"La dernière marche risque d'être haute pour l'Espagne"

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'La dernière marche risque d'être haute pour l'Espagne'
Par Eurosport|Ecrit pour TF1|2012-06-28T13:38:53.000Z, mis à jour 2012-06-28T18:23:19.000Z

L'Espagne est à un match de réussir son exceptionnel défi. Mais le plus dur reste à venir, juge notre envoyé spécial Maxime Dupuis.

F_Ribery : Départager deux équipes aux tirs au but est cruel. La FIFA envisage des alternatives. Pensez-vous que les tirs au but seront supprimés dans un avenir proche ?

Maxime Dupuis : Non. Et je ne l'espère pas. Je pense que les tirs au but sont au football ce que la démocratie est aux régimes politiques : la moins mauvaise des solutions. Ce n'est pas parfait, évidemment, mais cette tension et tout le rituel qui accompagne une séance est fantastique. C'est cruel, vous avez raison, mais c'est tellement exceptionnel. Hier soir, à chaque tentative, le public hurlait aussi fort qu'après un but. C'est assez phénoménal. Cela fait le charme du football.

Val-6Z : Pensez-vous que Ronaldo aura le Ballon d'Or au vu de sa saison et de son Euro ?

M.D. : Il est désormais en pole position. C'est évident. Il n'a pas raté son Euro et il n'y a donc aucune raison qu'il ne soit pas le candidat numéro 1 à la succession de Messi. En revanche, j'aimerais rappeler que le mode de scrutin, changé en 2010, a bouleversé la donne et cette élection. Joueurs et sélectionneurs pèsent 66% des voix désormais et leurs choix sont parfois déroutants. Certains élisent le meilleur footballeur du monde et non le meilleur de l'année. On l'a vu en 2010. Ou auparavant avec les trophées de FIFA player of the year, qu'ils remettaient. Je ne raierais donc pas Messi de la carte. Et puis, n'oubliez pas qu'il reste six mois...

Ben : L'Espagne est-elle la future championne d'Europe ?

M.D. : A l'heure qu'il est, personne n'en est plus proche qu'elle. Pour autant, je pense que la dernière marche risque d'être très haute. Les Espagnols gèrent, ronronnent ou peinent depuis le début de la compétition, ça dépend des avis. Leur force collective et leurs certitudes leur ont permis d'arriver là où ils en sont aujourd'hui. Mais je pense que face à l'Italie ou à l'Allemagne, cela sera une autre paire de manche.

Eric : L'arbitre a t-il été assez sévère hier ?

M.D. : Je pense que oui. La preuve, ce sont les neuf cartons jaunes distribués. Aucun match de l'Euro n'a été plus prolifique en matière d'avertissements. Le point que j'aimerais souligner est celui de la remise à zéro des compteurs et des cartons après les quarts de finale : je trouve ça aberrant. L'idée est évidemment de protéger les sélections et de faire en sorte que la finale se déroule avec toutes les stars du jeu. Souhait louable mais qui n'est pas dans l'esprit. Hier soir, Portugais et Espagnols pouvaient faire des fautes puisque, sauf accident ou dérapage, leur carton n'aurait eu aucune incidence sur leur participation en finale. D'où certains gestes ou quelques interventions engagées. Pour moi, on ne devrait jamais remettre les compteurs à zéro. La compétition est ainsi faite.

Mika : Pourquoi beaucoup de gens critiquent le Portugal ? Ils ont fait un super Euro !

M.D. : Je ne pourrais vous dire pourquoi. Mais je suis de votre avis, le Portugal a fait un très bon Euro. Arrivés par un trou de souris, qualifiés difficilement et tombés dans un groupe ultra difficile, les hommes de Paulo Bento sont montés en régime tout au long de la compétition. Surtout, j'ai apprécié que le discours du sélectionneur soit aussi positif avant la demie. Ok, c'était l'Espagne en face mais il n'était pas question de baisser les bras ou de bétonner. Le Portugal a joué le jeu et fait preuve d'intelligence. Il n'a manqué qu'un peu de réalisme offensif.

