Colombine : «L’Afrique, un continent aussi compliqué que passionnant»

Colombine : «L’Afrique, un continent aussi compliqué que passionnant»
Sophie Deschamps et Dominique Baron sont amoureux de l’Afrique. A doubles mains, ils ont imaginé l’histoire d’une religieuse hors norme au cœur d’un dispensaire de brousse..

Comment ce projet est-il né ?
Dominique Baron :
Il y a plusieurs années, j’ai rencontré lors d’une fête une religieuse irlandaise de passage à Paris, Sister Mary Killeen, qui m’a raconté son quotidien depuis 25 ans auprès d’enfants orphelins dans un bidonville de Nairobi. Elle avait même reçu la visite du Pape. Elle racontait sa vie avec beaucoup d’humour et le whisky et les petits pétards qui circulaient autour d’elle ne la gênaient nullement ! J’ai trouvé cette femme d’un optimisme et d’un courage inouï. J’ai immédiatement décidé d’écrire un film qui s’inspirerait d’elle. Mais je n’avais pas envie de le faire seul. A deux, on a quatre fois plus de bonnes idées ! Je voulais collaborer avec une femme qui soit une militante humaniste et connaissant bien l’Afrique. Sophie Deschamps, une amie de longue date, réunissait toutes ces qualités. Quand je lui en ai parlé, elle a adoré.
Sophie Deschamps : C’est vrai ! Lorsque Dominique Baron m’a raconté l’histoire de cette bonne sœur extraordinaire, plus proche de Calamity Jane que de mère Teresa, j’y ai tout de suite adhéré. Nous sommes passés rapidement à l’écriture du scénario que nous voulions drôle et émouvant et avons créé une histoire inspirée à la fois de cette bonne sœur et de la réalité d’un village africain.

Comment s’est passée votre collaboration ?
D.B. :
Nous sommes très complices. Sophie a beaucoup d’humour et un sens du dialogue assez rare de nos jours. Nous avons travaillé à grande vitesse et avec beaucoup d’efficacité. Dans la dernière ligne droite, nous avons aussi été aidés par Anne et Marine Rambach, deux femmes également très humanistes.
S. D. : Un film est toujours une œuvre de collaboration. Pour faire un bel unitaire, production, écriture et réalisation doivent travailler main dans la main. J’aime écrire avec des réalisateurs, je l’ai souvent fait par le passé. En débutant un projet ensemble, on va plus profondément dans l’histoire et la visualisation du film. Ça permet de s’impliquer à 200%.

Quel ton vouliez-vous apporter ?
D.B. :
Colombine est une comédie grand public avec quelques séquences dramatiques, une vraie «dramédie».
S.D. : Nous avions la chance d’avoir Corinne Masiero à nos côtés. Nous devions nous servir de ce qu’elle apporte : un truc très irrévérencieux, insolent et drôle. J’adore les comédies à l’anglaise qui font rire et pleurer. Mais faire rire en touchant le cœur est certainement ce qui est le plus difficile à écrire. Plus on traite d’un sujet lourd, plus il faut amener de la fantaisie. Ceux qui travaillent dans les endroits les plus durs, comme les reporters de guerre ou les urgentistes, ont une force vitale extraordinaire. C’est cette humanité que nous voulions apporter. Il n’y a rien de plus intéressant que la complexité des êtres.

Avez-vous rapidement pensé à Corinne Masiero pour incarner votre héroïne ?
D.B. :
Oui ! Et si Sister Mary Killeen a été le point de départ de ce personnage, c’est surtout Corinne qui me l’a inspiré très vite. Je le connaissais depuis longtemps et elle m’avait beaucoup touché dans Louise Wimmer. C’est une combattante et une grande actrice. Quand nous sommes allés lui présenter notre projet très en amont, elle a tout de suite accepté d’y participer.
S. D. : De toute façon, notre personnage était tellement Corinne Masiero que nous n’aurions pas pu faire le film sans elle !

Comment décririez-vous votre héroïne ?
D. B. :
Colombine est une bonne sœur que l’on pourrait presque qualifier d’iconoclaste et dont l’unique but est de sauver ceux qui sont dans une grande difficulté. Elle sait pourtant qu’elle n’en sauvera pas assez vu les situations auxquelles ils font face et le peu de moyens dont elle dispose. Humaniste dans l’âme, elle a adopté une enfant après la mort de sa mère et l’a élevée comme sa propre fille.
S. D. : Colombine a une vocation très forte. Pourtant, elle ne suit pas les lois terrestres de l’église qui empêchent notamment la contraception. Dire «non» au préservatif en Afrique, c’est dire «oui» au sida. Très militante sur ce genre de problématiques, elle en a assez des règles qui contraignent les femmes. Les opinions abordées dans le film correspondent un peu aux nôtres. Je trouve que TF1 fait preuve d’une curiosité formidable. Cette chaîne, qui a su magnifiquement évoluer, sait prendre des risques grâce à de nouveaux sujets et des thématiques inhabituelles.

