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Focus Automoto : La France et la F1, je t’aime, moi non plus

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Départ GP F1 France 2008
Par Andrea Noviello - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-12-16T09:36:30.315Z, mis à jour 2016-12-16T10:35:59.996Z

Avec 58 éditions entre 1950 et 2008, le Grand Prix de France fait partie de l’histoire de Formule 1. Pourtant, comme le démontre sa très longue absence du calendrier depuis le départ de Magny-Cours, c’est une histoire très tourmentée qui va reprendre en 2018 au Castellet.

Ces paroles définitives ont moins de dix-huit mois. Elles ont été prononcées par le grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone. "Il n’y a pas de bon circuit en France", disait-il en juin 2015 lors d’une interview accordée à la chaîne britannique <em>Sky Sports</em>ous avons quitté la France parce que cela ne fonctionnait pour personne. La France pourrait éventuellement obtenir le soutien nécessaire afin d’organiser à nouveau une course un jour, mais l’endroit où elle se déroulait n’intéresse personne."

Cruels, pas dénués de sens, ces propos reflètent parfaitement le rapport particulier qui a toujours animé la relation entre la France et la catégorie reine du sport automobile. Si la manche française effectuera son retour au calendrier de la F1 en 2018 sur le circuit du Paul-Ricard au Castellet (Var), les dix ans d’absence depuis la dernière épreuve organisée à Magny-Cours prouvent que rien n’a jamais été facile entre le pays inventeur de la course automobile et celle qui représente son expression la plus extrême. Coup d’œil dans le rétro.


1950 - 1966 : Reims, tout avait si bien débuté

Le contexte : Tout commence idéalement. Intégré au calendrier dès le lancement du championnat du monde de Formule 1 en 1950, le Grand Prix de France se place d’entrée comme l’un des rendez-vous préféré des pilotes.

Le circuit : Dessiné entre les villages de Thillois et de Gueux, l’ultra-rapide tracé de Reims offre aux amateurs de batailles endiablées des courses palpitantes et des vainqueurs souvent inédits. Il sera remodelé au fil des années. Le passage dans le village de Gueux est abandonné au profit d’une extension vers Muizon en 1954.

Quelques pages d’histoire : Mike Hawthorn remporte à Reims la première victoire de sa carrière en 1953, au terme d’un splendide duel avec Juan-Manuel Fangio. Mais il n’est pas le seul à ouvrir son compteur sur le sol français. De retour à la compétition l’année suivante après quinze ans d’absence, Mercedes signe également à Reims son tout premier succès en F1 grâce au talent d’« El-Maestro » Fangio. Aussi exceptionnel soit-il, le come-back gagnant de la firme à l’étoile sera éclipsé quelques saisons plus tard par un pilote alors méconnu du grand public, l’Italien Giancarlo Baghetti. Engagé au volant d’une Ferrari privée, le Milanais précède son dauphin Dan Gurney d’un minuscule petit dixième en 1961 sur la ligne d’arrivée. Ce sont pourtant ses débuts au volant d’une Formule 1. Plus jamais, dans l’histoire de la catégorie reine, un débutant ne sera en mesure de s’imposer dès son arrivée.

Pourquoi ça s’arrête : Le tracé rémois perd une grande partie de son attrait aux yeux de la F1 lorsque l’une de ses étoiles montantes y trouve la mort en 1958, Luigi Musso. Lancé aux trousses de son coéquipier Hawthorn lors de l’édition 1958, l’Italien sort de la piste au neuvième tour en tentant de négocier à fond le virage de Calvaire. L’embardée de la machine dans un champ ne laisse aucune chance au malheureux Romain. 

Ébranlée par cette disparition tragique, la F1 décide alors de trouver un nouveau point de chute au Grand Prix de France. Ce sera Rouen-les-Essarts. Les deux circuits reçoivent le GP de France en alternance jusqu’en 1966, dernière édition en date à Reims. D’insurmontables problèmes financiers obligeront même les propriétaires à complètement fermer le tracé six ans plus tard.


1959 - 1968 : Rouen-Les Essarts, de Fangio à la mort de Schlesser

Le contexte : Le circuit rémois a du mal à se remettre de la disparition de Luigi Musso. Il doit partager le GP de France.