Sanvacarme : Ne pensez-vous pas qu'il manque à cette Espagne une capacité d'accélération ?

M.D. : Je suis assez d'accord même si, cette capacité d'accélération, Pedro l'a apportée mercredi soir après son entrée. Le Barcelonais avait des cannes et l'a montré au cœur de la prolongation. Problème, Pedro n'est pas titulaire et le reste du temps, ça ronronne. Le problème avec cette équipe d'Espagne c'est qu'elle se connait par cœur et qu'il nous est difficile de savoir si ses joueurs sont moins bien ou si elle déroule. La finale donnera la réponse que l'on attend depuis trois semaines.

Biblo : Qui sera l'adversaire de l'Espagne en finale ?

M.D. : Il y a trois semaines, je vous aurais répondu l'Allemagne. Je suis un peu moins sûr de mon fait à cette heure car l'Italie réussit un tournoi exemplaire et ne perd jamais contre l'Allemagne en grande compétition. Je pense que les Allemands se méfient grandement de cette nouvelle Italie, agréable à voir jouer et volontaire. Je donnerais cependant un léger avantage à la troupe de Low.

Matthias : Le Portugal méritait-il de perdre ?

M.D. : Le mérite en football ne sert à rien. C'est triste mais c'est comme ça. Il est vrai que si l'on avait dû choisir le vainqueur aux points, les Portugais auraient sans doute pris un léger avantage au moment du décompte. Mais le football n'est pas ainsi fait.

Djidanya : J'ai l'impression qu'il manque juste un tueur devant les buts à la Pauleta à cette équipe du Portugal pour qu'elle puisse être vraiment redoutable...

M.D. : Je ne sais pas. Vous savez, Pauleta a marqué des tonnes de but avec la sélection portugaise mais était notamment passé à côté de l'Euro 2004. Le Portugal avait pourtant atteint la finale. Je pense qu'il ne manquait rien à cette équipe hier, sinon que Cristiano Ronaldo soit meilleur à la finition. Quand on a un joueur à plus de 60 buts, on l'a ce finisseur, même s'il n'est pas axial. Et mercredi, Ronaldo a eu trois coups francs et une grosse occasion. Il n'a jamais cadré. Un seul but et l'on serait en train de féliciter l'équipe de Paulo Bento.

Sanvacarme : Comment expliquer la différence de comportement de Pepe sur le terrain en sélection et en club ?

M.D. : Le contexte est peut-être moins passionné que lors d'un Real - Barcelone où les joueurs sont épiés et où la tension monte dix jours avant. L'atmosphère passionnée, voire déraisonnable de la Liga, lui va moins que le Championnat d'Europe où il n'a pas été autant sollicité. Le Portugal a été suivi par une grosse trentaine de journalistes. C'est rien. Il ne se retrouve pas dans la même lessiveuse. Il est plus facile de se canaliser. Et Pepe en a grandement besoin.

Lukas : Pour l'Espagne, ne serait-il pas mieux de décaler Sergio Ramos sur la droite comme avant, remplaçant ainsi Arbeloa et mettre en place une charnière centrale Piqué-Martinez ?

M.D. : Franchement, quand vous voyez la partie monumentale de Ramos face au Portugal, il faudrait être drôlement culotté ou bizarrement inspiré pour agir ainsi. La défense centrale espagnole est en place et l'on en change pas comme ça. Surtout qu'elle est tout ce qu'il y a de plus imperméable.

Seb l'Espagnol : N'en demande-t-on pas trop à cette équipe d'Espagne ?

M.D. : Evidemment. Ils nous tellement habitué à mieux. Mais c'est le revers de la médaille : plus vous allez haut, plus on a envie d'en voir plus. L'Espagne est peut-être en train d'atteindre ses limites qui, soit dit en passant, sont plutôt acceptables. Une troisième finale en quatre ans, c'est du jamais vu depuis la RFA en 1976. Il ne faut pas l'oublier. Et puis, vous savez, quand une équipe gagne trop, on aime qu'elle soit bousculée. Ceci explique cela. Je peux vous dire en tout cas que les joueurs espagnols se fichent éperdument des critiques. Leur parcours valide leur football.

