Del Bosque, un héros si discret

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Del Bosque, un héros si discret
Par Vincent BREGEVIN|Ecrit pour TF1|2012-07-02T21:47:25.000Z, mis à jour 2012-07-04T18:49:39.000Z

Champion d'Europe avec l'Espagne, Vicente Del Bosque s'est forgé un palmarès unique au monde. Avec cette discrétion qui le caractérise.

Vicente Del Bosque est un homme d'exception. Dimanche soir, après la victoire éclatante de l'Espagne sur l'Italie (4-0) en finale de l'Euro 2012, le sélectionneur espagnol est apparu égal à lui-même en conférence de presse. Visage impassible, calme olympien, discours invariablement humble et respectueux, sans un mot plus haut que l'autre. Un héros très discret, mais un héros quand même. Celui qui a guidé l'Espagne vers ce fabuleux triplé, initié par son prédécesseur Luis Aragones, champion d'Europe en 2008. Del Bosque a assuré cette transition glorieuse qui a installé la Roja au panthéon du football mondial. Avec cette personnalité unique qui symbolise si bien les valeurs de l'équipe espagnole.

Del Bosque n'est pas le genre d'homme à faire parler son palmarès. Même si son palmarès parle pour lui. Avec ce titre de champion d'Europe, il a rejoint Helmut Schön dans la légende du football international. L'Espagnol a fait aussi bien que l'Allemand, sacré champion d'Europe en 1972 puis champion du monde en 1974. Mais il restera à jamais le premier à réussir ce doublé après avoir déjà gagné la Ligue des champions en club (2000 et 2002). Si l'on ajoute à cela la Coupe intercontinentale (2002), la Supercoupe de l'UEFA (2002) et la Liga (2001, 2003), cela donne un CV unique au monde. A 61 ans, il a soulevé tous les trophées dont un entraîneur peut rêver. Sa légitimité est évidente, autant que son désir de ne pas l'évoquer. Au moment de parler de la réussite de son équipe, Del Bosque ne vante que les mérites de ses joueurs et son prédécesseur. "Nous avons tout simplement une génération exceptionnelle, avançait-il dimanche soir après la rencontre. Ils pratiquent un football qu'ils connaissent par coeur. En menant l'équipe à la victoire en 2008, Luis Aragonés nous a montré le chemin. Il n'y avait plus qu'à continuer."

La voie n'était pas si royale que ça. En fait, cet Euro n'a pas été un fleuve aussi tranquille que la démonstration face à l'Italie pourrait le laisser croire pour l'Espagne et Del Bosque. La Roja a été critiquée pour ce style de jeu qui fait pourtant sa force depuis quatre ans, fait de possession du ballon et de redoublement de passes jusqu'à l'estocade. Une patience poussée à son paroxysme qui lui a valu le surnom de "Boring Spain". Le sélectionneur espagnol s'est notamment vu reprocher le fait de ne pas aligner d'attaquant de pointe de métier dans son équipe. Il n'a pas changé son fusil d'épaule pour satisfaire l'opinion publique, persistant dans son idée de faire jouer Cesc Fabregas en "faux numéro neuf". L'issue de cet Euro lui a donné raison. Mais il ne prendra jamais cette réussite comme une revanche personnelle contre la presse. "Il n'y a pas qu'une seule façon de jouer au football", expliquait-il dimanche soir. "Ce qui compte le plus c'est de marquer des buts. Mes joueurs sont très intelligents et nous avons une équipe très équilibrée, qui joue en toute sécurité. Bien sûr que nous avons des attaquants mais nous avons décidé d'aligner des joueurs qui correspondent plus à notre style jeu".

"On ne pense pas qu'au Brésil, mais aussi à après..."

Ce style, c'est peut-être lui qui l'incarne le mieux. Par sa personnalité, son attitude, il a été le garant de cette unité parfois remise en question au sein d'une sélection espagnole qui devait faire cohabiter des joueurs du Barça et du Real. Pas parce que Del Bosque a gagné les titres les plus prestigieux et que cela force le respect. Surtout parce qu'il a su garder ces valeurs qui le rapprochent du commun de mortels, alors que son palmarès pourrait justement l'en distinguer. "Institutionnellement, Del Bosque est un technicien impeccable, que ce soit avec Madrid ou avec l'Espagne, au Bernabeu ou au Camp Nou, avec les journalistes de Madrid ou de Barcelone, avec les supporters de Séville, ou ceux de Bilbao. Il n'a jamais été sectaire, il a toujours tout dit, pour le meilleur ou pour le pire, et il n'a jamais réclamé des droits d'auteur, parce qu'il ne se sent pas dépositaire de quoi que ce soit. Il participe à tout. Mettre en avant sa légende personnelle permet de rappeler les valeurs déclinantes, comme le respect et le sens commun. Mais l'éloge de son talent, dans tous les cas, ne doit pas être un recours pour éviter de parler de son travail, ou pour oublier qu'il est un maître parmi les entraîneurs", résume le chroniqueur Ramon Besa dans les colonnes d'El Pais.

Dimanche soir, Del Bosque semblait d'ailleurs davantage concerné par ses objectifs futurs que par la saveur du moment présent. Le sélectionneur espagnol avait prolongé son contrat jusqu'en 2014, année de la prochaine Coupe du monde. Son regard est d'ores et déjà tourné vers le Brésil. Mais quand il évoque l'avenir, l'ancien coach du Real Madrid ne parle pas de titre. On sent plutôt la volonté d'un homme de rester fidèle au style de jeu de son équipe et à ses valeurs. Surtout à cette philosophie qui a placé l'Espagne sur le toit du monde du football. Et qui doit lui permettre d'y rester. "Désormais nous devons regarder vers le futur. D'autres challenges nous attendent: les qualifications au Mondial 2014, la Coupe des Confédérations, où nous devrons bien représenter l'Europe. Il faudra tenir compte de nos joueurs, de ceux qui pourraient prendre leur retraite, mais pour moi, le chemin que nous voulons suivre est clair. On ne pense pas qu'au Brésil, mais aussi à après...", insistait-il quelques minutes seulement après le coup de sifflet final du match face à l'Italie. Del Bosque sait où il va, et il y va avec sérénité. Un peu comme cette équipe d'Espagne que rien ne semble pouvoir arrêter.