Lièvremont : "J'assume tout"

Lièvremont : "J'assume tout"
Pour sa dernière conférence de presse ce lundi, Marc Lièvremont a tiré le bilan du Mondial et de ses quatre ans à la tête des Bleus. Le sélectionneur s'est livré avec émotion et sincérité, n'attendant pas forcément les questions des journalistes. Il avait des choses à dire. Une dernière fois.

. Le dernier rendez-vous avec la presse


"Je n'étais pas obligé de venir puisque mes obligations ont pris fin hier (dimanche, ndlr). J'ai eu peur que vous me manquiez et je voulais profiter de ces moments... C'est la semaine des dernières. Même si on avait gagné, ça aurait été ma dernière conférence de presse et je peux vous assurer que vous n'allez pas beaucoup m'entendre et me voir dans les jours à venir. Je vais vous laisser le soin, à vous et aux nombreux consultants qui donnent leur avis sur mon équipe, d'expliquer comment cette équipe minable a réussi à faire trembler les All Blacks sur leurs terres pendant 80 minutes. S'il y avait une seule bonne raison de venir devant vous, c'était aussi pour remercier mon staff. Je voudrais vraiment leur dire merci pour leur solidarité, leur amitié et leurs compétences. On en a pris plein la figure pendant quatre ans, à l'image de ces quatre derniers mois ensemble, de cette promenade sur le Mont Eden, de cette Marseillaise chantée à tue-tête, de rugby à toucher au Mont Eden aussi... On est passé assez près du paradis finalement."


. "Un match d'anthologie"


"Toute la semaine, j'ai pensé à un échange que j'ai eu avec Fabien Pelous le soir de la demi-finale. Je disais sans cesse que, dans toutes les générations du rugby français, l'équipe de France a réalisé un match d'anthologie en Coupe du monde. Et je ne voulais pas penser que le quart de finale en était un. Je me suis accroché à ça toute la semaine et les joueurs l'ont sorti au meilleur moment. C'est très difficile de comparer les générations et les exploits mais peut-être que leur performance est la plus belle de tous les temps, si ce n'est qu'ils ont perdu. C'est difficile de se battre contre toute un peuple. Les All Blacks méritent leur victoire pour tout ce qu'ils ont fait depuis 24 ans mais il restera à nos joueurs l'immense fierté d'avoir fait douter les meilleurs joueurs du monde pendant 80 minutes."


. Les "sales gosses"


"Il faut que sachiez que j'appelle mes propres enfants de cette façon. Dans ma famille, quand je vois mes frères et ma soeur, je leur demande : "Comment vont tes sales gosses ?" Evidemment, c'était affectueux, même si le timing n'était pas forcément idéal. J'assume, comme j'assume tout le reste depuis quatre ans. Mais c'est bien ce qu'ont fait les joueurs : ils se sont responsabilisés. Je crois même qu'ils m'ont fait la gueule cette semaine... C'est pour ça que je n'ai pas voulu remettre les maillots. Il y a quelque chose de symbolique dans ce geste, cela requiert de l'estime et de la confiance. J'ai pensé, peut-être à tort, que cette relation était abîmée. Et j'ai été particulièrement touché par les marques d'affection des uns et des autres, même si je sais depuis longtemps qu'on n'entraîne pas pour avoir de l'affection et de la gratitude en retour, parce qu'on fait des choix et que ce n'est pas toujours compris. Mais il faut assumer. J'ai toujours eu de l'affection et du respect pour mes joueurs. J'espère que, les semaines passant, la totalité du groupe gardera du respect pour moi."


. L'auto-gestion


"J'ai entendu parler d'auto-gestion.. Loin de moi l'envie de m'attribuer la paternité de ce résultat, d'autant que nous avons perdu. Mais je me souviens de la Coupe du monde 1999 et du Stade français en 2000, parce que j'ai vécu ces situations. A chaque fois, on a parlé d'auto-gestion et à chaque fois, il y a simplement eu quinze hommes en colère, qui s'étaient pris en mains et responsabilisés, accompagnés par leur staff. Ça a encore été le cas cette fois-ci et j'en suis très heureux pour eux. Ce sont très certainement les semaines les plus dramatiques qui resteront les meilleures. Je pense à la semaine en Italie et à celle contre le pays de Galles il y a quelques mois. Et, de manière plus forte encore, à celle entre les Tonga et l'Angleterre. Ces quatre ans, d'une manière générale, ont été très forts."


. Aucun regret


"A aucun moment, je n'ai regretté d'avoir accepté ce poste. Aujourd'hui moins que jamais. Je sais aussi que le temps aidant et la mémoire étant sélective, je garderai le meilleur de cette expérience. Je suis déjà assez ému de ce que j'ai vécu pendant ces quatre ans. Je ne crois pas être un autre homme aujourd'hui, je pense être resté le même. J'ai certainement appris des choses sur moi, sur les autres. Mais être sélectionneur équipe de France pendant quatre ans, ce n'est pas un aboutissement. C'était une jolie parenthèse. Il est temps de passer à autre chose."


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