Il faut un président à la France

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Blanc, un choix en deux temps
Par Maxime DUPUIS (envoyé spécial à Donetsk)|Ecrit pour TF1|2012-06-21T21:37:21.000Z, mis à jour 2012-06-22T19:12:24.000Z

Laurent Blanc a renouvelé le style de la fonction de sélectionneur. C'est maintenant que son autorité naturelle et apaisée doit faire effet.

Du dialogue, du fond et, aussi, des rires. Depuis le début du Championnat d'Europe, les conférences de presse de Laurent Blanc programmées avant, après et au lendemain des matches ont en commun d'être intéressantes, constructives et vivantes. Ça devrait être suffisamment évident et logique pour ne pas avoir à être souligné. Mais il fut un temps, pas si éloigné que cela, où les interventions du sélectionneur national étaient plus embrouillées, tendues, voire vides de sens. Etre intéressant et constructif devrait être inhérent à la fonction. On avait presque fini par l'oublier. Laurent Blanc a remis ça au goût du jour et cela ne l'empêche pas de mener sa barque correctement. Dans les bons comme dans les mauvais moments. Les événements de ces derniers jours sont venus le rappeler.

Lundi, à la veille de Suède - France, sans doute le match le plus important de sa jeune carrière de sélectionneur, Laurent Blanc avait fait du Laurent Blanc. Le ton juste, affable, l'ancien coach de Bordeaux avait fait le job sans se défiler et en répondant aux questions. Ressentait-il de la pression ? "On voit que tu n'as jamais joué de compétition, c'est normal et logique", taquinait-il un journaliste. Allait-il aligner un joueur qui n'a pas encore joué ? "Vous verrez ça demain", lançait-il, plus sec, mais toujours courtois.

Quand la marmite déborde ou qu'elle n'est pas loin d'exploser, là aussi, le Président est là. Il l'a prouvé depuis mardi. Si le succès de sa démarche sera jugée à l'aune de la prestation de ses hommes et de leur comportement face à l'Espagne, force est de constater que sa gestion de crise a été exemplaire. A partir du moment où l'on a appris que le ton était monté dans le vestiaire, personne ne s'est caché. Blanc a répondu, bien aidé par Malouda, dont on se rend compte que son importance dépasse le cadre du seul terrain. Rien à voir avec Knysna où le mutisme rivalisait avec le mensonge.

L'exemple

On exagérait en disant que Laurent Blanc véhicule des ondes positives. Mais la vérité n'est pas loin. Le patron des Bleus n'est pas dans le conflit permanent. Aussi bien avec les suiveurs qu'avec ses joueurs. Méfiant et d'un naturel réservé, l'ancien libéro aux 97 sélections sait faire la part des choses. Il sait également dire ce qui va et ne va pas à ses joueurs qui, pour certains, ont grandi avec lui dans le poste de télévision. Et il n'est pas utile de rappeler le pedigree du personnage pour comprendre quelle influence il peut avoir sur eux.

S'il ne faut pas avoir été un grand joueur pour devenir un grand entraîneur, il n'est pas forcément inutile d'avoir brillé sur les pelouses, surtout lorsqu'on hérite d'une telle situation. A son arrivée, Blanc avait une mission double : faire revivre sportivement l'équipe de France et lui redonner une image digne. Sur les deux points, les Bleus ont avancé et les secousses de ces dernières heures ne doivent pas nous le faire oublier. Le guide a donné l'exemple par son comportement.

En général, Laurent Blanc fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait, avec évidemment toute la réserve et, tout de même, la part de secret qui incombe à sa fonction. Quand il décide d'emmener Florent Malouda à l'Euro, il n'essaie pas de faire avaler des couleuvres à personne. Son bilan sportif est "indéfendable", mais son expérience est indispensable. On peut ne pas être d'accord. Mais ça va mieux en le disant et, avec cette forme de franchise, le joueur sait à quoi s'en tenir. Pas la peine de faire des effets de manches, de parler de sang ou de guillotine, pour se faire respecte ou exister. La panoplie sera utile d'ici samedi. Et si elle pouvait servir au moins une semaine de plus...