Focus Automoto - Giacomo Agostini : "Pour entrer dans la légende, on doit gagner et gagner"

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Par Andrea Noviello - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-12-06T09:26:26.002Z, mis à jour 2016-12-14T14:25:50.793Z

L’Italien Giacomo Agostini, légende vivante de la moto, avoue ne pas se reconnaître dans l’uniformisation des performances actuellement favorisée en Moto GP. L’homme aux 15 titres mondiaux s’est confié après la première édition du World Sports Legends Award de Monaco, où sa carrière a été distinguée.

Son nom est aussi lourd qu’une légende. Son palmarès long comme le bras. Icône indétrônable pour des millions de passionnés de course moto, l’Italien Giacomo Agostini affiche pourtant toujours la simplicité qui l’a accompagné tout au long de sa formidable carrière au plus haut niveau. À 74 ans, l’homme aux 15 titres de champion du monde entre 1966 et 1973 et aux 123 victoires en Grand Prix demeure souriant et accessible. Comme à ses débuts. L’ancien pilote vedette du Team MV Agusta s’inscrit en totale opposition au star-system qui prévaut très largement dans les paddocks aujourd’hui. Il a apprécié à sa juste valeur la distinction reçue lors des World Sports Legends Award de Monaco, en octobre. A cette occasion, le Transalpin nous a confié son scepticisme sur l’absence de leadership aujourd’hui favorisée dans le championnat du monde de Moto GP.


Récompensé en compagnie d’autres grandes personnalités du monde sportif, parmi lesquelles on retrouvait Mika Häkkinen (double champion du monde de Formule 1 en 1998 et 1999), Pernilla Wiberg (double médaillée d’or olympique en ski alpin), ou encore Sir Anthony McCoy (meilleur jockey d’obstacle de tous les temps), l’Italien bénéficie d’une aura constante auprès du public.

Selon le principal intéressé, l’explication tient en deux points. La première : le respect de ses adversaires. Guidé par la seule envie de vaincre lors de ses treize années en compétition, "Ago" se félicite de n’avoir jamais cherché à outrepasser les limites du raisonnable en piste, ou à abuser de sa position dominante pour écraser un rival. La seconde : une détermination sans faille au service d’une ambition unique. Celle de s’imposer comme le meilleur de sa discipline et de marquer son époque de son empreinte.


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"Ce n’est pas vrai que les gens en ont marre de voir les mêmes gagner"

"Si l’on veut rentrer dans la légende et écrire l’histoire de son sport, on doit gagner et encore gagner", affirme Agostini. "Le public ne retient que les grands noms. Pas les autres. Prenons l’exemple du sport automobile. Ayrton Senna ou Alain Prost sont restés dans la mémoire collective parce qu’ils ont tout remporté <br>(NDLR, ils sont respectivement triple et quadruple champions du monde de F1). Certains prétendent que les gens en ont marre de voir toujours les mêmes s’imposer, mais ce n’est pas vrai. On rêve tous d’assister à des exploits d’un Eddy Merckx, d’un Cassius Clay ou d’un Michael Schumacher."

Maître incontesté des courses moto en son temps, le natif de Brescia ne goûte que très peu à la politique d’uniformisation des performances mise en place depuis plusieurs saisons par Dorna Sports SL, l’entreprise espagnole qui détient les droits d’exploitation de la Moto GP. Clairement opposé à l’idée de réduire l’écart entre les "Tops teams" et les autres écuries, l’ancien pensionnaire de Yamaha préconise, à l’inverse, de laisser la hiérarchie s’établir d’elle-même, quitte à voir souvent le même pilote triompher. 

Agostini admire Marc Marquez

"Quand tu gagnes beaucoup, tu deviens une idole aux yeux du public", étaye celui qui a mis un terme à sa carrière en 1977. "À contrario, lorsque tu ne t’imposes qu’occasionnellement, tes succès perdent automatiquement de la valeur. Car tu ne deviens qu’un parmi les autres." À peine voilée, la pique du multiple champion du monde 350cc et 500cc vise, plus que les pilotes en eux-mêmes, le scénario d’une saison historique en Moto GP, avec neuf vainqueurs différents, rendu en partie possible par un système électronique commun à toutes les équipes. Un procédé qui a empêché les grosses écuries de dépenser des sommes folles pour accroître leur avance technologique.

Ce chiffre record n’a toutefois pas empêché l’Espagnol Marc Marquez de coiffer sa troisième couronne mondiale en quatre ans (2013, 2014, 2016) dans la catégorie reine, après cinq succès sur les 18 étapes du Championnat. Si le jeune prodige espagnol de 23 ans a dû se contenter du même nombre de victoires qu’en 2015, quand il avait échoué à la troisième place du championnat, il est parvenu à corriger ses problèmes d’agressivité en course. "Marquez a couru de manière plus réfléchie que les saisons précédentes", observe Agostini. "Quand il en avait les moyens, il prenait un maximum de risques pour s’imposer. Il n’a pas complètement délaissé son petit côté impétueux. Mais lorsqu’il ne pouvait pas venir se mêler à la victoire à la régulière, il a su se servir de sa tête et gérer les courses avec intelligence."


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"Rossi ne s’est jamais laissé démoraliser"

Admiratif de la spectaculaire métamorphose opérée en quelques mois par Marquez, Agostini reste également enthousiasmé par les performances de son illustre compatriote, Valentino Rossi. Si celui que l’on surnomme dans le paddock "Il Dottore" a de nouveau échoué dans sa quête d’une dixième couronne mondiale, il a tout de même réussi à bluffer "Ago" en 2016. "Valentino s’est montré extrêmement combatif cette année", témoigne-t-il, "Il a constamment lutté aux avant-postes et ne s’est jamais laissé démoraliser par ses rares contre-performances. Malgré ses 37 ans, il a régulièrement battu des pilotes beaucoup plus jeunes que lui."

Vainqueur à deux reprises cette saison (Jerez et Barcelone), Rossi a porté son nombre de succès toutes catégories confondus à 114, soit neuf longueurs derrière la légende Agostini (123). Convaincu que son record de victoires finira bien par tomber un jour, l’ancien pilote phare du MV Agusta peut néanmoins se rassurer : ses 15 titres mondiaux en 350cc et en 500cc ont encore de beaux jours devant eux. "Même quand on en a gagné beaucoup, chaque récompense est spéciale", a indiqué Agostini au moment de recevoir son trophée à Monaco. "Recevoir un prix comme celui-là me rend particulièrement fier, cela prouve que j’ai laissé une trace dans ma vie. Après toutes ces années, les gens se souviennent encore de moi. Je trouve ça beau."


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en savoir plus : Denis Brogniart