La France ne s'est pas construite en deux ans

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La France ne s'est pas construite en deux ans
Par Maxime DUPUIS (Envoyé spécial à Donetsk)|Ecrit pour TF1|2012-06-26T12:07:00.000Z, mis à jour 2012-06-27T08:36:31.000Z

Laurent Blanc n'a pu mener à bien sa révolution du jeu français. Faire des Bleus une petite Espagne demandait plus de temps et de travail de fond.

Quand Laurent Blanc a mis les pieds dans le giron de la fédération pour prendre la tête de l'équipe de France, il est arrivé avec ses idées. Une philosophie et un exemple à suivre : l'Espagne. Jouer au ballon, en finir avec le football musculeux, telle était son envie et son idéal premiers. Près de deux ans après avoir entamé le chantier, la pierre finale n'est toujours pas posée malgré la fin de l'aventure, qui a été sifflée samedi face à l'Espagne. Ironie du sort, l'ère Blanc - ou son premier acte - s'est terminé en bétonnant et faisant l'inverse de ce qu'il ambitionnait. Face au modèle ibère, la copie bleue ne pouvait pas faire autrement. Il n'en reste pas cette conclusion à des allures de pied de nez. Deux ans n'auront pas suffi à changer cette équipe de France.

De 2010 à 2012, il y a eu les mots, les ambitions et la réalité. On ne change pas de philosophie en vingt-quatre mois quand les fondations ne sont pas solides ou adaptées. De la Norvège à l'Espagne, l'équipe de France a longtemps donné l'impression d'être embarrassée par le port du ballon et bien plus à l'aise quand il était question de le chiper et d'aller de l'avant. Le match de Brême de février dernier en avait été l'exemple le plus abouti. Si l'entrejeu n'avait pas fait des merveilles face aux Allemands, les qualités de contre-attaque et la solidité défensive des Bleus leur avaient offert un succès de prestige (2-1). Le dernier en date puisque l'Angleterre et l'Espagne ont, depuis, quitté les Français sans trop d'éraflures.

Stop ou encore ?

Laurent Blanc avait-il les joueurs pour réussir son entreprise ? Marvin Martin, Yohan Cabaye ou Yann M'Vila semblaient entrer dans cette catégorie de passeurs émérites/accélérateurs de particules. Durant le Championnat d'Europe, un seul des trois a tiré son épingle du jeu et il n'était même pas dans l'équipe-type des Bleus il y a un an. Il s'agit de Cabaye. L'ancien Lillois a pris position dans l'entrejeu bleu au début de la saison dernière. Même si l'on sait qu'une compétition internationale reste un moment particulier où les vérités de la veille peuvent être balayées par les formes et les explosions du moment, le onze bleu qui a entamé la compétition face à l'Angleterre, et qui avait tout l'air d'une équipe-type, n'avait pas beaucoup de vécu commun. Ce dont Laurent Blanc ne peut être tenu pour seul responsable. Les blessures de Yann M'Vila, de Loïc Rémy, de Bacary Sagna et la maladie d'Eric Abidal l'ont forcé à modifier quelque peu ses plans. Les chiffres et statistiques montrent néanmoins que les Bleus ont essayé de muer. La France quitte le tournoi avec la 3e meilleure moyenne au nombre de passes réalisées par match (511 en moyenne), loin derrière l'Espagne (731) et l'Allemagne (565), et à la précision de celles-ci (87,5% réussies). Sans résultat probant.

Ces deux dernières années, les passages du 4-3-3 au 4-2-3-1, avec de petites incartades en 4-4-2 au gré de la puissance et du profil de l'adversaire, n'ont pas non plus aidé. Même si Laurent Blanc a répété à l'envi que les deux premiers systèmes cités revenaient au même, le chantier et la révolution étaient trop importants pour dévier de l'objectif final. Laurent Blanc aurait-il pu faire différemment ? Mieux ? Personne ne le sait. Après tout, qu'importe. La question est désormais de connaitre la direction prise par l'équipe de France après cet Euro. Le choix du sélectionneur sera un premier indice. Table rase ou reprise du chantier : Noël Le Graët a le choix.