Jouez, vous êtes filmés !

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Jouez, vous êtes filmés !
Par Maxime DUPUIS (envoyé spécial à Donetsk)|Ecrit pour TF1|2012-06-17T11:33:26.000Z, mis à jour 2012-06-17T20:59:31.000Z

Le football n'est pas qu'une affaire de ballon rond et de terrain. La technologie et la vidéo jouent un rôle désormais essentiel. Chez les Bleus comme ailleurs.

Vous ne les voyez jamais. D'ailleurs, ils ne cherchent pas à se montrer. Et pourtant, ils sont partout et contribuent grandement à la bonne marche des affaires de l'équipe de France. Eux, ce sont Thierry Marszalek, Eric Dubray et toute une équipe dédiée à la vidéo et l'analyse des matches des Bleus. Depuis quelques années, avec l'accélération et le développement quasi-exponentiel des nouvelles technologies, l'image a pris une part essentielle dans le travail d'un staff technique. Pour l'analyse collective et individuelle du jeu des hommes de Laurent Blanc. Et de leurs adversaires. Rien n'est plus laissé au hasard.

Thierry Marszalek est responsable du service audiovisuel de la FFF. Depuis 1998, il travaille avec les Bleus et décortique tout ce qu'il est possible de décortiquer, statistiques et données diverses à l'appui. Des matches aux entraînements, rien n'est laissé de côté. Aussi bien dans l'évolution collective d'une équipe que dans le comportement individuel des joueurs : "On réalise des montages qui vont de 10 minutes pour les attaquants à 25 pour les milieux. Par exemple, Ribéry a touché 100 ballons face à l'Ukraine, on a fait 22 minutes de montage. C'est énorme, explique Marszalek. Hugo Lloris, lui, a eu le droit à une vidéo beaucoup plus réduite. Un match de 90 minutes, on passe 6 à 8 heures dessus. On ne suit pas que le ballon grâce à des plans larges qui nous sont donnés par l'UEFA. L'analyse est vraiment détaillée."

Ce qui est valable pour l'équipe de France l'est également pour ses adversaires, épiés dans leurs moindres faits et gestes grâce à l'image. Cela permet de découvrir des joueurs moins connus et de révéler leurs caractéristiques. Mais aussi de se rendre compte que si le temps passe, les différences culturelles subsistent : "Une nation conserve son identité. On voit par exemple que la Suède joue en 4-4-2 avec une zone et à plat. Et ceci depuis toujours." Ajoutez à cela que les matches de l'Euro sont tous suivis par des entraîneurs nationaux qui partagent leur ressenti.

"Zidane ne regardait jamais ses matches"

Marszalek et Dubray, directement en charge de l'équipe de France A, travaillent de Kirsha en relation avec Clairefontaine où tous les matches possibles et inimaginables sont stockés depuis 1988, date de création du Centre Technique National. Pas moins de 10 000 rencontres sont consultables, sur place mais aussi à des milliers de kilomètres grâce à un serveur relié au lieu de résidence des Bleus. Longtemps en pointe dans ce domaine, la France a été rattrapée les autres sélections qui, désormais, travaillent également beaucoup sur l'image. Les clubs également. A Manchester City, ils ne sont pas moins de sept personnes concernées.

Le travail à l'entraînement et en amont des matches s'est affiné avec l'apport récent du GPS et des statistiques, qui rationalisent encore un peu plus la préparation des joueurs. Mais le job des équipes vidéo ne s'arrête pas aux portes du stade. Durant les rencontres, leur rôle est également essentiel. "Pendant les rencontres, on fait de l'observation individuelle, confie Thierry Marszalek. On note tous les ballons joués. Du coup, on peut transmettre en temps réel au staff technique et à Laurent Blanc nos observations. Si l'on voit un mauvais placement sur les coups de pied arrêtés notamment."

Et les joueurs dans tout ça, qu'en pensent-ils ? Sont-ils à l'écoute des recommandations ou prennent-ils tout cela par-dessus la jambe ? Ça dépend. Mais tous sont logés à la même enseigne : "On remet aux joueurs des clés USB et on leur donne accès à un serveur qu'ils peuvent consulter en permanence, même lorsqu'ils en sont en club, révèle le responsable du service audiovisuel. Un joueur comme Karim Benzema vient constamment chercher son montage par exemple. Mais il y a parfois un travail de sollicitation à faire. Avec le temps, ça a quand même évolué." Malgré cela, trouve-t-on encore des joueurs qui ne regardent jamais leurs prestations ? "Zidane ne regardait jamais ses matches. Je pense que c'est un joueur de haut-niveau." Vu comme ça...