Parra : "On s'est dit certaines choses"

Parra : "On s'est dit certaines choses"
Titularisé contre le Canada dimanche, le demi de mêlée clermontois Morgan Parra espère que les réunions tenues en début de semaine auront porté leurs fruits, et permettront aux Bleus de prendre à nouveau du plaisir sur le terrain. Afin de bouleverser collectivement la supposée hiérarchie...

Après la copie décevante rendue samedi dernier, dans quel état d'esprit se situe l'équipe appelée à affronter le Canada ?


Morgan PARRA : Il est à peu près le même que celui dans lequel a été abordée la rencontre de Dublin, avec beaucoup d'enthousiasme, et l'idée de se faire plaisir collectivement.


Comment ?


M.P. : D'abord en nous montrant appliqués lors de nos entraînements, et cela même si le climat ne nous facilite pas les choses. Les mauvaises conditions nous obligent à des séances très courtes. Pour cela, nous devons montrer davantage d'application. Et puis, mieux vaut se préparer sous la pluie et le vent et jouer par beau temps, que l'inverse...


Comment expliquer les flottements aperçus samedi dernier ?


M.P. : Il y a eu des erreurs individuelles comme collectives. Nous avons peut-être pris ce match à la légère sur certains aspects. Par moments, nous avons voulu jouer au ballon sans nous montrer vraiment lucides.


Après les critiques individuelles émises par Marc Lièvremont, Dimitri Yachvili déplorait le fait que dans le rugby français, les postes de la charnière constituent trop souvent des boucs émissaires...


M.P. : C'est vrai, c'est souvent ce qui arrive en France. Mais l'inverse est aussi vrai. Quand tout va bien, on nous encense. J'ai connu la même situation que Dimitri, c'est une forme de coutume française. Lorsque les moments sont durs, les demis sont les premiers à être détruits.


Le match de dimanche contre le Canada sera celui de votre retour en tant que titulaire. Le voyez-vous comme une dernière chance de démarrer la rencontre face aux Blacks ?


M.P. : Déjà, avant le match de Dublin, j'avais répété que mon objectif n'était pas de gagner ma place individuellement, ni de jouer ma carte personnelle. Mon discours n'a pas changé depuis. En rugby, c'est toujours le collectif qui prime. La plupart des joueurs titularisés dimanche étaient remplaçants ou dans les tribunes face au Japon, et en ont été frustrés. La chance nous est offerte de réaliser un gros match face aux Canadiens, qu'il ne faut pas galvauder.


Pour obtenir une place de titulaire...


M.P. : Je cherche à être le numéro un à mon poste, bien sûr. Qui ne le cherche pas ? En Coupe du monde, tu ne peux pas venir en te considérant seulement content d'être là. C'est impossible. J'espère être le numéro un, et Dimitri Yachvili aussi. Avec lui, la concurrence est saine. On peut tout à fait communiquer, échanger, partager. Sur les deux premiers matchs, chacun aura eu sa chance.


On a le sentiment qu'après ce match face au Japon, le XV de France se cherche des raisons de positiver coûte que coûte. Alors que l'équilibre semble fragile...


M.P. : Nous nous sommes dit certaines choses. Nous avons eu des réunions entre joueurs, également entre le staff et les joueurs. Depuis, nous nous sommes attachés à préparer au mieux la rencontre à venir.


Avez-vous conscience d'avoir marqué des points par votre entrée à l'ouverture contre le Japon ?


M.P. : J'ai vite tourné la page de ce match. Quand tu disputes une Coupe du monde, tu ne peux pas te permettre de t'endormir. Je suis entré en jeu dans un moment compliqué, j'ai essayé d'apporter un peu d'enthousiasme en jouant comme je sais le faire. J'ai évolué à l'ouverture, cela m'a rappelé de bons souvenirs, mais mon poste, c'est demi de mêlée. C'est avec le numéro 9 que je joue en club, et c'est à ce poste que je veux évoluer en équipe de France.


Pourtant, vous avez travaillé à l'ouverture cette semaine...


M.P. : J'ai travaillé en 10 à ma demande parce que je ne voulais pas, comme contre le Japon, passer en cours de match à l'ouverture sans y être préparé. Si j'étais passé à côté sur un lancement et que nous avions perdu, cela aurait été terrible. Je veux me sentir bien dans mes baskets en cas de changement de poste. Mais, je le répète, je ne veux pas être considéré comme un polyvalent. Quand tu couvres deux postes, tu es le remplaçant idéal. Or, mon objectif est d'être bon sur un seul poste, demi de mêlée. Je suis un numéro 9 qui peut éventuellement dépanner à l'ouverture, en aucun cas un polyvalent.


France-Canada coïncidera avec votre 16e association avec François Trinh-Duc. Au moins un atout, au sein d'une équipe qui n'a de cesse d'être remaniée.


M.P. : Il est certain qu'à force d'évoluer ensemble, nous avons appris à nous connaître. François est quelqu'un que j'apprécie en dehors du terrain, et avec qui certains automatismes se trouvent plus naturellement qu'avec un autre ouvreur.


Vous insistez beaucoup sur la notion de plaisir. Mais cette envie n'est-elle pas en décalage avec ce que Marc Lièvremont attend de vous, à savoir d'abord du sérieux ?


M.P. : Je ferai en fonction de ce qui me semblera bon. Sur un terrain, je joue pour gagner, mais également pour prendre du plaisir au sein d'un collectif. Contre le Japon, l'équipe a fonctionné par à-coups. Les avants et les trois-quarts ont réalisé des choses intéressantes, mais pas forcément ensemble. Or, on ne peut réaliser de bonnes prestations individuelles que si le collectif tourne correctement.


Justement : ne craignez-vous pas qu'avec onze changements par rapport à la semaine dernière, l'équipe n'ait quelques difficultés à mettre son jeu en place ? Ce pourquoi la charnière ne manquerait pas d'être encore critiquée...


M.P. : Chacun son boulot. Moi, je ne suis que joueur, et je n'ai aucun souci à ce sujet. Quand on évolue à un poste de la charnière, on a plus de responsabilité que les autres parce que l'on dirige le jeu. Cela peut occasionner un stress supplémentaire, avec lequel je ne veux pas me polluer. Je vais essayer de ne pas me poser ce genre de questions et de me régaler sur le terrain.


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