Quels autres thèmes vouliez-vous mettre en avant ?
D.B. :
Nous voulions parler de la vie humaniste de cette bonne sœur et de l’amour qu’elle porte à sa fille adoptive. J’ai cinq sœurs et je pense être un peu féministe dans l’âme ! Mes parents, attentifs aux causes humanitaires, m’ont sensibilisé à ces sujets. Je voulais aussi mettre en avant le rapport entre Colombine et la nouvelle médecin, une jeune parisienne d’origine sénégalaise qui découvre l’Afrique et ne comprend rien à ce petit dispensaire. Le deuxième enjeu du film était de savoir comment ces deux femmes, que presque tout oppose, allaient réussir à s’entendre. Et en toile fond, il y a aussi la vie compliquée de l’Afrique. L’aborder me semblait important car dans beaucoup de pays africains, le danger est permanent.
S.D. : Nous ne voulions pas faire un film politique mais il y a malheureusement sur ce continent une instabilité très forte qui apparaît forcément dans notre histoire. Nous faisons de la fiction, mais le fond est vrai. Nous sommes partis d’un élément qui m’a beaucoup marquée au Sénégal et au Burkina Faso : l’achat des terres par les Chinois. De nombreux paysans sont forcés de céder leur terrain. C’est une problématique dont on parle peu, qui entraîne de graves conflits et que nous voulions mettre en lumière.

Vous portez tous les deux un attachement particulier à l’Afrique…
D.B. :
C’est un continent aussi compliqué que passionnant qui m’a toujours attiré. J’ai d’abord fait un documentaire dans la forêt primaire gabonaise. Il y a quelques années, on m’a proposé de donner des cours de réalisation à l’ISIS, l’institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou, sorte de Fémis locale. J’y allais partager avec bonheur et j’ai rencontré des étudiants formidables, l’un d’eux vient d’ailleurs de faire son premier long métrage ! De plus, mon ami chef décorateur, Bertrand L’Herminier, m’a fait découvrir Saint-Louis où il a tourné il y a 25 ans Les caprices d’un fleuve. Notre film lui doit beaucoup car il a créé le dispensaire de Colombine dans le village où nous étions.
S. D. : Pour ma part, il s’agit un peu d’un hasard de la vie. J’ai été amenée à réécrire le scénario d’un film d’Olivier Langlois sur des clandestins africains qui se passait à Saint-Louis-du-Sénégal. Je me suis alors intéressée plus précisément à l’histoire de ce continent. Par la suite, avec Olivier, j’ai écrit le film Les pirogues des hautes terres qui revient sur la grève des cheminots dans l’Afrique de l’Ouest en 1947 et qui s’est tourné à Thiès. Pour Colombine, le décor idéal était la région de Saint-Louis, ses villages au bord du fleuve, ses paysages magnifiques. En 10 ans, l’industrie audiovisuelle s’est beaucoup professionnalisée au Sénégal et les équipes sont très qualifiées. J’ai retrouvé avec plaisir des techniciens du précédent tournage.

Quel souvenir gardez-vous du tournage ?
D.B. :
La chaleur, le rythme, les pannes à répétition des véhicules… Tourner en Afrique est un passionnant casse-tête ! Mais le film ne pouvait se faire que là-bas. L’esthétique du village, le fleuve, les figurants… une vraie vie africaine transparaît et j’y tenais. Même la chaleur se lit à l’image. Mon expérience, mon amour et ma connaissance de l’Afrique m’ont été utiles pour tenir les délais. Il fallait constamment s’adapter, c’est aussi ce qui est génial dans nos métiers. Et j’ai adoré mon équipe d’acteurs. Comme disait Claude Chabrol : «80% de la réussite du film, c’est le choix des comédiens». Par exemple, Issaka Sawadogo est une star en Afrique francophone. Avec ses cachets, il finance une école et très modestement, j’y contribue. Il se bat aussi pour construire l’Afrique de demain. Je remercie TF1 car j’ai eu une grande liberté dans le choix du casting, mais aussi des décors et de mon équipe technique haut de gamme.
S.D. : Ce film raconte l’histoire d’une bonne sœur pas comme les autres dans un dispensaire africain, il ne pouvait pas se tourner ailleurs. L’Afrique est un mélange de beauté absolue, de jeunesse, d’énergie, mais aussi de violence et de drames terribles. Cela fait une arène d’autant plus vraie pour Colombine. Il y a beaucoup d’histoires à raconter là-bas. Au final, nous sommes vraiment heureux d’avoir fait ce film dans un pays sublime et très inspirant.

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