L'Espagne aux portes de l'Histoire

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L'Espagne aux portes de l'Histoire
Par Vincent BREGEVIN|Ecrit pour TF1|2012-06-07T15:19:27.000Z, mis à jour 2012-06-10T15:54:17.000Z

Les douze choses que vous devez savoir sur l'Espagne, avant l'ouverture l'Euro, dont elle est tenante du titre. Les Espagnols seront en quête d'un triplé inédit en Pologne et en Ukraine.

SES LEADERS : CASILLAS-XAVI-INIESTA, TRIO AU COEUR DU COLLECTIF

Si l'Espagne a remporté l'Euro 2008 et la Coupe du monde 2010, c'est d'abord le résultat d'un jeu collectif supérieur à celui de tous ses concurrents, et largement inspiré par la réussite du FC Barcelone, club dominant au niveau mondial durant cette période. Mais il faut des individualités majeures pour faire vivre ce collectif. L'Espagne en a perdu deux, Carles Puyol et David Villa, mais peut toujours compter sur Iker Casillas, qui disputera son sixième tournoi majeur en sélection, Xavi, meilleur joueur de l'Euro 2008, et Andres Iniesta. Le portier du Real Madrid est la référence à son poste depuis cinq ans et le joueur le plus capé de l'histoire de la Roja (131 sélections). Les deux milieux du FC Barcelone, eux-aussi considérés comme des références mondiales à leur poste, ne sont pas les seuls leaders techniques de leur formation, mais certainement les joueurs les plus influents du collectif espagnol. Et Iniesta, auteur du but vainqueur en finale de la dernière Coupe du monde, en est probablement son élément le plus décisif.

SON COACH : DEL BOSQUE, DEJA DANS LA LEGENDE

Appelé à succéder à Luis Aragones après l'Euro 2008, Vicente Del Bosque a su confirmer la trajectoire victorieuse de la Roja initiée par son prédécesseur. Après une décevante troisième place à la Coupe des Confédérations 2009, l'Espagne a remporté son premier titre mondial l'année suivante sous sa direction. L'ère Del Bosque débutée il y est quatre ans ne s'interrompra pas après l'Euro, puisque le sélectionneur espagnol a prolongé son bail et restera vraisemblablement à la tête de la Seleccion jusqu'à la Coupe du monde 2014 au Brésil. Il aura l'occasion d'écrire quelques lignes supplémentaires d'une histoire déjà légendaire. Vainqueur de la Ligue des champions en 2000 et 2002, Del Bosque est le seul entraîneur de l'histoire avec l'Italien Marcelo Lippi à avoir remporté la C1 et la Coupe du monde.

SES "FRANCAIS" : PAS LE GENRE DE LA MAISON

A part le PSG, aucun club français n'a les moyens de s'offrir un international espagnol, et le club de la capitale n'en a pas dans son effectif. De toute façon, les joueurs de la Roja s'exportent peu, ou pas en France en tout cas. Dans la liste des 23, seuls quatre joueurs n'évoluent plus dans la péninsule après avoir cédé aux sirènes de la Premier League : Juan Mata et Fernando Torres (Chelsea), David Silva (Manchester City) et Pepe Reina (Liverpool).

SES GRANDS ABSENTS : PUYOL ET VILLA, UN COUP DUR A CHAQUE EXTREMITE

L'Espagne devra défendre son titre sans son défenseur et son buteur de référence. L'expérimenté Carles Puyol (34 ans, 99 sélections) a dû renoncer à participer à l'épreuve en raison d'une blessure à un genou. Même déception pour son coéquipier du FC Barcelone, David Villa, meilleur buteur de l'histoire de la Roja avec 51 buts en 81 sélections, qui n'est pas suffisamment remis d'une fracture du tibia survenue mi-décembre 2011 lors du Mondial des Clubs. Ce sont deux grandes pertes pour la sélection de Vicente Del Bosque. Puyol était le taulier de la Seleccion lors des deux derniers sacres internationaux de l'Espagne, et David Villa son finisseur. Avec 9 des 20 buts de sa formation à l'Euro 2008 et la Coupe du monde 2010, El Guaje a inscrit 45% des buts de l'Espagne lors de ces deux compétitions.