Le circuit : Malgré une première expérience encourageante en 1952, le circuit de Rouen-les-Essarts est profondément remanié pour le retour de la catégorie reine en 1957. La piste est allongée. Elle passe d’un développement de 5,1 kilomètres à 6,5 kilomètres. Elle peut également s’appuyer sur des stands ultra-modernes pour l’époque et sur des grandes tribunes destinées à accueillir les spectateurs dans les meilleures conditions possibles. Ces atouts font du circuit rouennais un exemple. Surnommé « le petit Spa » par la colonie de  pilotes britanniques, en référence au circuit belge de Spa-Francorchamps, Rouen-les-Essarts présente pourtant plusieurs défauts handicapants. Sa surface de piste très irrégulière - l’épingle du Nouveau Monde est notamment tapissée de pavées - et plusieurs zones sans visibilité dans sa partie boisée.


Quelques pages d’histoire : Vrai morceau de bravoure, le tracé sacre en 1957 le roi incontesté de la Formule 1 Juan-Manuel Fangio, auteur ce jour-là d’un sacré numéro de funambule malgré de pneus totalement à l’agonie. Dan Gurney lui succède les deux éditions suivantes (1962 et 1964) avant que le sort ne s’abatte une nouvelle fois sur la manche française en 1968.

Pourquoi ça s’arrête : Dix ans après la mort de Musso à Reims, Jo Schlesser se tue à son tour lors d’un Grand Prix de France. Bombardé au volant de la nouvelle Honda expérimentale que John Surtees avait obstinément refusé de piloter, le débutant français se fait piéger par l’arrivée de la pluie dans le virage des Six-Frères au troisième tour. Partie dans une impressionnante glissade, la machine du Tricolore percute violemment le talus avant d’exploser sous la violence du choc. Amplifié par le châssis en magnésium de la RA302, le brasier ne laisse aucune chance à celui qui effectuait ses débuts au plus haut niveau du sport automobile. Jugé trop dangereux, Rouens-les-Essarts est aussitôt abandonné par la catégorie reine. Mais alors qu’il aurait enfin pu se stabiliser sur un seul site, le Grand Prix de France va continuer à se perdre dans sa politique de délocalisation constante.


1969-1972 : Clermont-Ferrand

Le contexte : En 1967, le GP de France a tenté de se poser au Mans. Mais lent et sans intérêt, le circuit Bugatti s’est vu affublé du sobriquet de « Mickey Mouse » par le grand pilote Sterling Moss. Après le drame de Jo Schlesser à Rouen-Les-Essarts, la catégorie reine pose ses valises sur le majestueux tracé du circuit de Charade en 1969.

Le circuit : Nichée sur les flancs du Puy de Gravenoir, la piste clermontoise propose un savoureux mélange de zones ultrarapides et de virages particulièrement techniques. Immédiatement adopté par le monde de la F1, le Grand Prix de France version Clermont-Ferrand procure un spectacle ébouriffant aux puristes.

Quelques pages d’histoire : Si l’as écossais Jim Clark restera comme toujours le premier à s’être imposé sur le juge de paix que représentent les 51 virages de Charade, d’autres pilotes vont marquer le tracé auvergnat de leur empreinte. Le jeune Jean-Pierre Beltoise y signe en 1969 l’une de ses plus belles performances en F1, arrachant la deuxième place à Jacky Ickx dans le dernier tour en conclusion d’un duel somptueux entre les deux hommes. Vainqueur cette année-là, le grand Jackie Stewart remportera également l’édition 1972. Celle qui scellera définitivement le sort du splendide circuit clermontois.

Pourquoi ça s’arrête : Dépassé en termes d’infrastructures - les spectateurs sont installés à flanc de montagne -, le tracé auvergnat regorge également de gravillons extrêmement coupants. Helmut Marko va en faire l’amère expérience. Lancé aux trousses d’Emerson Fittipaldi, l’Autrichien reçoit un morceau de roche volcanique en pleine visière dans le neuvième tour. Le prometteur pilote BRM perd un œil. Sa carrière s’arrête net. Charade est condamné.


