Cabaye, le patient anglais

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Cabaye, le patient anglais
Par Gil BAUDU, à Clairefontaine|Ecrit pour TF1|2012-05-22T22:37:45.000Z, mis à jour 2012-05-23T18:17:33.000Z

Un an après son arrivée à Newcastle, Yohan Cabaye estime avoir grandi au contact de la Premier League. Il le ressent aussi chez les Bleus.

Du haut de ses 26 ans et de ses neuf sélections, il passerait presque pour un cadre. Yohan Cabaye n'en est pas tout à fait un. Mais en sélection comme en club, il s'impose. Avec tact. Sur la pointe de pieds. C'est dans sa nature : l'ancien Lillois n'est pas un extraverti. Ou alors, il cache rudement bien son jeu. Quand Cabaye parle, c'est toujours d'une voix posée, calme, sans pics de décibels. Pour l'entendre, il faut parfois tendre attentivement l'oreille. Mais son discours trahit un caractère plus affirmé qu'il n'en a l'air.

Depuis un an, depuis qu'il a traversé la Manche pour rallier Newcastle, Cabaye n'est plus tout à fait le même. Le regard porté sur lui a bien changé. Y compris à Clairefontaine, le fief des Bleus, qu'il fréquente pourtant assidument sous l'ère Laurent Blanc. "Sans manquer de respect à Lille, quand j'arrivais ici, j'étais le joueur du Losc, reconnaît le Magpie. Même si on a gagné le championnat, pour certains joueurs, ça restait Lille. Alors oui, le fait de réussir en Angleterre, d'y marquer des buts, ça montre autre chose à ceux qui jouent dans de très grands clubs." Et "peut-être aussi" au staff tricolore, "car cette saison j'ai plus débuté les matches qu'auparavant".

Paris risqué mais gagnant

Quand l'été dernier, Cabaye a quitté le champion de France pour Newcastle, les sceptiques n'ont pas manqué de répandre leur venin. Pour les plus persifleurs, Saint James Park n'avait rien de la scène éclairée susceptible de le maintenir en pleine lumière. C'était écrit : Blanc oublierait forcément un joueur qui a pris "le pari risqué" de s'exiler dans le Nord de l'Angleterre. "Moi, je n'ai jamais douté de mon choix. C'était le terrain qui allait décider si j'allais pouvoir venir à l'Euro." Trente-quatre matches de Premier League et autant de titularisations plus tard, Cabaye a fait taire les mauvaises langues. Et aux yeux d'un sélectionneur en quête de certitudes "au cœur du jeu", sa justesse technique est toujours aussi précieuse. Mieux, sa saison dans "le meilleur championnat du monde" l'a également fait grandir. "Je m'y suis adapté assez rapidement et ça m'a mis en confiance. Ça m'a surtout donné l'expérience des gros matches, devant 60.000 personnes."

Mais c'est surtout physiquement qu'il a senti une nette différence. "Sur le terrain, je savais qu'il fallait être à bloc dès le début. Lors du premier match, on a reçu Arsenal et le temps n'était pas affiché, se remémore-t-il. On courait, on n'avait pas beaucoup le ballon et je me demandais quand il allait siffler la mi-temps. Le ballon ne sortait jamais, dès qu'il sortait il revenait immédiatement. J'ai vu dès le lendemain mes stats : c'était le double de ce que je pouvais faire en France dans les courses, la haute intensité et les sprints. C'est là où je me suis dit c'est autre chose." Pour "garder ce niveau de forme physique et passer l'hiver, très dur là-bas", il a donc "beaucoup travaillé individuellement".

Aujourd'hui, Cabaye s'épanouit en Angleterre. Il le doit à ses performances balle au pied. Mais pas seulement : en franchissant la barrière d'une langue dans laquelle il cherche encore ses mots, il a découvert "une autre mentalité". "Elle me rappelle celle des gens du Nord." Cabaye et les siens ne sont pas dépaysés. Même si désormais, plus de 700 kilomètres les séparent de Lille.