L'Espagne, une autre idée de la défense

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L'Espagne, une autre idée de la défense
Par Vincent BREGEVIN|Ecrit pour TF1|2012-06-26T14:58:48.000Z, mis à jour 2012-06-27T14:24:48.000Z

Si elle lui donne un potentiel offensif indéniable, la maîtrise collective de l'Espagne se traduit surtout par une efficacité défensive impressionnante.

Les apparences sont parfois trompeuses. L'équipe d'Espagne en est la plus belle preuve. Après l'Euro 2008, la Roja incarnait une nouvelle tendance. Celle d'un football plus joueur, basé sur la technique et le jeu court qui lui donnaient une force collective dominatrice. Elle évolue toujours de la sorte en 2012. Mais elle ne dégage plus exactement la même image. Il suffit de regarder l'effectif de l'Espagne pour constater qu'elle regorge toujours autant de talents offensifs. Ses vertus collectives pourraient d'autant plus servir un jeu d'attaque. Mais sur le terrain, c'est plutôt l'efficacité défensive des Espagnols que l'on voit.

Cela se traduit dans les chiffres. Entre l'Euro 2008, la Coupe du monde 2010 et l'Euro 2012, l'Espagne a disputé un total de 17 matches dans des tournois internationaux. Elle n'a inscrit plus de deux buts qu'à trois reprises : deux fois contre la Russie en 2008 (3-1 en poules, puis 3-0 en demi-finale) et contre l'Irlande cette année (4-0). Son attaque n'est donc pas si prolifique que ça. En revanche, ses statistiques défensives sont impressionnantes. Si l'on excepte la phase de poules de l'Euro 2008, c'est à dire en ne comptabilisant que ses 14 derniers matches dans les tournois internationaux, la Roja n'a concédé que trois buts, et a préservé sa cage inviolée à onze reprises. En fait, elle n'a toujours pas pris le moindre but dans les tours à élimination directe des compétitions internationales depuis sa défaite face à la France (3-1) en huitième de finale de la Coupe du monde 2006.

Le concept du "Tiki-Takanaccio"

C'est le côté paradoxal du jeu espagnol. La Roja possède toujours la balle pendant les deux tiers du temps sur un match, elle réalise toujours deux à trois fois plus de passes que son opposant. Mais cette maîtrise collective se traduit davantage par une efficacité défensive que par un réalisme offensif. Comme si la stratégie de l'Espagne pour défendre consistait simplement à priver l'adversaire de ballons. "La clé de cette équipe, c'est le contrôle. Il faut contrôler le rythme du jeu. Avec la balle, on se défend mieux. Les adversaires sont forcément moins dangereux quand nous avons la balle, et on sait que les occasions viendront. Si on a 60 ou 70% du temps de possession de balle, cela nous donne de la tranquillité. Mais l'équipe est toujours concentrée pour bien défendre. Avec ce contrôle du jeu et nos occasions, on sait que le but va arriver", résume le défenseur barcelonais Gerard Piqué.

Vicente del Bosque pousse cette idée à son paroxysme. Notamment quand le sélectionneur espagnol choisit de se passer d'un attaquant de pointe pour faire évoluer Cesc Fabregas à ce poste. Sans point de fixation devant ni profondeur, le jeu espagnol semble parfois perdre sa finalité. Mais la Seleccion acquiert encore davantage de contrôle sur le jeu avec la présence du stratège barcelonais en faux numéro 9. Car elle perd encore moins de ballons, donc elle le donne encore moins souvent à l'adversaire. Lors du match face à la France (2-0), cette stratégie a inspiré le journaliste de Reuters, Simon Evans. Celui-ci a défini le style de jeu espagnol comme le "Tiki-Takanaccio", concept inspiré du Tiki-Taka espagnol et du catenaccio de l'Inter d'Helenio Herrera. Une autre idée de la défense qui pourrait bien conduire la Roja à un triplé inédit dans l'histoire du football. A moins que le Portugal réussisse à trouver la clé du verrou.