"La naissance : un moment très crucial de la vie d’un individu"

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Baby boom
Par Allan BLANVILLAIN|Ecrit pour TF1|2016-04-12T14:44:11.324Z, mis à jour 2016-04-12T14:44:18.432Z

Le professeur Pascal Gaucherand, chef de service de l’unité obstétrique de l’hôpital Femme-Mère-Enfant des Hospices Civils de Lyon, revient sur l’intense quotidien de son équipe que l'on verra dans Baby Boom.

À l’hôpital Femme-Mère-Enfant des Hospices Civils de Lyon, le quotidien de l'équipe du professeur Pascal Gaucherand, chef de service de l’unité obstétrique, n'est pas toujours facile. À l'occasion du prochain épisode de Baby Boom, il nous parle de ces gens, garants de la sécurité des futures mamans et de leurs bébés.

MYTF1 : Cette saison, les téléspectateurs découvrent les coulisses de votre maternité. Pourquoi avoir accepté d’ouvrir vos portes ?
Cette collaboration est le fruit d’une discussion entre la production de Baby Boom, qui avait émis le souhait de filmer dans une maternité de niveau 3, qui ne soit pas située en région parisienne, et notre service. Pour ma part, je souhaitais que ce programme puisse mettre en lumière notre quotidien. Je crois que nous faisons du bon travail et il me semblait intéressant de montrer aux téléspectateurs les différentes catégories professionnelles qui œuvrent 24 heures sur 24 dans une maternité. Par ailleurs, ce documentaire répond parfaitement aux souhaits des couples filmés. Pour avoir visionné tous les épisodes a posteriori, je confirme que l’histoire de chaque famille a parfaitement été retranscrite, leur intimité vigoureusement respectée, et tout a été filmé avec une grande pudeur. Voici pourquoi j’ai accepté l’opportunité de vivre cette expérience inédite.


MYTF1 : Quelle a été l’organisation mise en place durant cette période ?
La présence des soixante-dix caméras dans notre service a forcément changé notre quotidien. Les appareils étaient répartis entre le secteur des urgences, les salles d’accouchement, les blocs opératoires et les salles de consultation. En pratique, l’équipe de tournage a commencé à «recruter» des patientes à leur arrivée pour savoir si elles accepteraient d’être filmées au moment de leur accouchement par voie basse ou durant leur césarienne. La présence permanente de l’équipe, dont le Q.G. était implanté juste à côté de la maternité, a duré près de deux mois. Elle a permis de faire cohabiter deux catégories professionnelles qui ont rarement l’habitude de travailler ensemble. Ce fut une expérience très enrichissante.

MYTF1 : Vous êtes entouré d’une équipe très expérimentée et réactive. Quelles sont les qualités majeures de vos collaborateurs ?
Leur principale qualité est de faire partie d’une même famille et de former un groupe uni. Nous avons tous le même objectif : garantir la meilleure sécurité possible lors de la surveillance des grossesses et durant les accouchements des futures mamans. Je suis entouré d’une équipe de pros, qui sait exactement ce qu’il faut faire et à quel moment. Dans notre activité, nous devons être aussi irréprochables sur le plan professionnel que relationnel. C’est essentiel.

MYTF1 : L’un des épisodes s’intitule «Code rouge». Pourriez-vous expliquer sa signification ?
Le «code rouge» est une césarienne qui doit être opérée extrêmement rapidement. Dans ce cas précis, on ne peut excéder quinze minutes entre la prise de décision et la naissance de l’enfant car le pronostic vital du bébé est en jeu. Je me souviens d’avoir lu une phrase choc dans un éditorial du Monde il y a une vingtaine d’années : «La mort exceptée, la naissance est le moment le plus délicat de la vie d’un individu» et je trouve cela assez vrai. Evidemment, au moment de la naissance, il peut y avoir des bébés trop gros, trop petits, des jumeaux voire des triplés, des nourrissons qui ne se présentent pas bien, dont le monitoring est inquiétant… C’est un moment très crucial de la vie d’un individu qui passe du stade de fœtus, donc très dépendant de sa mère, à un état d’indépendance total puisqu’il se met à respirer tout seul.

MYTF1 : Le rythme de votre équipe est visiblement très soutenu. Comment parvenez-vous à accorder autant d’attention à chaque future maman ?
Chaque future maman est unique et il faut la considérer comme telle. Chaque grossesse est un cas particulier et mérite la plus grande attention. L’obstétrique pourrait s’apparenter à un long fleuve tranquille jusqu’au moment où un vent de tempête énorme vous contraint  à prendre des décisions délicates dans un laps de temps très court. De plus, dans une maternité de niveau 3, nous sommes quotidiennement confrontés à toutes les pathologies qui peuvent être liées à la maman, au bébé et qui sont parfois communes aux deux. Pas une journée ne passe sans que nous ayons à faire face à des cas compliqués qui nécessitent une vraie concertation. Doit-on attendre encore un peu avant de faire naître un bébé ou, au contraire, faut-il provoquer l’accouchement ? La future maman doit-elle être surveillée de façon plus intensive ? A titre personnel, c’est la partie la plus passionnante de notre métier.

MYTF1 : La jeunesse a tout à fait sa place au sein de votre unité…
En tant qu’hôpital universitaire, nous sommes censés former des étudiants qui choisiront ensuite de se spécialiser en puériculture, de devenir infirmière-anesthésiste, sage-femme, médecin… Nous voyons sans cesse évoluer des «petits jeunes» dans les services, qui suivent les médecins ou les encadrants seniors grâce à une sorte de compagnonnage qui leur montre la réalité du terrain, en plus des cours théoriques qui leur sont dispensés par ailleurs. L’hôpital est un grand paquebot qu’il faut faire avancer dans la bonne direction, pas forcément trop vite, et dans son  fonctionnement, tout individu a sa place. Il y a une vraie transmission du savoir.