Italie, le retour du "Blocco-Juve"

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Italie, le retour du 'Blocco-Juve'
Par Vincent BREGEVIN|Ecrit pour TF1|2012-06-22T18:18:49.000Z, mis à jour 2012-06-23T22:56:19.000Z

Cesare Prandelli s'est appuyé sur la Juventus, invaincue en Serie A cette saison, pour constituer le squelette de la squadra Azzurra à l'Euro 2012. Troisième volet de notre dossier.

On a parfois l'impression de voir jouer le Barça quand on regarde l'équipe d'Espagne, de trouver une forte ressemblance entre l'Italie et la Juventus Turin, ou de regarder un calque du Bayern Munich devant un match de l'Allemagne. Et pour cause. Ces trois sélections se sont largement inspirées de la réussite de ces clubs pour dégager un noyau dur en équipe nationale. Et ce n'est pas un hasard de retrouver ces équipes parmi les six rescapés de l'Euro 2012. Elles ont cet avantage que ne possèdent pas d'autres sélectionneurs, à l'image de Laurent Blanc avec l'équipe de France. Décryptages.

POURQUOI PRANDELLI S'INSPIRE DE LA JUVENTUS

Bearzot-Prandelli, même combat. Il y a trente ans, Enzo Bearzot s'était appuyé sur un noyau de joueurs de la Juventus Turin (Zoff, Tardelli, Scirea, Rossi, Gentile, Carbrini), le fameux "Blocco-Juve", pour conduire la Squadra Azzurra au titre de champion du monde en Espagne en 1982. Le club turinois a toujours été l'un des principaux pourvoyeurs de joueur pour la sélection italienne. C'est particulièrement vrai dans cet Euro 2012 où Gianluigi Buffon, Leonardo Bonucci, Giorgio Chellini, Emanuele Giaccherini, Andrea Pirlo et Claudio Marchisio, qui évoluent tous à la Juventus, ont été titulaires au sein de l'équipe transalpine lors du premier tour.

Prandelli n'aurait peut-être pas fait ce choix il y a un an. Aujourd'hui, il parait évident. Le fait que la Juventus Turin n'ait pas disputé une Coupe d'Europe cette saison ne doit pas tromper sur la marchandise. Aujourd'hui, le club turinois possède l'une des équipes les plus compétitives du Vieux Continent. Elle n'avait pas perdu le moindre de match jusqu'à sa défaite contre Naples en finale de la Coupe d'Italie (2-0). Restée invaincue en Serie A, la Juve a notamment bouclé la saison avec la meilleure défense (20 buts encaissés) parmi tous les clubs des cinq championnats réputés comme les plus importants en Europe. Autant d'éléments qui ont convaincu le sélectionneur italien de s'inspirer de la Vieille Dame pour constituer le squelette de sa Squadra Azzurra.

QUELS SONT LES POINTS COMMUNS ENTRE L'ITALIE ET LA JUVENTUS

Face à l'Espagne (1-1) et la Croatie (1-1), l'Italie s'est présentée dans un schéma identique à celui de la Juventus, en 3-5-2 ou 5-3-2 selon l'avis des observateurs, mais dans tous les cas avec un système à trois défenseurs centraux. A l'origine, ce trio aurait dû être celui de la Vieille Dame, composé par Bonucci, Chiellini et Barzagli, mais la blessure de ce dernier a contraint Prandelli à aligner la Romain Daniele De Rossi au centre de la défense. Avec Buffon dans le but, et le duo Pirlo-Marchisio au sein d'un trio où figure aussi le Parisien Thiago Motta dans l'entrejeu, on retrouve donc, à deux hommes près, la totalité du bloc défensif de la Juventus au sein de l'équipe d'Italie.

Cette dominance turinoise se traduit dans le style de jeu de la Squadra Azzurra. Notamment cette faculté à défendre en avançant, grâce au positionnement assez haut des latéraux, Christian Maggio et Giaccherini, et au pressing effectué par Thiago Motta et Marchisio sur les créateurs adverses. A la récupération du ballon, la solution Pirlo est immédiatement recherchée. Le stratège turinois a le même rôle en club et en sélection, à savoir orchestrer l'animation offensive de sa formation. On retrouve ainsi les caractéristiques du jeu de la Juventus, extrêmement solide sur le plan défensif et capable de porter très vite le danger dans les 30 mètres adverses grâce à la précision des passes de Pirlo.

QUELLES SONT LES DIFFERENCES ENTRE L'ITALIE ET LA JUVENTUS ?

La qualité des attaquants de la Juventus a souvent été remise en question cette saison. Sur le papier, Prandelli semble mieux armé dans ce secteur du jeu. Avec Antonio Cassano, Mario Balotelli et Antonio Di Natale, il dispose de trois joueurs aux profils différents mais complémentaires pour deux postes en attaque. Au milieu, il n'a pas Arturo Vidal en revanche. Thiago Motta, qui évolue davantage dans un rôle de numéro 6 au PSG, connait le poste pour l'avoir occupé avec l'Inter. S'il n'a pas le volume de jeu du milieu chilien, le trio qu'il compose avec Pirlo et Marchisio reste compétitif. A droite, Maggio n'a pas non plus le même impact que Stephan Lichsteiner, auteur d'une énorme saison avec la Juventus.

En défense, les blessures ont limité les possibilités de Prandelli de s'appuyer sur l'arrière garde turinoise. Le retour de Barzagli a coïncidé avec la blessure de Chiellini, d'ores et déjà forfait pour le quart de finale contre l'Angleterre et incertain pour la suite de la compétition, dans le cas où l'Italie se qualifierait. C'est peut-être ce qui a poussé le sélectionneur à changer de système face à l'Irlande (2-0). Réorganisée dans un 4-3-1-2, avec Thiago Motta dans un rôle plus avancé et plus axial au milieu, la Squadra a certes signé sa seule victoire du premier tour, mais en affichant une maîtrise un peu moins nette de son jeu collectif. Reste à savoir si Prandelli le prendra comme un signal pour revenir au schéma initial estampillé Juve au moment d'affronter l'Angleterre.