Ils sont devenus trop joueurs

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Ils sont devenus trop joueurs
Par Gil BAUDU, envoyé spécial au Mans|Ecrit pour TF1|2012-06-06T08:38:07.000Z, mis à jour 2012-06-07T07:30:03.000Z

Le carton face à l'Estonie (4-0) l'a confirmé : ce que les Bleus ont gagné en aisance devant, ils l'ont perdu en sérénité derrière.

Cette mue, Laurent Blanc l'a voulue. Depuis bientôt deux ans, il l'a rabâchée, telle une philosophie quasi-obsessionnelle : cette équipe de France doit jouer. Au risque de se découvrir ? Le sélectionneur des Bleus l'avait bien évidemment prévu. Il n'a pas été le patron de la défense tricolore durant ses années fastes pour rien. Mais il n'avait pas imaginé que la métamorphose serait si spectaculaire. Si radicale. La promenade estonienne (4-0) a affiné des contours esquissés en 2012 : depuis le mois de février, depuis qu'elle a pris conscience de son potentiel, en Allemagne (1-2), cette équipe de France a dévoilé sa vraie nature. Elle est moins timorée et plus imaginative qu'on ne le croyait. Revers de la médaille, elle aussi plus fébrile.

Mardi soir, dans les murs chatoyants de la MMArena, Blanc n'a pas nié l'évidence. Et "pour une fois", il n'a pas manié "la langue de bois" en évoquant les errements entrevus au Mans. En n'hésitant pas à "cibler les quatre défenseurs". "Sur un match comme celui-là, tu n'as pas le droit de te mettre toi-même en danger, a pesté le Cévenol en conférence de presse. A l'Euro, il faudra que notre défense soit à la hauteur." Sous-entendu, qu'elle fasse honneur à une attaque "en net progrès". "Il n'y pas si longtemps, le domaine défensif était notre point fort. C'est celui qui nous donnait des garanties. A l'époque, vous critiquiez, à juste le titre, le secteur offensif. On disait qu'il manquait de fluidité, de perforation."

Les attaquants "se sont régalés"

Portée par la complicité du duo Ribéry-Benzema, l'attaque est aujourd'hui l'arme fatale des Bleus. Les chiffres ne prétendront pas le contraire : en 2012, l'équipe de France vient de marquer onze fois en quatre sorties. Presque autant que lors de ses dix précédentes. Dans le même temps, sa défense a craqué à trois reprises. Soit autant qu'en sept matches entre août et novembre. Bien sûr, les buts encaissés en Allemagne, puis face à l'Islande (3-2), ont des circonstances atténuantes : à Brême, les Bleus se sont tout de même frottés à l'une des terreurs annoncées du prochain Euro ; et à Valenciennes, sa préparation estivale débutait tout juste.

Les impressions sont pourtant tenaces. Même quand elle préserve sa cage, la défense française inquiète. Ce fut particulièrement flagrant face à l'Estonie où, de l'aveu-même d'un Philippe Mexès pas vraiment dans son assiette, "on s'est mis en danger bêtement sur deux ou trois phases de jeu". "Derrière, on a voulu jouer de facile", a admis le Milanais, dont l'association avec Adil Rami n'est plus un gage de sécurité. Heureusement pour elle, reprend Mexès, "devant, on a un potentiel exceptionnel". Au Mans, "les joueurs offensifs ont pris beaucoup de plaisir", souligne Florent Malouda, reconverti pour la bonne cause en milieu de terrain relayeur. "Ils se sont régalés, reprend Alou Diarra, son nouvel acolyte de l'entrejeu. Mettre quatre buts, c'est forcément bon pour la confiance." Ça comble évidemment Laurent Blanc, ravi de voir "des joueurs aux qualités intrinsèques différentes les mettre au service de l'équipe et prendre du plaisir à jouer ensemble".

Ribéry : "Des joueurs pour aller au charbon, d'autres pour faire la différence"

Au Mans, Franck Ribéry a affiché une entente pleine de promesses avec Karim Benzema. "On se comprend facilement et en plus, on s’aime dans la vie de tous les jours, justifie le Bavarois, buteur lors des trois rencontres amicales. Mais si on prend autant de plaisir tous les deux, c'est grâce à nos coéquipiers. Il y a des joueurs pour aller au charbon, d'autres pour faire la différence. On a besoin de tout le monde." Mexès confirme : "C'est à nous de mettre nos attaquants dans les meilleures dispositions. A partir du moment où on ne prend pas de but, on sait qu'à tout moment, ils sont capables de faire la différence."

Autrement dit : maintenant que l'équipe de France est sûre de sa force de frappe offensive, il lui faut raviver des certitudes défensives. Car lundi, l'Angleterre ne se montrera pas aussi conciliante que l'Estonie. "Nos erreurs ne pardonneront pas contre les bonnes équipes, prévient Mexès. Il faudra être plus efficace et plus serein." "Plus rigoureux", affine Diarra. "Pendant l'Euro, on devra être irréprochables au niveau de la concentration", met en garde Malouda. Blanc jure que les égarements du Mans ne sont "pas du tout" de nature à remettre ses choix en cause. A bousculer l'ordre désormais établi. Mais il l'a annoncé dès mardi soir, sur un ton qui trahissait son agacement : les Bleus doivent se servir des cinq jours qui les séparent de leur entrée en matière pour "prendre conscience" de leurs excès. "On doit jouer plus simplement", synthétise Blanc. L'équilibre est à ce prix.