Formule 1 - Lauda, "l'Ordinateur" en route vers son premier titre mondial

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Niki Lauda interviewé par José Rosinski dans l'émission auto.moto.1 du 16 août 1975
Par José Rosinski, le 16 août 1975|Ecrit pour TF1|1975-08-16T17:24:00.000Z, mis à jour 2015-01-08T15:12:35.000Z

Sur le point de remporter sa première couronne mondiale dans l'élite automobile à 26 ans, le natif de Vienne, très discret, s'est confié à auto.moto.1 sur son approche de la compétition et ses projets pour l'avenir.

Il n'a que 26 ans mais sa réputation dans la catégorie reine du sport automobile n'est plus à faire. Depuis quatre ans, Niki Lauda éclabousse le monde de la Formule 1 grâce à sa science du pilotage. Véritable révélation l'an passé après son arrivée chez Ferrari, le natif de Vienne n'a pas réussi à décrocher son premier titre mondial la faute à quelques erreurs et une mécanique souvent capricieuse. Largement en tête du championnat cette saison, l'Autrichien a l'occasion de prendre sa revanche à domicile sur le difficile tracé de l'Österreichring. Homme secret qui n'aime guère prendre le temps de se confier, il a accepté de répondre à nos questions lors du dernier Grand Prix d'Allemagne, juste après avoir été le premier à briser la mythique barre des sept minutes sur la Nordschleife.


"Savoir aller vite quand cela est nécessaire"
Travailleur acharné qui ne laisse rien au hasard, Niki Lauda est sans aucun doute le pilote le plus cartésien de l'histoire. "Je ne crois pas à la chance, du moins, pas totalement", concède-t-il, avant de préciser : "Neuf fois sur dix, on accuse la malchance à tort au lieu d'analyser correctement le problème et de trouver les raisons qui l'ont provoqué".

Capable de gérer n'importe quel aspect de la course aussi précisément qu'un ordinateur, le Viennois sait aussi qu'il a les cartes en mains pour être enfin titré mais ne veut surtout pas brûler les étapes en jouant l'attaque à outrance afin d'expédier l'affaire le plus rapidement possible. "Les risques, on les calcule en fonction de chaque situation" tranche-t-il avec un certain aplomb. "En 1974, je n'avais pas beaucoup d'avance, il fallait absolument que je gagne. Cette saison au contraire, la situation exige que je prenne aussi peu de risques que possible. Je n'ai donc pas besoin d'accroitre mon avance, je cherche à la conserver".

Pour autant, le pilote de la Ferrari n°12 n'oublie pas ses adversaires et considère le champion du monde en titre, le Brésilien Emerson Fittipaldi, comme son principal rival. "C'est un pilote très fort et rapide", concède l'Autrichien, tout en précisant : "Ça ne sert à rien d'être le plus rapide. Ce qu'il faut, c'est savoir aller vite quand cela est nécessaire. C'est une question de jugement et Fittipaldi est très fort pour cela".


"J'aimerais être pilote d'avion professionnel"

Par ce discours, Lauda prouve que son irrésistible ascension ne doit rien au hasard. S'il n'a pas hésité à s'endetter pour courir dans l'élite automobile chez March puis BRM, le pilote autrichien est conscient de sa force une fois la visière baissée et des méthodes qu'il doit minutieusement appliquer pour gagner,"je me bats pour donner le maximum de moi-même et être aussi précis et lucide que possible".

S'il n'a pas de héros car "il n'y a pas au monde deux êtres semblables" et "qu'il vaut mieux se consacrer à développer sa propre personnalité", le natif de Vienne "s'efforce d'évoluer avec le monde qui est en constante évolution" et n'a rien contre l'idée d'une éventuelle féminisation de sa discipline. "Une femme en Formule 1 ? Cela ne me choque pas du tout. Après tout, la femme, comme l'homme, est un être humain. Il y a certes une différence mais cela n'a rien à voir avec le pilotage".

Conscient qu'il est en train d'atteindre le sommet de sa carrière en Formule 1, Lauda avance en suivant son instinct. "Ce que je veux, c'est faire ce que j'aime et progresser. Pour le moment, c'est ce que m'apporte la course automobile. Mais le jour où je sentirai que je plafonnerai en tant que pilote, j'arrêterai de conduire". Et force est de constater que l'Autrichien a de la suite dans les idées : "J'aime beaucoup voler. Actuellement, c'est ce qui m'intéresse le plus. J'aimerais être pilote d'avion professionnel."

Montezemolo : "C'est facile de travailler avec Niki"
Mais avant de s'en aller sillonner les cieux après avoir brillé sur les circuits du monde entier, Lauda a encore un titre de champion du monde à aller chercher... et une histoire à écrire avec le Cheval Cabré. Directeur sportif de la Scuderia Ferrari depuis 1973, Luca di Montezemolo croit beaucoup en un homme qu'il a fortement conseillé à son patron, le grand Enzo Ferrari. "J'ai parlé avec Monsieur Ferrari après avoir vu Niki à Monaco", raconte le bras droit du Commendatore. "Ce jour-là, il a fait une très bonne course au volant de la BRM. Il est vraiment très intelligent".

Malgré le côté "très froid" de son poulain, Luca di Montezemolo ne tarit pas d'éloges sur celui qui a largement contribué à ramener les Rouges de Maranello au sommet de la hiérarchie mondiale. "C'est facile de travailler avec Niki car c'est une personne très correcte. L'homme est sincère, ce qui est très important. Comme pilote, il est aussi est très bien. Il sent bien les choses et il est très bon pour la mise au point de la voiture".

Ce dimanche 17 août 1975, Lauda s'élancera en pole position pour décrocher sa 5e victoire en 1975, soit le 7e succès de sa carrière. S'il y parvient, il offrira à Ferrari son premier titre mondial depuis 1964 et entrera dans la prestigieuse cour des champions du monde de Formule 1.