Focus Automoto : Hill et Villeneuve, les Champions du Monde de F1 "Tel père-Tel fils" !

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Jacques Villeneuve Damon Hill F1 1996 - 1997
Par Andrea Noviello - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-11-10T12:56:52.433Z, mis à jour 2016-11-10T16:07:52.631Z

Fils de deux des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1, Damon Hill et Jacques Villeneuve sont parvenus à s’affranchir du poids imposé par le nom de leurs glorieux paternels pour devenir champions du monde dans la seconde moitié des années 90. Nico Rosberg sera-t-il le prochain, pour devenir le digne héritier de Keke ?

« La troisième fois, c’est toujours la bonne. » Ce lieu commun ne prédit en rien l’issue du championnat du monde de Formule 1 2016. Il conforte cependant Nico Rosberg dans sa recherche de gloire sportive. Passé à côté d’une possible consécration mondiale ces deux dernières saisons, l’Allemand sait qu’il tient enfin cette année une chance unique de rejoindre son père Keke (lauréat en 1982) au palmarès des champions du monde de F1, lui qui possède 19 points d’avance sur Lewis Hamilton à deux courses de la fin.

Sacrés tous les deux au volant d’une Williams à un an d’intervalle, Damon Hill (1996) et Jacques Villeneuve (1997) auront connu des trajectoires diamétralement opposées avant de conquérir la couronne suprême.


Damon Hill, sur les pas de Graham

Entre deuil et galères
Amputé de la présence si indispensable de son père Graham à l’âge de 15 ans - l’avion privé Piper Aztec du double champion du monde (1962, 1968) s’est écrasé à quelques mètres seulement du domicile familial au retour d’une séance d’essais au Castellet en 1975 -, Damon se voit contraint d’accumuler les petits boulots pour se payer ses premiers volants. La compagnie d’assurance ayant refusé de dédommager la famille Hill à la suite de l’accident, l’Anglais se disperse entre ses activités de coursier le matin et de retapeur d’appartements la nuit. Ses résultats s’en ressentent.


1992-1995 : "Un vrai gentleman et surtout un gros travailleur"
Damon Hill traverse les catégories inférieures sans grand éclat. Le Britannique parvient néanmoins à décrocher un poste de pilote-essayeur chez Williams en 1992. Quelques mois plus tard, il est titulaire dans la moribonde écurie Brabham en lieu et place de Giovanna Amati. Ses débuts en compétition officielle s’avèrent pour le moins laborieux. Hill échoue à six reprises à se qualifier pour la course, mais son abnégation séduit. « Damon était un vrai gentleman et surtout un gros travailleur, étaye Bernard Dudot ancien directeur technique de Renault Sport. Il a été à bonne école en 1992 avec la suspension active. C’était une technologie très difficile à faire aboutir et il a su la mettre au point. On lui doit beaucoup. » Promu aux côtés d’Alain Prost en 1993, le natif d’Hampstead prouve qu’il n’est pas qu’un nom trop lourd à porter. Trois victoires consécutives (Hongrie, Belgique, Italie) le font définitivement entrer dans les annales de la F1.


1996 : la revanche acquise
Pourtant, les doutes subsistent quant à son réel niveau de compétitivité. Son double échec face à Michael Schumacher dans la course au titre en 1994 et 1995 ne font toujours pas de lui un champion. « Sa conduite n’était pas laborieuse, même s’il y a un peu de ça, révèle Bernard Dudot. En revanche, Damon était un pilote très intelligent. Il comprenait vraiment bien la voiture et savait parfaitement la régler. Son titre en 1996 a été une forme de revanche pour lui surtout après l’épisode d’Adelaïde (en 1994). » Cette année-là, Damon Hill remporte huit victoires, l’année où Michael Schumacher pose les premières pierres de sa domination future avec Ferrari.

1997-1999 : déclin rapide
Parti monnayer ses services au plus offrant l’année suivante, en l’occurrence Arrows, Hill ne sera plus jamais en mesure de conquérir la couronne suprême. Peu importe si son aventure en F1 s’achève en eau de boudin chez Jordan en 1999 : Damon était enfin parvenu à s’émanciper trois ans plus tôt de l’un des patronymes les plus célèbres de la F1. Son coéquipier chez Williams cette saison-là, un certain Jacques Villeneuve, ne mettra quant à lui que deux ans à se débarrasser de cette étiquette de « fils de ».