1973-1990 : L’alternance Le Castellet - Dijon

Le contexte : L’abandon de Clermont-Ferrand est une aubaine pour le circuit Paul-Ricard du Castellet et pour Dijon-Prenois, les deux nouveaux prétendants à l’organisation du Grand Prix de France. Les deux circuits sont très différents et surtout, complémentaires. Ils vont se partager la manche française pendant onze ans entre 1973 et 1984.

Le(s) circuit(s) : Avant-gardiste, le circuit installé sur le plateau du Castellet s’inscrit facilement comme la nouvelle référence à suivre en matière de sécurité. Outre ses infrastructures exemplaires (stands immenses, salle de presse, restaurant…), le site peut s’appuyer sur une piste bordée de très nombreux vibreurs et de zones de dégagement excessivement larges.

Ces qualités, le circuit Dijon-Prenois ne peut s’en targuer. Beaucoup plus sélective, la piste dijonnaise se caractérise à l’inverse par ses installations indignes d’un Grand Prix de Formule 1 moderne. Outre un développement ridiculement court - seulement 3,289 kilomètres dans sa version originale -, le tracé contraint les équipes à travailler dans des stands infiniment étroits.


Les pages d’histoire : Jean-Pierre Jabouille conquiert en 1979, sur le circuit de Dijon-Prenois, le premier succès d’un moteur turbo en F1, le jour où Gilles Villeneuve et son coéquipier René Arnoux se livrent le plus beau duel de toute l’histoire. Renault vient enfin d’ouvrir son compteur. Il y aura bien d’autres victoires. Celle de ce même Arnoux lors du Grand Prix de France 1982 disputé au Castellet marquera d’ailleurs la fin de l’entente cordiale entre « Néné » et Alain Prost dans l’écurie tricolore.

Pourquoi ça s’arrête : En dépit d’un réel engouement, les deux circuits étaient aussi amenés à disparaître du paysage de la F1. Dans le cas de Dijon-Prenois, l’incapacité des propriétaires du tracé à satisfaire les exigences sans cesse plus élevées de la FISA (l’ancêtre de la FIA) explique sa mise hors-jeu. Pour ce qui est du Castellet, l’accident mortel d’Elio de Angelis lors d’essais privés en 1986 fait planer sur lui le poids qui a déjà condamné plusieurs circuit. La dernière édition dans le Var a lieu en 1990.


1991-2008 : Magny-Cours, ou Schumacher-Land

Le contexte : Sous l’impulsion de François Mitterrand, le conseil général de la Nièvre a racheté à Jean Bernigaud le circuit qu’il avait fondé en 1986 pour en faire un site d’envergure internationale capable d’accueillir une manche du championnat du monde de F1.

Le circuit : Rapidement renommé le « Hungaroring de la Nièvre », en référence à l’ennuyeux tracé de Budapest en Hongrie, le circuit offre toute la panoplie de virages possible : lents, moyens et rapides. Mais son manque de sex-appeal joue rapidement contre lui. Critiqué pour sa situation géographique, ses problèmes d’accessibilité ou encore sa capacité hôtelière trop restreinte, le site de Nevers réserve malgré tout quelques grands moments de sport.

Les pages d’histoire : Michael Schumacher devient un vrai spécialiste du tracé nivernais avec les années, puisqu’il y remporte 8 victoires entre 1994 et 2006. C’est notamment ici qu’il remporte son cinquième titre mondial historique en 2002 avant de devenir, deux ans plus tard, le premier pilote à s’imposer en réalisant quatre arrêts au stand.

Pourquoi ça s’arrête : Si les efforts consentis par le conseil général sont nombreux, comme la modification de la dernière partie du tracé en 2003, ils ne suffiront pas à maintenir bien longtemps Magny-Cours dans l’échiquier de la F1.


En proie à de graves difficultés financières, le circuit nivernais jette l’éponge après l’édition 2008 et le succès de Felipe Massa. C’est l’épilogue d’un Grand Prix de France dont l’instabilité chronique aura fini par désabuser les décideurs de la catégorie reine. Rayé de la carte après 58 présences consécutives au calendrier, la manche tricolore mettra plus de dix ans pour retrouver sa place. Mais le propos de Bernie Ecclestone sur la France et la F1 rappelle que rien n’est définitif s’agissant de la France et de la catégorie-reine.