre en avant les futurs systèmes qui équiperont nos voitures.

Chacun lance sa propre technologie pour battre les autres. L’Audi R18 profite d’un V6 – 6 cylindres en V - alliant diesel et électricité, la Toyota TS050 utilise un V6 essence et l’électricité tandis que la Porsche 919 use un V4 – 4 cylindres en V - essence, lui aussi hybride. La bataille entre ces trois grands constructeurs en LMP1 est une clef du spectacle.

Les voitures des 24H du Mans 2016


Concurrents 24 Heures du Mans 2016

L’Endurance donne des leçons à la F1

Si les temps au tour et les vitesses sont comparables à la Formule 1, il y a une grosse différence en termes de fiabilité. Une course de F1 dure moins de deux heures. En Endurance comptez plutôt des épreuves de 6 à 24 heures. De quoi largement tester les motorisations et servir la communication de la marque en cas de victoire. À ce petit jeu de la comparaison, David Coulthard s’est fendu de quelques déclarations piquantes sur Twitter : "Je respecte les courses de 24 heures, mais les pilotes s’accordent à dire que ce n’est pas aussi excitant, ni aussi jouissif que les sprints de la F1."


L’écart entre les deux disciplines se creuse aussi dans l’environnement des courses et leur ambiance. La proximité avec le public est l’un des arguments les plus souvent associés à l’Endurance. Les spectateurs voient les voitures et les pilotes de près. La Formule 1 est aussi exclusive sur le plan financier. Le prix de ses billets (100 euros grand minimum en F1, une cinquantaine d’euros pour les 24 Heures du Mans) comme les budgets des écuries n’ont rien à voir entre les deux championnats. Quand Mercedes doit débourser plus de 460 millions d’euros par an en F1, Audi se contenterait d’environ 200 millions en Endurance.


Aujourd’hui, le WEC n’a jamais été aussi près de concurrencer la Formule 1. Les 24 Heures du Mans sont là pour témoigner de l’énorme potentiel de la discipline. L’épreuve-phare du championnat a rassemblé quelques 260.000 spectateurs lors de sa 84ème édition le week-end des 18 et 19 juin 2016. En face, pour le très attendu Grand Prix F1de Belgique à Spa-Francorchamps par exemple, il est aujourd’hui rare de dépasser les 200.000 spectateurs sur le week-end. En 2015, ils étaient environ 165.000 visiteurs.

Plus de points communs qu’il n’y paraît ?

Opposer frontalement les deux disciplines serait cependant une erreur. S’épanouir des deux côtés est possible en tant que pilote. L’Allemand Nico Hülkenberg a remporté les 24 Heures en 2015 avec la Porsche 919 Hybrid alors qu’il courait en même temps pour Force India en F1. Le pilote australien Mark Webber, retraité en fin de saison 2016, est passé de l’une à l’autre sans difficulté. Avec 217 Grand Prix de F1 derrière lui et trois années passées chez Porsche en LMP1, il est le mieux placé pour témoigner.

Mark Webber (Red Bull) au GP d'Inde 2013


F1 - Inde 2013 Mark Webber

"Une des grandes différences entre les deux championnats pour un pilote c’est l’approche individuelle en F1", a-t-il dit à Mobil1thegrid, "en WEC, vous devez partager votre voiture avec vos coéquipiers. Il y a beaucoup de camaraderie entre les pilotes et il faut vraiment travailler ensemble pour tirer le meilleur parti de la voiture, ce qui n’est pas le cas en Formule 1. La nature de la F1 comme sport est très individuelle, même si vous avez beaucoup d'ingénieurs et de ressources pour tirer le meilleur parti de la voiture."

Avec la diffusion prochaine en clair des courses de WEC via la chaîne l’Equipe, la discipline devrait encore gagner en attractivité face à la F1 qui, pour la regarder en France à la télévision, nécessite un abonnement à Canal+.

Même si ces deux mondes sont bien différents, gardons à l’esprit qu’ils font tous les deux partie de la même grande famille du sport automobile. Ce ne sont pas les chronos qui élisent un vainqueur mais bien la passion des spectateurs.