Réactions radicales des marchés asiatiques au rejet du plan de relance US

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marchés bourse Tokyo
Par Bertrand QUERNE|Ecrit pour TF1|2008-12-12T08:55:00.000Z, mis à jour 2008-12-12T08:55:00.000Z

L'échec des discussions au Sénat américain pour voter un plan de sauvetage de l'industrie automobile a fait plonger les marchés asiatiques, inquiets des conséquences économiques désastreuses que provoquerait la chute de l'un des trois "grands" de Détroit.

Principale place financière d'Asie, Tokyo a clôturé en net recul de 5,56%, Séoul de 4,38%, Taipei de 3,74% et Sydney de 2,43%. Vers 06H30 GMT, Hong Kong chutait de 6,9%, Shanghai perdait 3,89%, Singapour 3,80%, Bombay 2,81% et Bangkok 1,66%.
Le dollar a lui aussi dégringolé dans les échanges à Tokyo, passant sous la barre des 90 yens pour la première fois depuis 13 ans. Après des discussions qui se sont prolongées tard dans la soirée de jeudi, les membres de la chambre haute du Congrès américain n'ont pas réussi à trouver un compromis sur un soutien aux constructeurs automobiles américains.

"Nous n'avons pas été en mesure de franchir la ligne d'arrivée", a déclaré le leader de la majorité démocrate Harry Reid, après de longues heures passées à négocier avec un noyau dur de sénateurs républicains qui refusaient de sauver General Motors (GM), Chrysler et Ford avec des fonds publics.
La pression s'était pourtant renforcée sur eux après que GM eut reconnu dans la journée avoir embauché des conseillers juridiques et des banquiers pour se préparer "à toutes les éventualités", y compris celle d'un dépôt de bilan.

GM et Chrysler avaient averti auparavant qu'ils risquaient de se retrouver acculés au dépôt de bilan, faute de liquidités, dès la fin de l'année sans aide de l'Etat. La Chambre des représentants avait pour sa part adopté dès mercredi ce plan de crédit de 14 milliards de dollars en faveur des constructeurs, avec le soutien de la Maison Blanche et du président américain élu Barack Obama.
La Maison Blanche a dit jeudi soir redouter des dépôts de bilan dans l'industrie automobile américaine après cet échec. La chute de l'un des trois "grands" aurait des conséquences catastrophiques pour la première économie du monde, dont 2,2 millions d'emplois dépendent de l'industrie automobile, mais aussi chez les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis.

Jeudi, face aux hésitations du Sénat mais avant l'annonce de l'échec des discussions, la Bourse de New York avait terminé en nette baisse de 2,24%. General Motors et son concurrent Ford avaient perdu plus de 10%. "Je crains de regarder Wall Street demain (vendredi). Cela ne va pas être beau", a dit M. Reid dans la soirée.
Face à l'aggravation des perspectives économiques, les pays industrialisés multiplient les plans de relance. Au Japon, le Premier ministre Taro Aso devrait annoncer vendredi une rallonge de quelque 13.100 milliards de yens (109 milliards d'euros) au plan de relance décidé fin octobre, selon le quotidien Yomiuri. M. Aso souhaiterait faire passer de 26.900 milliards de yens à 40.000 milliards de yens (333 milliards d'euros) le plan dévoilé il y a deux mois, afin de soutenir la deuxième économie mondiale en proie à la récession.

Les nouvelles mesures permettraient de venir en aide aux chômeurs et d'augmenter les injections de fonds publics dans le capital des banques, pour faciliter les prêts aux petites entreprises. Le premier plan de M. Aso comprenait des réductions d'impôts, des aides directes aux ménages, des prêts aux petites entreprises ou encore des baisses des tarifs des péages.
Le Japon a subi une contraction de son activité économique de 0,5% au troisième trimestre, après une réduction du PIB de 1% au deuxième trimestre.

Jeudi, les dirigeants européens en sommet à Bruxelles se sont mis d'accord sur l'objectif d'un plan de relance d'environ 200 milliards d'euros, soit 1,5% du produit intérieur brut (PIB) européen.

Aux Etats-Unis, M. Obama a déjà promis d'effectuer les plus gros investissements dans les infrastructures américaines depuis les années 50 sitôt arrivé au pouvoir. La gravité de la crise de l'économie américaine a de nouveau été illustrée jeudi par Bank of America, la plus grande banque du pays, qui a annoncé qu'elle comptait supprimer de 30.000 à 35.000 postes dans les trois ans, à la suite de sa fusion prévue avec la banque d'affaires Merrill Lynch et en raison du
"mauvais climat économique".

Vendredi, les prix du pétrole brut reculaient en Asie au lendemain d'un bond de plus de 10%, les marchés ayant anticipé une forte baisse de la production des pays exportateurs. Le baril de "light sweet crude" pour livraison en janvier perdait 91 cents à 47,07 dollars.

(avec agences)