Focus Automoto - L’injection à eau : Le dernier grand pas technologique des moteurs thermiques ?

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BMW M4 GTS 2016 (1)
Par Aurélien Matysek - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-10-20T16:30:29.917Z, mis à jour 2016-12-14T14:27:20.546Z

BMW, avec sa M4 GTS, redonne à l’injection d’eau une place prépondérante dans ses moteurs. Voici comment et pourquoi, à l’ère où l’hybride et l’électrique incarnent l’avenir, les moteurs thermiques pourraient faire l’objet de ce boost technologique déjà testé au XXe siècle.

BMW a fait fort en présentant sa BMW M4 GTS. Version ultime de la M4 classique, typée par la course, elle est une véritable bombe de performances. Le sourire sur le visage de notre pilote essayeur Anthony Beltoise permet de le mesurer, plus que n’importe quelle image. Ces réactions sont rendues possibles grâce au rendement impressionnant du bloc 6 cylindres en ligne de 500 chevaux qui accueille un inédit système d’injection d’eau. Cette technologie donne au moteur un supplément d’âme - et d’H2O - sans prendre la place de l’essence.


Dans les faits, l’injection d’eau dans le moteur en marche permet de diminuer la consommation de carburant, les émissions, d’augmenter la puissance, le couple et même de préserver les composants internes. Ces bénéfices s’inscrivent parfaitement dans la tendance actuelle du « consommer moins » pour produire plus d’équidés.


Une technologie de la 2nde Guerre mondiale

Voyons maintenant les détails plus techniques. Il faut accrocher sa ceinture pour parvenir à suivre mais ça vaut le coup. Sur la M4 GTS, des injecteurs d’eau sont placés au niveau du collecteur d’admission. Ils envoient des brouillards d’eau pour diminuer la température de l’air avant la chambre de combustion. Elle peut perdre jusqu’à 25 degrés ! Le bénéfice de cette chute se situe du côté de la combustion du mélange. Elle permet d’utiliser une pression plus importante pour un gain de performances et diminuer l’effet de cliquetis.


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BMW M4 GTS 2016 (1)


Avec ce système, la M4 GTS avance +5% de puissance et -4% d’émissions de CO2. "Ce dispositif permet ainsi d’exploiter le moteur essence 6 cylindres en ligne M TwinPower Turbo à une pression de suralimentation accrue et d’obtenir un point d'allumage précoce, détaille BMW. La puissance et le couple augmentent tandis que les contraintes thermiques diminuent", annonce la marque dans son communiqué.


La M4 GTS est actuellement la seule voiture à embarquer cette technologie. Elle n’est pourtant pas la première de l’histoire à l’avoir testée. Des expérimentations ont déjà eu lieu à la fin du XXe siècle. Les premières remontent à la Seconde Guerre mondiale. Les militaires allemands en avaient installés sur leurs avions de combat. D’autres constructeurs se sont par la suite attelés à la tâche mais, puisque que les rejets polluants n’étaient pas vraiment la priorité de l’époque, il n’y a pas eu de généralisation.




Un futur proche à l’eau avant la fée électricité ?

En 2016, les priorités ont changé et l’eau devrait se faire une belle place dans nos moteurs. Apparu sur la M4 de sécurité visible sur le circuit du championnat du monde de moto, la marque à l’hélice a ensuite fait profiter de ce système l’exclusive M4 GTS et ne va pas s’arrêter là. Souvent, une nouvelle technologie arrive d’abord sur un modèle haut de gamme avant de se propager aux niveaux inférieurs. Tout se passe comme si BMW préparait un tel mouvement.


Cette méthode, développée en partenariat avec l’équipementier Bosch, amène les mêmes bénéfices pour les plus petites motorisations. Des prototypes de Série 1 ont servi à ce développement. La revue britannique Autocar, affirme que l’arrivée de l’injection d’eau dans nos voitures quotidiennes est imminente. Bosch voit cette technologie se démocratiser pour 2019. BMW serait le premier constructeur à en bénéficier avant de laisser les autres marques en profiter. "Les législations plus strictes et les nouveaux tests d’émissions sont en train d’augmenter la nécessité de voir apparaître cette technologie dans nos voitures", affirme Fabiana Piazza, responsable des projets chez Bosch, cité par Autocar.


Pour rappel, Bosch a joué un rôle important dans le fameux Dieselgate. La firme allemande aurait fourni le logiciel truqué à Volkswagen. Ce nouveau projet aura aussi pour vocation de redorer l’image de l’équipementier, un peu comme Volkswagen souhaite le faire avec les voitures électriques.



Une avancée pratique ?

Avant cela il faudra répondre à quelques questions. Le réservoir devra se trouver une place à bord. À l’heure où tous les constructeurs font la course aux kilos et à l’optimisation de l’espace, cette nouvelle contrainte va faire souffrir quelques ingénieurs. L’eau doit aussi pouvoir résister aux basses températures. Ce réservoir pourrait trouver une place proche du moteur, là où la chaleur est suffisante pour garder le liquide utilisable en phase de marche.


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BMW M4 GTS 2016 (1)


"En raison de la faible quantité d'eau utilisée pendant le fonctionnement, l’eau que l’on doit stocker est très faible, a écrit Sam Sheehan, le premier journaliste à s’être saisi du sujet. La M4 GTS, par exemple, utilise un réservoir de cinq litres placé dans le coffre. Bien que les volumes puissent varier en fonction de chaque modèle et de l'espace disponible, Bosch estime que dans la plupart des cas, le réservoir ne doit être rechargé que tous les 1.800 miles en moyenne [NDLR : environ 2.900 km]".


Pour les particuliers, cela sera aussi une nouvelle jauge à surveiller. Maintenir le stock d’eau à niveau ne sera cependant qu’une manière d’optimiser l’utilisation de la voiture. Un réservoir à sec ne l’empêchera pas de rouler.


Bientôt généralisée ?

Peu coûteuse, cette technologie possède bien plus d’avantages que d’inconvénients. Pour aller encore plus loin dans l’utilisation optimale du système, l’eau pourrait même être récupérée via l’utilisation de la climatisation voire grâce à la condensation. Si cette généralisation approche, il pourrait s’agir de l’une des toutes dernières évolutions des moteurs 100% thermiques avant la vague électrique. Son importance dépendra des choix stratégiques des constructeurs.