Qui c'est le patron ?

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Qui c'est le patron ?
Par Maxime DUPUIS (Envoyé spécial à Donetsk)|Ecrit pour TF1|2012-06-22T23:04:45.000Z, mis à jour 2012-06-23T16:06:02.000Z

Porteur du brassard, Hugo Lloris est un capitaine effacé d'une équipe de France qui souffre cruellement de leaders vocaux.

Tous les quatre jours, ça recommence. Même rituel. Hugo Lloris prend place à la gauche de Laurent Blanc. Et attend. Attend. Et attend encore. Convié aux conférences de presse d'avant-match, le capitaine de l'équipe de France n'est guère sollicité plus de trois fois. Quatre dans les grands jours. Et quand il finit par l'être, le Lyonnais répond, sourcils froncés, discours convenu. Difficile de lui reprocher, c'est dans sa nature profonde. Hugo Lloris est un personnage discret, un taiseux qui parle avant tout avec ses mains sur un terrain.

Cette attitude et ce caractère sont-ils compatibles avec le rôle d'un capitaine ? Si l'on devait construire une typologie des porteurs de brassard, il est certain qu'Hugo Lloris aurait une place à part, à côté de l'aboyeur, tel que l'était Deschamps, du leader technique dont l'aura s'impose d'elle-même, Zidane, ou d'un mix idéal entre les deux, comme Platini. Lloris, nommé capitaine au long cours par Laurent Blanc en février dernier, à la veille d'Allemagne - France, ressemble avant tout à un choix par défaut dont il ne porte pas l'entière responsabilité.

"On fait avec les joueurs que l'on a"

A son arrivée à la tête de l'équipe de France, Laurent Blanc ne souhaitait pas donner le brassard à un gardien de but, trop loin du jeu selon lui. Il l'a confié à Philippe Mexès pour sa première sortie, avant de faire d'Alou Diarra son favori. Les performances du Marseillais n'étant pas suffisantes pour l'installer dans le onze de départ, le sélectionneur a tâtonné, essayé de convaincre Eric Abidal avant de se retourner vers Hugo Lloris, dont le principal atout était d'être inamovible sur le terrain. Essentiel. Mais ça ne fait pas un bon capitaine.

Mardi face à la Suède (0-2), on l'a vu parler avec ses défenseurs, Philippe Mexès en tête. On l'a vu râler également sur l'un des nombreux sauvetages qu'il a dû réaliser. Et puis ? Pas grand chose. Hugo Lloris n'est pas du genre à taper du poing sur la table. Ni pendant, ni après, mis à part une fois avec l'OL du côté de Nice. Et encore moins avant. "Il n'y a qu'un discours avant les matches, c'est celui du sélectionneur", assume-t-il, bon soldat alors que l'on aimerait avoir un général. "Il fait très bien son rôle de capitaine, juge Alain Boghossian, entraîneur adjoint de l'équipe de France. Mais il est très loin sur le terrain. Il faut que ce soit naturel, quand on essaye de jouer un rôle, ce n'est pas jamais bon. Quand il y a altercations entre eux, ils se disent les choses. Il ne faut pas croire que ce sont tous des Bernardo. Ils échangent."

Il fut un temps, l'équipe de France possédait plus qu'un capitaine. Il y avait Didier Deschamps mais Laurent Blanc ou Marcel Desailly pour ne citer qu'eux faisaient preuve d'une autorité suffisante pour donner leur point de vue et mettre les choses au point si besoin. Une grosse décennie plus tard, l'équipe de France souffre de ce manque de tauliers même si Alou Diarra reste probablement dans l'esprit du sélectionneur celui qui s'en rapproche le plus. "On ne peut pas claquer dans les doigts et décider de trouver un leader. Ou il vient naturellement, ou il ne vient pas, explique Boghossian. Au bout d'un moment, on fait avec les joueurs que l'on a. On n'a pas de leader de terrain qui se détache. On fait avec. Le problème ne va pas se résoudre d'ici samedi." Philippe Mexès ou Karim Benzema auraient pu être l'un de ceux-là mais leurs performances ballon au pied ne leur donnent pas cette possibilité. Le navire vogue donc avec onze matelots. C'est quand le vent se lève que cela pose problème.