Jacques Villeneuve, faire oublier Gilles

Débuts : taire la référence à son père
Dès son arrivée au plus haut niveau du sport automobile, Jacques refuse d’endosser le poids du nom de son glorieux paternel. « Jacques avait horreur que l’on fasse référence à son père, dévoile Bernard Dudot. Quand il est arrivé chez Williams en 1996, il a tout de suite insisté pour qu’on ne le juge que sur ses propres performances et qu’on ne le compare pas à Gilles." Trop pudique pour évoquer le souvenir d’un père qu’il a vu disparaître alors qu’il n’avait que onze ans - décédé lors des qualifications du GP de Belgique en 1982 -, Jacques refuse également les honneurs dus à son nom. À vingt ans, il part courir au Japon se forger le caractère. De retour au pays un an plus tard, Villeneuve émerveille les observateurs en Formule Atlantic grâce à son style généreux et son sens de l’attaque. Le doute instauré par ceux qui l’ont vu débuter en F3 italienne laisse place à une certitude : Jacques est bien le digne fils de son père. Un talent hors-norme, un pilote flamboyant, un homme entier.


1995 : Débuts flamboyants
Plus jeune champion de l’histoire de l’Indycar en 1995, il remporte également cette année-là la mythique épreuve des 500 miles d’Indianapolis. Villeneuve débarque en F1 la saison suivante, dans l’écurie dominatrice du moment, Williams. "C’était un gros pari", concède Bernard Dudot, "Jacques venait des États-Unis où les voitures n’avaient absolument rien à voir. Et il s’est révélé compétitif d’entrée." Car Villeneuve n’est pas du genre à se cacher derrière son statut de débutant. Le Québécois annonce la couleur dès Melbourne en terminant deuxième derrière Hill. Il brigue le titre et rien d’autre. Vainqueur lors de sa quatrième sortie au Nürburgring, Jacques devient en quelques mois la nouvelle star du paddock. Diablement rapide, il sait aussi mieux que quiconque se jouer d’un adversaire, en témoigne son époustouflant dépassement par l’extérieur sur Michael Schumacher à Estoril.

1996 : le Graal
S’il doit finalement s’incliner face à Hill, Villeneuve conquiert le titre un an plus tard au terme d’une saison où il se sera quelque peu éparpillé dans un combat perdu d’avance face à la FIA. "Jacques avait un gros tempérament", confirme Bernard Dudot, "contrairement à beaucoup d’autres pilotes, il ne craignait pas le danger." La volonté de l’instance dirigeante de réduire le rythme des F1 l’horripile au plus haut point.


1998-2006 : Fin de carrière difficile
Faute d’avoir pu défendre sa couronne chez Williams en 1998, Villeneuve part fonder sa propre écurie avec son ami Craig Pollock. Les cinq années BAR se solderont par autant d’échecs. Son intérim de luxe chez Renault en 2004 et ses deux dernières saisons du côté de Sauber ne lui seront guère plus profitables. Débarqué comme un malpropre de l’écurie helvétique au profit du jeune Robert Kubica, Jacques tentera par la suite plusieurs come-backs. En vain.

Là encore, l’essentiel était ailleurs. Sa victoire la plus précieuse, le Québécois l’avait décrochée depuis bien longtemps. En s’affranchissant de son lourd héritage, Villeneuve s’était offert la liberté à laquelle il aspirait depuis tant d’années. Celle de ne plus avoir à se référer à un fantôme. Celle de pouvoir enfin voler de ses propres ailes. Damon Hill a connu pareille libération le jour de son sacre à Suzuka.


Rosberg en route pour l’histoire ?

Avec une victoire à Interlagos ce dimanche 13 novembre (le meilleur des scenarii possibles), Nico Rosberg s’assurerait dès le Grand Prix du Brésil un premier titre dans la catégorie reine du sport automobile. En cas de succès de Lewis Hamilton à Sao Paulo, celui que le paddock a longtemps surnommé « Britney » devrait au moins patienter jusqu’à Abou Dhabi (27 novembre), pour tenter de suivre les traces de Damon Hill et de Jacques Villeneuve, deux autres « fils de » devenus champions du monde à la fin des années 90.

Rosberg sait désormais ce qu’il lui reste à faire. Pour enfin marcher dans les pas de son champion du monde de père, l’Allemand devra veiller à ne pas dilapider sa confortable avance. Histoire de prouver qu’il peut, lui aussi, sortir de l’oppressante ombre paternelle et se bâtir un prénom. Il peut laisser dans l’histoire la même trace que Hill ou Villeneuve, ou que Jack Brabham et Nelson Piquet Jr.