L'Italie passe au football total

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L'Italie a suivi une autre voie
Par Gil BAUDU|Ecrit pour TF1|2012-06-27T19:49:09.000Z, mis à jour 2012-06-28T15:13:43.000Z

En deux ans, Cesare Prandelli a changé radicalement la philosophie de la Nazionale. En s'inspirant de l'Ajax Amsterdam des années 1970, mais aussi de l'Allemagne, son adversaire en demi-finale de l'Euro, jeudi soir (20h45). L'Italie attend des résultats pour valider ses deux modèles.

Au pays du "Catenaccio", cette Italie-là détonne. Depuis que Cesare Prandelli en a pris les rênes, il y a deux ans, la Squadra Azzurra ne ressemble plus à ses devancières : elle joue. L'Euro 2012 offre un terrain d'expression grandeur nature à sa nouvelle philosophie. Et jeudi soir (20h45), lors de sa demi-finale face à l'Allemagne, elle n'y dérogera pas. "Nous devrons chercher à avoir la possession de balle", annonce Andrea Pirlo, la plaque tournante du milieu. "Notre équipe est bâtie pour jouer d'une certaine façon, elle a grandi comme ça, reprend l'omniprésent Daniele De Rossi. Nous aimons avoir la possession de balle. Le seul moyen que nous ayons de rivaliser, c'est le jeu de passe.""Nous ne nous contenterons pas de défendre dans notre surface de réparation. Nous prendrons des risques, insiste Prandelli. Je préfère prendre un but en contre-attaque plutôt que de passer vingt minutes à souffrir."

Marcelo Lippi, pour ne citer que lui, n'aurait jamais tenu un tel discours. En Italie, la culture de la gagne a toujours primé. Lors de la Coupe du monde 2006, le parcours de la Nazionale avait été laborieux. Mais il s'était fini en apothéose. L'Allemagne n'avait pas su se mettre en travers de sa route. A l'époque, Jürgen Klinsmann commençait tout juste à emprunter un autre chemin. Celui de la reconquête par le jeu. Six ans plus tard, la Mannschaft, finaliste de l'Euro 2008 et séduisante troisième du Mondial 2010, a presque achevé sa mue. Et l'Italie, l'autre puissance historique du football européen, cherche aujourd'hui à l'imiter. "Ils ont des années d'avance sur nous, tempère Prandelli. Après 2006, ils ont parié sur la jeunesse et aujourd'hui ils ont une grande équipe." Priée de gagner au plus vite.

Le "football total" de l'Ajax

En Italie, le pays aux quatre Coupe du monde, le sélectionneur transalpin se sait tenu aux mêmes impératifs de résultat. Sur le papier, la Squadra n'a pourtant "pas de 'fuoriclasse'", pas "de génie offensif ayant le profil d'un Baggio ou d'un Del Piero". Simplement "des bons joueurs" au service d'un idéal collectif, calqué sur une référence : l'Ajax Amsterdam des années 1970. Le mois dernier, dans un entretien passionnant accordé à L'Equipe Mag, l'ancien coach de la Fiorentina développait "l’idée d’un football spectaculaire, total, intense, qui prend le jeu à son compte, qui ne recule pas".

"Cette Italie qui sait seulement défendre et jouer en contre a vécu, s'était emporté Prandelli. A la place, il y a une Italie qui veut attaquer ! Une Italie qui devra aussi défendre, et donc pratiquer un jeu global et ambitieux." Vous avez dit "révolution" ? Réponse de l'intéressé : "Je ne sais pas si on peut parler d’une révolution. Le projet était de recommencer un cycle, de reprogrammer une équipe qui se construirait un avenir en se basant sur le jeu (...) Concrètement, l’équipe doit rester compacte à la perte du ballon afin de le récupérer vite pour développer aussitôt du jeu. Pour cela, elle doit posséder une culture tactique d’un genre nouveau pour l’Italie." "Chercher à jouer, avoir le ballon, construire" : ces leitmotivs, la sélection italienne les a brillamment appliqués depuis le début de l'Euro. Contre l'Espagne (1-1) dans le groupe C, comme devant l'Angleterre, qu'elle aurait dû éliminer bien avant la séance des tirs au but (0-0, 4 t.a.b. à 2).

"Klinsmann et Löw ont eu du temps"

Les statistiques le confirment : la Squadra 2012 est infiniment plus joueuse, plus audacieuse et tout aussi robuste que celles de 2006, 2008 et 2010 (voir infographie en bas de l'article). Mais ça, la presse transalpine s'en moque. Elle préfère mettre en avant sa force mentale. Lundi, au lendemain du quart de finale victorieux, Tuttosport et La Gazzetta dello Sport n'avaient d'yeux que pour "l'Italie qui gagne", composée de "lions" affamés. C'est dire si le romantisme de Prandelli peine encore à se frayer un chemin de l'autre côté des Alpes. Dans L'Equipe Mag, le patron de la Squadra déplorait l'élan de "pessimisme" qui avait escorté son équipe durant les éliminatoires. En dépit d'une campagne "convaincante", rythmée par huit victoires et deux nuls en dix matches, le tout à une jolie moyenne de deux buts inscrits par match, elle avait "subi des tas de critiques". Pas assez rugueuse, trop fébrile, pestaient les journalistes et les tifosi.

Pour imposer ses idées, Prandelli est conscient qu'il doit trouver un "équilibre". Dit autrement, "améliorer le futur en conjuguant notre culture du résultat avec un jeu ambitieux". Mais bénéficiera-t-il de la patience dont a fait preuve l'opinion allemande ? "Jürgen Klinsmann puis Joachim Löw ont eu du temps pour appliquer leur méthode. En Italie, dès l’hymne national du premier match de la phase finale, tout le monde devient un tifoso acharné. Et là, ça devient compliqué pour les techniciens qui raisonnent à long terme. Tout à coup, c’est au jour le jour. Si tu gagnes, O.K. ; si tu perds, tu pars." La demi-finale face à l'Allemagne ressemblera à un quitte ou double. Pour l'Italie, comme pour Prandelli. "Super Mario" y voit l'accomplissement de deux années de travail. De reconstruction. Mais certainement pas de démolition. Il a déjà prévenu : "Nous savons aussi tacler et donner quelques coups." Chassez le naturel...

L'Italie a suivi une autre voie