Interview : l'agrocarburant E85 au service du sport automobile

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Quand l’E85 s’invite en sport automobile
Par Raphael SYLVESTRE|Ecrit pour TF1|2009-04-14T12:04:00.000Z, mis à jour 2009-04-14T12:04:00.000Z

Serge Lubrano est à la fois pilote et fondateur de Racing Développement. Il a pris part au Trophée Andros à bord d'une voiture fonctionnant à l'E85, carburant écologique précédant la sortie de l'E10.

Une expérience qu'il compte bien renouveler tant ce biocarburant est, selon lui, une aubaine pour le sport automobile. A la fois moins polluant que l'essence sans-plomb traditionnelle et permettant d'obtenir de meilleures performances, l'E85, et bien sûr ses talents de pilote, lui ont permis de rivaliser avec le gratin du Trophée Andros. Interview de Serge Lubrano à l'occasion d'une séance d'essai réalisée sur le circuit sur glace de l'Alpe d'Huez.


La genèse

Comment les organisateurs du Trophée Andros ont-ils pris votre désir courir au bioéthanol ?

Serge Lubrano : Très bien, parce que leur objectif est de lancer des formules électriques et de respecter au mieux l’environnement. D’ailleurs, Max Mamers, l’organisateur, est très content que je roule à l’E85. C’est même la personne qui m’a le plus aidée sur le Trophée Andros, et je l’en remercie !

Et le gain de puissance apporté par le bioéthanol n’a pas posé de problème ?


S.L. : C’est vrai que grâce à l’E85, le moteur de ma Fiat Stilo est passé de 320 à 345 ch, mais ça n’a posé aucun problème. Pour la simple et bonne raison que c’est une voiture qui est à la base un peu moins performante que les autres. Donc, bien que m’ayant fait gagner un petit peu en puissance, ça n’a pas fondamentalement bouleversé la hiérarchie. Après, c’est sûr que si j’avais battu Alain (Prost) on m’aurait peut-être embêté…

Quel a été votre meilleur résultat cette saison ?

S. L. : Mon meilleur résultat, c’est à Superbesse que je l’ai obtenu avec une 5ème place lors de la finale SuperElite, devant les deux Skoda officielles. Autant dire que j’étais assez content de moi ! Je suis également fier d’avoir remporté 4 finales Elite qui sont, il est vrai, un peu moins relevées que les SuperElite. Mais il y a quand même du monde à battre à l’Andros, et il n’y a pas vraiment d’amateur. Tous les pilotes sont chevronnés.

D’où vous est venue l’idée de rouler au bioéthanol ?

S. L. : En fait, cela fait déjà 2 ans que je travaille sur le bioéthanol, dans ma société Racing Développement. J’équipe des voitures qui roulaient au SP 95 ou 98 afin qu’elles puissent fonctionner à l’E85, en modifiant la cartographie d’origine. Mon inscription à l’Andros est, en quelques sortes, un bon moyen de prouver à mes clients que le bioéthanol est performants et n’abîme pas les voitures. De plus, je trouve que ce championnat est l’un des plus beaux de France.

Et est-ce que justement vous avez vu un impact auprès de vos clients ?

S. L. : C’est clair, cela a un impact énorme étant donné la médiatisation qui a été faite autour de ma voiture. Les clients qui étaient un peu sceptiques m’ont rappelé dans les jours qui ont suivi la fin du Trophée Andros pour faire équiper leur voiture. C’est la preuve que désormais ils me font confiance.


L'avenir de l'E85

Il paraît que vous êtes en contact avec Alain Prost à propos de l’E85…

S. L. : C’est vrai, Alain est président d’une commission qui s’occupe d’énergies alternatives telles que l’E85. L’évolution de ce biocarburant avait été ralentie et je pense que réaliser ce que je viens de faire au Trophée Andros peut faire bouger les choses, dans la tête des gens et même dans celle des membres du Gouvernement. Pour ma part, je sais que l’E85 est une bonne chose.

Et selon vous, l’E85 a un avenir dans le sport automobile ?

S. L. : Dans le sport auto, c’est indéniable ! L’E85 a un très gros avenir parce que c’est un carburant qui est fiable au niveau de sa composition. Il encrasse beaucoup moins les moteurs que le SP98 et il refroidit mieux les cylindres. En résumé, en roulant à l’E85, on peut obtenir plus de performances avec une fiabilité accrue.

Y- a-t-il un avantage à utiliser ce type de carburant en course ?

S. L. : En utilisant l’E85, on récupère un peu de couple à bas régime et le moteur est plus rond. Il va emmener la voiture beaucoup plus tôt et, lorsque l’on est en en altitude comme au Trophée Andros, le gain de puissance est encore plus flagrant.

Certaines personnes disent qu’il y a des risques à utiliser de l’E85…

S. L. : il n’y a strictement aucun risque pour le moteur, si la cartographie est faite correctement. Il y a des sociétés qui proposent des boîtiers additionnels, mais c’est beaucoup moins bon pour la mécanique. Alors que lorsque la cartographie est conçue pour rouler avec ce type de carburant, il n’y a aucune crainte à avoir, mieux encore, le moteur sera nettoyé de la calamine qu’il aurait pu accumuler en roulant.

Pourtant de nombreux spécialistes parlent de la forte corrosivité de l’E85…

S. L. : Si l’on a une voiture très vieille, les durites peuvent par exemple être endommagées. Mais à partir de 2001 notamment, lorsque certaines normes sont entrées en vigueur, les constructeurs ont utilisé des joints fabriqués dans une sorte de caoutchouc beaucoup moins altérable par les hydrocarbures. Ils sont utilisés sur la plupart des voitures depuis 1997, et c’est devenu presque obligatoire à partir de 2001. C’est quasiment impossible d’abîmer ce type de joint. En plus, la plupart des canalisations sont en aluminium. De toutes les façons, l’E85 n’est pas beaucoup plus corrosif que le SP95 ou 98. J’ai laissé certaines pièces tremper dans une cuve remplie d’E85, 24/24h pendant plus d’un an, et je n’ai constaté aucune dégradation !

Pour finir que propose exactement votre société Racing Développement ?

S. L. : Il s’agit d’une société qui reprogramme la cartographie d’origine des voitures. A une époque, nous le faisions pour la compétition, et maintenant nous le faisons donc aussi pour permettre aux voitures de rouler indifféremment à l’essence sans-plomb ou à l’E85. La cartographie pourra ainsi automatiquement reconnaître le type de carburant qu’il y a dans la voiture et s’adapter. Par ailleurs, notre société a aussi développé un programme à l’attention des voitures turbodiesel, qui sont une importante source de pollution, afin de leur offrir plus de couple à bas régime tout en diminuant leur consommation. Nous arrivons à gagner de 1,5 à 2 litres en moyenne sur certains véhicules tels que les gros 4x4 qui ont tendance à beaucoup polluer car ils manquent de couple à bas régime. Notre programme permet ainsi de limiter les rejets polluants lors des fortes accélérations. Le plus gros gain que nous ayons réussi à obtenir, c’est sur le BMW X6 diesel, avec une diminution de 2 litres en moyenne, ou encore sur le Mercedes ML 320 CDI.


Informations Complémentaires

www.racing-development.com