SES GRANDES REFERENCES : QUAND ÇA COMPTE, C'EST POUR L'ESPAGNE

L'Espagne a connu quelques couacs en amicaux, mais quasiment jamais en matches officiels. Les Espagnols ont remporté pas moins de 28 de leurs 30 derniers matches officiels, ce qui en dit long sur la confiance qui habite la sélection de Vicente del Bosque avant d'aborder l'Euro 2012. Pour accéder à cette épreuve, la Roja a signé le parcours parfait, remportant ses huit matches dans son groupe de qualification avec 26 buts marqués et seulement 6 encaissés. Elle détient au passage le record du nombre de tirs cadrés (82) durant ces éliminatoires. Plus généralement, les matches qui concernent l'Euro n'échappent jamais à l'Espagne, qui reste sur 23 matches sans défaite dans cette compétition, phases de qualifications et phases finales confondues.

SON CALENDRIER : DU LOURD D'ENTREE

L'Espagne rentrera immédiatement dans le vif du sujet avec un choc dès dimanche face à l'Italie, son principal concurrent dans le groupe C. Une rencontre à valeur de test pour l'équipe de Del Bosque face à la seule formation qu'elle n'avait pas battue sur leur parcours à l'Euro 2008 (0-0, victoire aux tirs au but). Les Espagnols seront ensuite opposés aux Irlandais, le jeudi 14 juin, lors d'une rencontre qui ne devrait pas être loin du schéma attaque-défense. Enfin, ils ponctueront leur premier tour contre la Croatie, adversaire que la Seleccion n'a plus affronté depuis 2006, pour un duel inédit en match officiel le 18 juin. Si la logique est respectée et que l'Espagne se qualifie pour les quarts de finale, elle affrontera une équipe issue du groupe D où figurent la France, l'Angleterre, qui l'avait battue en amical au mois de novembre (1-0), la Suède et l'Ukraine.

SES AMBITIONS : UN TRIPLE INEDIT

Championne d'Europe et du monde en titre, l'Espagne est logiquement favorite de l'Euro 2012. Et elle réalisera un triplé inédit si elle s'impose de nouveau dans cette épreuve. Jusqu'ici, aucune équipe n'est parvenue à remporter trois grands tournois internationaux de suite. L'Allemagne, championne d'Europe en 1972 et du monde en 1974, avait échoué en finale de l'Euro 76, battue devant son public par la République tchèque de Panenka. La France, après avoir remporté la Coupe du monde 1998 et l'Euro 2000, avait pour sa part subi une énorme désillusion en disparaissant dès le premier tour de la Coupe du monde 2002. Marquer l'histoire, c'est donc le défi qui attend l'équipe de Vicente Del Bosque en Pologne et en Ukraine.

SES ATOUTS : DES INDIVIDUALITES DE REFERENCE DANS UN COLLECTIF DOMINANT

L'Espagne ne change pas une équipe qui gagne. Sur les 23 joueurs présents à l'Euro 2012, 19 avaient participé à la Coupe du monde en Afrique du Sud il y a deux ans, et 12 avaient également disputé l'Euro 2008. Vicente del Bosque va s'appuyer sur le vécu de son groupe et les automatismes d'un collectif qui domine le football mondial depuis quatre ans. Au-delà de son remarquable bloc équipe, l'Espagne, même privée de Carles Puyol et David Villa, possède aussi des joueurs de référence aux postes clés : le gardien Iker Casillas, les défenseurs centraux Sergio Ramos et Gerard Piqué, les milieux Xavi, Xabi Alonso et Sergio Busquets ainsi que David Silva et Andres Iniesta, alignés sur les côtés dans l'animation offensive de la Roja. Au-dessus du lot sur le papier, l'Espagne l'est aussi sur le terrain. En effet, pourquoi changer...

