La Grèce n'a pas vraiment changé

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La Grèce n'a pas vraiment changé
Par Gil BAUDU|Ecrit pour TF1|2012-06-19T20:00:36.000Z, mis à jour 2012-06-22T18:39:02.000Z

Quarts de finaliste face à l'Allemagne, vendredi (20h45), les champions d'Europe 2004 ne se sont pas reniés depuis leur sacre continental.

Les rescapés se comptent sur les doigts d'une seule main. Ils sont trois. Trois survivants à l'épopée grecque 2004. Vendredi (20h45), à Gdansk, seuls Costas Chalkias et Kostas Katsouranis croiseront le fer avec l'Allemagne. Face à Russie (2-1), le capitaine Giorgios Karagounis a pris le carton de trop. Celui qui le privera d'un quart de finale de l'Euro 2012. Et d'une 121e sélection, qui l'aurait hissé au sommet des internationaux hellènes les plus capés. Cette absence, forcément préjudiciable face à un ténor du Vieux-Continent, est aussi un coup de canif dans le livre à souvenirs. Comme un signe que la Grèce 2012 cherche à tourner les pages écrites par sa glorieuse ainée. Fernando Santos a toujours renié l'héritage de son prédécesseur. Otto Rehhagel avait bâti sa renommée sur des bases solides. Quand le technicien portugais a pris sa succession, dans la foulée d'un piteux Mondial 2010, il s'est évertué à repenser les "fondamentaux". Ils tiennent en ces quelques mots : "Avoir de la passion, de l'organisation, un esprit clair et surtout, jouer pour gagner".

Ces belles intentions n'ont pas résisté à la réalité du terrain. Car la Grèce a connu un début d'Euro hésitant. Face à la Pologne (1-1), elle a d'abord laissé filer un succès qui lui tendait les bras. Face à la République tchèque (1-2), sa défense a pris l'eau en six minutes. Elle est donc revenue à d'autres "fondamentaux". A ce qu'elle est vraiment. Face à la Russie (2-1), elle s'est montrée "disciplinée". "On a été très attentifs en défense, on a fermé les espaces et on n'a pas laissé les Russes se procurer d'occasions", souligne Giorgos Samaras. Santos a beau s'en défendre, la Grèce n'a pas changé. Elle ne sait pas se renier. Les champions d'Europe 2004 s'appuient toujours sur leurs forces d'antan : un bloc compact, taillé pour les contres éclairs, prêt à exploiter le moindre coup de pied arrêté.

"On se casse les dents sur eux comme sur du granit"

Son parcours lors des éliminatoires, conclus à la première place du groupe F, avait déjà trahi sa vraie nature. Le "bateau pirate" était un navire quasi-imprenable. Mais aussi timide lorsqu'il s'agit de partir à l'abordage. Les 14 petits buts inscrits et les 5 encaissés en dix matches l'attestent. Le bilan statistique de ses trois premières sorties dans cet Euro n'a fait qu'accentuer la tendance. La Grèce n'a marqué que trois fois depuis son arrivée en Pologne. Trois fois en 22 tirs, dont seulement 5 cadrés. Question efficacité, cela en fait une référence absolue. Joachim Low, le sélectionneur de la Nationalmannschaft, sait déjà à quoi s'attendre vendredi : "Les Grecs sont très réalistes. Ils défendent très bien, se jettent sur tous les points chauds. Ils ont la peau dure et on se casse les dents sur eux comme sur du granit."

Revers de la médaille, la Grèce ne possède plus de buteur attitré. Angelos Charisteas (32 ans), le héros de 2004, n'est pas du voyage. Le virevoltant Giorgios Samaras et l'efficace Fannis Gekas, buteur face à la République tchèque, n'ont pas pris son relais. Qu'importe. Cette sélection - savant "mélange d'expérience et de jeunesse", à écouter Kostas Katsouranis - possède une arme ultime, imparable : une "force mentale" et "un esprit d'équipe", loués à maintes reprises par Santos. Le contexte politique n'a fait que les décupler. La Grèce est un pays au bord de la banqueroute, pointé du doigt par ses voisins européens. Et qui aspire à oublier ses tracas quotidiens. "Quand nous avons quitté Athènes pour venir à l'Euro, nous avons promis que nous donnerions tout, rappelle Giorgios Karagounis. Il y a beaucoup de problèmes dans le football et dans le pays, nous vivons tous avec. Mais quand il s’agit de se battre pour l’équipe nationale, il n’y a plus de place au doute. Ce que nous vivons actuellement, je le compare à notre parcours de 2004." Huit ans plus tard, la Grèce se raccroche encore à ce doux souvenir. Par les temps qui courent, il rassure.