Le rugby argentin explose aussi en économie 

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Lavanini essai Argentine Georgie
Par Loris BELIN|Ecrit pour TF1|2015-10-25T14:45:11.678Z, mis à jour 2015-10-25T16:01:43.578Z

Le rugby argentin est en plein boom aussi bien sur le terrain qu’en coulisses. L’économie autour du ballon ovale en Amérique du Sud est en pleine ébullition.

Une deuxième demi-finale mondiale (et peut-être mieux), une franchise dans le Super Rugby … que demander de mieux pour l’Argentine ? Les Pumas font des émules et tirent le rugby vers le haut dans une nation connue surtout pour son équipe de football. Le ballon ovale n’est pas seulement une fierté pour ses supporters, il devient aussi rentable et attractif pour les sponsors. 


« Le rugby n’a jamais été champion de monde mais il a trop de sponsors. » 

« L’explosion a commencé avec l’intégration au Championship en 2012. » annonce Carlos Rosario Araujo, président de la fédération argentine de rugby (UAR) dans un article paru sur le site clarin.com. Il y a un peu moins de quatre ans, les argentins rejoignent le fameux Tri-Nations et affrontent tous les ans les grandes nations de l’Hémisphère Sud. Une manière idéale de faire progresser ses joueurs mais aussi une magnifique vitrine publicitaire quand on joue les Blacks, l’Afrique du Sud et l’Australie au moins deux fois par an. L'UAR compte quinze sponsors à ce jour, un chiffre que la fédération espère bien augmenter très prochainement. « Nous sommes optimistes pour les échéances à partir de l’année prochaine, nous jouerons trente matchs par an en comptant la sélection et la franchise. »

L’arrivée de l’équipe des Jaguars de Buenos Aires dans le championnat de clubs de l’Hémisphère Sud devrait booster les audiences et avec elles les retombées. Entre la sélection nationale et la franchise, la fédération table sur un public global de près de 70 millions de personnes. « Le football est peut-être plus spectaculaire mais n’a aucune équipe argentine qui puisse assurer 30 matchs d’exposition à une entreprise. La quantité de spectateurs donne de la puissance à cette exposition. » L’image très positive de joueurs argentins excellents sur le terrain et fiers de leur maillot aide à attirer les partenaires. En 2016, le budget de l'UAR devrait passer de 100 à 250 millions de pesos soit près de 24 millions d’euros pour les sponsors et la billetterie, sans compter les revenus exceptionnels liés à la Coupe du monde (entre 6 et 7 millions de pesos, environ 620.000€) et les premières retombés des droits télés des jaguars (entre 5 et 6 millions de pesos, environ 500.000€). 


Un modèle différent

Un budget encore loin des plus grosses nations du rugby mondial, dix fois moins que l’Angleterre qui organise sa Coupe du monde, cinq fois moins que la France ou même trois fois moins que l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Une des principales raisons de cet écart tient aussi des moyens de financement de la fédération, qui ne compte pas sur l’état argentin pour vivre. Le Conseil national du Sport de Haut Niveau n’a par exemple alloué qu’environ 400.000 pesos par mois (38.000€ par mois, soit un peu plus de 450.000€ par an) à la grosse trentaine d’employés chargés à la préparation des équipes de rugby à 7 pour les Jeux panaméricains de 2015 et Olympiques de 2016. En comparaison, la fédération française a reçu depuis trois ans 70 millions d’euros d’aides pour le développement de ses joueurs. 

Alors, il faut compter sur les sponsors privés et pour cela il faut plaire. La chaîne de télévision ESPN serait le partenaire le plus important, tandis que Nike, sponsor maillot a resigné jusqu’en 2019 (pour un montant six fois inférieur à ce qu’Adidas donne pour la sélection argentine de football). La fédération argentine se doit de capitaliser sur le succès de son équipe nationale pour grandir. C’est aussi dans ce but qu’elle contraint les joueurs argentins à revenir au bercail pour jouer avec les Jaguars, sous peine de ne plus être appelé en sélection. Si certains joueurs ont accepté comme Juan Martin Hernandez, d’autres comme Juan Imhoff sont encore sous contrat avec des équipes européennes et se retrouvent coincés. « C’est une nécessité pour protéger le marché des joueurs argentins » ajoute Agustín Pichot, ancienne gloire de l’équipe argentine et aujourd’hui membre de la fédération. Les joueurs s’engagent avec l'UAR et plus avec les clubs, souvent pour des salaires moindres que ce qu’ils pouvaient toucher en Europe. 


Le rugby bientôt deuxième sport en Argentine 

Une stratégie à court et à moyen terme pour la fédération : améliorer la qualité de jeu grâce aux anciennes gloires aidant les jeunes pousses à se développer et permettre au public de s’identifier à ses nouveaux héros nationaux. L’objectif d’attirer toujours plus de pratiquants est clair. « Le rugby a une haute intégration sociale et un public populaire. Les sponsors se battent pour cette clientèle et être avec l'UAR. » L’ovalie est désormais proche de dépasser le basket-ball comme deuxième sport le plus pratiqué en Argentine (130.000 licenciés basket contre 120.000 rugby). Le bon parcours de la sélection devrait accélérer cette montée en puissance de ce sport, d’autant plus si les argentins atteignent la finale. Le magazine sportif Olé, référence du genre dans le pays, a ainsi fait sa Une cette semaine sur la victoire en quart de finale contre l’Irlande alors qu’il traite quasi exclusivement de football en temps normal. La révolution est en marche à tous les étages et devrait rapporter gros.