Avec Blanc, les Bleus avaient changé

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Oui, les Bleus ont changé
Par Maxime DUPUIS, envoyé spécial à Kiev|Ecrit pour TF1|2012-06-30T09:05:43.000Z, mis à jour 2012-06-30T19:38:05.000Z

Nous avons passé au peigne fin toutes les stats-clefs du jeu des Bleus. Laurent Blanc s'en va, mais il aura transformé le jeu de l’équipe.

BLANC A IMPOSE SA PATTE

Même si Laurent Blanc a pris la décision de s'en aller, il est indéniable que le sélectionneur national a changé quelque chose sur le terrain. Arrivé à la tête de l'équipe de France avec une philosophie et des idées précises quant au football à développer, Blanc a mis sa théorie en pratique. Pour un résultat acceptable. Pour la première fois depuis six ans, la France a passé le premier tour d'une compétition majeure et, dans les grandes lignes, évolué de la manière dont le sélectionneur le souhaitait. Nous avons passé au scanner tous les chiffres-clef du jeu des Bleus en phase finale entre 2006 et 2012.

Lors des trois campagnes de Raymond Domenech, jamais l'équipe de France n'avait autant contrôlé le ballon que la formation de Laurent Blanc : 53,8% de possession moyenne pendant l'Euro, et ceci malgré un match face à l'Espagne, reine de la confiscation du cuir. En 2006, les Bleus avaient atteint la finale de la Coupe du monde en laissant le ballon à leurs adversaires (48,9% de possession). Equipe de contres qui avait commencé par improviser et s'était découverte au fur et à mesure de la compétition, la France jouait sur les qualités de vitesse de Ribéry, Henry ou Malouda quand la version 2012 a préféré s'installer dans le camp adverse et y préparer ses actions.

Lors des quatre matches disputés en Ukraine, les Bleus ont réalisé en moyenne 301 passes dans la partie de terrain de son adversaire avec un taux de réussite élevé : 81,6%. En 2006, Zidane et ses coéquipiers tournaient à 244 et 77%. L'autre évolution logique concerne le nombre de centres réalisés. Dix-sept par match lors du Mondial 2006, 23 à l'Euro 2008, 13,8 en 2012. Rien d'anormal alors que Blanc a toujours préconisé le jeu dans les petits espaces. Ajoutez à cela que les Bleus n'ont pas évolué avec un 9 collé dans la surface. Autre conséquence découlant des options retenues par Blanc, les dribbles tentés par match n'ont jamais été aussi rares : 19 contre plus de 22 en 2010, 24 en 2008 et 20 en 2006.

TOUT AUSSI APPLIQUÉS, MOINS DÉCISIFS

Pour gagner un match, il faut marquer un but de plus que l'adversaire. On ne pourra pas reprocher aux Bleus de ne pas avoir essayé, que ce soit face à l'Angleterre, l'Ukraine, la Suède ou l'Espagne. Durant ces quatre matches, la France a frappé 65 fois, soit 16,3 fois par match. Mis à part en Suisse en 2008 (16,7 frappes), les Bleus ne s'étaient plus montrés aussi généreux dans cet exercice. A noter qu'en 2006, sur la route de la finale mondiale, Thierry Henry et ses partenaires tiraient 13,1 fois par match. Pour 1,3 but de moyenne, contre 0,3 en 2008 et 2010 ou 0,8 cette année. Précision et réalisme étaient l'apanage de cette formation, qui avait cadré près de la moitié de ses frappes durant ses sept matches mondiaux (48,5%).

A l'Euro 2012, les Bleus se sont également appliqués (47,8% de tirs cadrés). Score plus qu'honorable mais peu récompensé en buts (3). La faute à un élément que ne révèlent pas les chiffres : la position moyenne des frappeurs français a été plus éloignée qu'à l'accoutumée. Karim Benzema symbolisant cet état de fait. Avant 2010, l'équipe de France avait toujours possédé dans ses rangs un joueur ne rechignant pas à aller dans la surface. Même s'il reculait parfois et aimait partir de loin, Thierry Henry n'a jamais déserté les 16,50 mètres comme l'ont fait ses successeurs.

UNE PERTE DE PUISSANCE ET D’EFFICACITÉ DÉFENSIVE

Durant le mois de juin, de Donetsk à Kiev, l'impact français a été incarné par Alou Diarra, déménageur du milieu de terrain durant les trois premiers matches de l'Euro. Pour le reste, la France a souvent manqué de puissance. En changeant les us et coutumes du jeu français et en tentant de balayer l'héritage de 1998 pour aller vers le modèle espagnol, Laurent Blanc avait conscience que la donne changerait à ce niveau-là. Les chiffres ne le démentent pas. Quand il fallu défendre, la France a perdu plus de duels qu'elle n'en a gagné (46,2% de batailles remportées). Un plus bas historique sur les quatre dernières campagnes. Gagner des duels ne fait cependant pas toujours gagner des matches, la preuve en 2010 où les Bleus avait remporté un tout petit peu plus d'un duel sur deux.

En revanche, on remporte des victoires quand on est efficace défensivement. Dans ce secteur, le quatuor bleu de 2012 est passé à côté, à l'image de la charnière Rami - Mexès. Hugo Lloris, peu sollicité lors des deux premiers matches puis impeccable face à la Suède ou l'Espagne, n'a rien pu faire de plus pour éviter le naufrage final. S'il n'a que peu subi de tirs cadrés (2,8 par rencontre), il n'a stoppé que 54,5% des tentatives adverses. En 2006, Fabien Barthez était un peu moins mis à l'épreuve (2 fois par match) mais, profitant du travail de ses défenseurs qui chahutaient les attaquants adverses, se retrouvait plus souvent en position de force que Lloris, souvent livré à lui-même. A l'arrivée, ça fait toute la différence.