SES FAIBLESSES : UNE EQUIPE CONNUE PAR COEUR

L'histoire a montré à quel point il était difficile de remporter trois grands tournois internationaux d'affilée. Le défi qui attend l'Espagne est d'autant plus difficile à relever que la Roja sera l'équipe à battre pour tous ses adversaires dans cet Euro. Et ces adversaires, justement, connaissent plus que jamais cette Seleccion qui domine le foot depuis quatre ans. La Suisse, qui avait fait chuter l'équipe de Del Bosque (1-0) en phase de poules de la Coupe du monde il y a deux, a clairement tracé un chemin que d'autres équipes vont tenter de suivre à l'Euro 2012. La Nati a dressé un mur défensif sur lequel les Espagnols se sont cassés les dents avant de faire la différence sur un contre. Un peu comme Chelsea face à Barcelone en Ligue des champions cette saison. L'Espagne a parfois tendance à tomber dans une domination stérile et peut ainsi se faire piéger. D'autant plus qu'elle n'a pas David Villa, ô combien précieux dans la finition lors des deux dernières campagnes internationales.

SON HISTOIRE A L'EURO : DEUX COUPS D'ECLAT A 44 ANS D'INTERVALLE

Après avoir déclaré forfait pour des raisons politiques en 1960, l'Espagne a remporté le premier Euro auquel elle a participé en 1964, devant son public. Les Espagnols avaient pris le dessus sur la Hongrie (2-1 a.p.) en demi-finale avant de s'imposer devant l'URSS (2-1 a.p.) en finale à Santiago-Bernabeu. La Seleccion, finaliste malheureuse 20 ans plus tard face à la France au Parc des Princes (2-0) au terme d'une rencontre qui a rendu célèbre le pauvre Luis Arconada, a dû attendre 44 ans pour inscrire de nouveau son nom au palmarès de l'épreuve. C'était il y a quatre ans, en Suisse et en Autriche. Après une phase de poules parfaite, avec des victoires sur la Russie (4-1), la Suède (2-1) et la Grèce (2-1), l'équipe alors entraînée par Luis Aragones avait pu compter sur un grand Iker Casillas pour venir à bout de l'Italie (0-0, 4-2 t.a.b.) avant de signer un nouveau succès sur la Russie (3-0) et de prendre le dessus sur l'Allemagne en finale (1-0), grâce à un but de Fernando Torres.

SA PLACE DANS LE FOOT MONDIAL : L'ETERNEL LOSER EST DEVENU UN INSATIABLE WINNER

Malgré son titre de championne d'Europe en 1964, l'Espagne a longtemps porté la pancarte d'un pays très compétitif en club mais incapable de gagner quoi que ce soit en sélection. Régulièrement impériale dans les phases de qualifications, la Seleccion collectionnait en revanche les déceptions en phases finales, jusqu'à son élimination par la France en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Depuis, personne n'arrête la Roja. Championne d'Europe en 2008 et du monde en 2010, l'Espagne a suivi un parcours assez similaire au FC Barcelone, club qui a tout gagné au niveau mondial durant cette période. Après avoir été raillée pour son incapacité à briller sur la scène internationale, l'Espagne est devenue le pays dominant dans le foot depuis quatre ans, ce qui se traduit d'ailleurs par sa première place au classement FIFA.

UNE ANEDOTE: LES NAINS FONT LA LOI

Petits par la taille, grands par le talent. C'est le profil des milieux de la Roja si déterminants par leur vivacité et leur créativité. Andres Iniesta, Xavi, David Silva, Santi Cazorla ou encore Juan Mata, que des joueurs qui culminent au maximum à 1,75m, ont été surnommés "los Bajitos" (les nains) par les médias espagnols. Un sobriquet un poil péjoratif mais qui n'empêche pas ces joueurs de maîtriser la plupart du temps leur jeu et leurs adversaires de la tête et des épaules.

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