William : Comment expliquer le fait que les Espagnols aient mis en avant leur rivalité avec les Français lors de la conférence d'avant-match contre le Portugal ? Le match avait pourtant été correct...

M.D. : Alvaro Arbeloa était interrogé sur la rivalité historique Espagne - Portugal et a pris pour référence celle qui oppose désormais la France à l'Espagne. Ceci n'a rien à voir avec les Bleus mais ce sont les suspicions de dopage lancées par Yannick Noah ou les sketch des Guignols qui leur reste en travers de la gorge. C'est faire beaucoup de peu, c'est vrai. Mais cela ne les a pas vraiment fait rire.

PitYop : Honnêtement, cet Espagne-Portugal était-il moins moche que France-Espagne ?

M.D. : On n'a pas vu une demi-finale enlevée hier à la Donbass Arena, je vous rejoins sur ce point. En revanche, et à la différence de samedi soir, on a senti une vraie intensité sur le terrain. Des tribunes et sans doute à la télévision, le match face aux Bleus avait vite tourné à la promenade pour les Espagnols, qui marchaient. Hier, ils n'ont pas pu s'offrir ce luxe. On a eu un match d'hommes. Pas spectaculaire mais avec de l'intensité. Ça change pas mal de choses.

Hugo : Jordi Alba a-t-il un bel avenir en équipe d'Espagne ?

M.D. : En tout cas, il fait tout pour. J'en ai discuté avec un confrère espagnol qui m'expliquait que la presse avait quelques doutes quant à sa capacité à apporter un vrai plus à l'équipe d'Espagne lors d'un tournoi aussi exigeant. Avant même les demies, les doutes étaient levés. Le FC Barcelone ne l'a pas fait signer pour rien.

Chris : Est-il possible de voir l'Espagne jouer avec "faux avant-centre" comme l'a fait Del Bosque avec Fabregas en finale ?

M.D. : Oui. Et cela ne serait pas étonnant tant Fabregas a la faculté d'apporter un peu de profondeur tout en aidant au milieu de terrain. Le Catalan est parfait pour cela. Et même si Torres avait marqué lors de la dernière finale face à l'Allemagne, je ne suis pas complètement convaincu qu'il jouera. D'autant plus que Negredo lui est passé devant mercredi. Je mettrais une pièce sur Fabregas.

Biibert Le : Pensez-vous que l'Espagne gagnera cet Euro et fera un triplé ?

M.D. : C'est la question ultime. Et ce serait un exploit monumental. Il ne faut pas l'oublier. Personne n'a vu ça depuis 36 ans. Après, gagnera-t-elle l'Euro ? J'ai un doute. Je pense que le vainqueur de l'Euro se trouve de l'autre côté. Sur ce qu'ils ont montré depuis le début, l'Allemagne et l'Italie me semblent dans une autre dynamique plus positive et plus volontariste. Après, rien qu'avec son exercice et sa maîtrise, l'Espagne part avec un avantage dont ni l'Allemagne ni l'Italie ne peuvent se targuer. Cela suffira-t-il ? On en reparlera dimanche. Mais j'ai un doute.

Benoit : L'absence de David Villa n'est-elle pas préjudiciable pour les Espagnols ?

M.D. : Evidemment. C'est le meilleur buteur de l'histoire de la sélection et personne ne l'a vraiment remplacé. Fernando Torres n'est plus le joueur qu'il était. Du coup, Del Bosque alterne. Et s'en sort finalement bien avec Fabregas ou les autres. C'est aussi à cela que l'on voit la puissance de cette équipe d'Espagne.

Mike : Pourquoi CR7 n'a pas été l'un des premiers tireurs lors de la séance de tirs au but ?

M.D. : La décision en revient à... Paulo Bento. Le sélectionneur a demandé à son joueur de tirer en dernier, celui-ci a dit oui. Tout simplement. CR7 n'a rien revendiqué, aucun statut de héros ni quoi que ce soit.