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Lloris, ce si discret capitaine

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Lloris, ce si discret capitaine
Par Martin MOSNIER|Ecrit pour TF1|2012-06-01T21:07:00.000Z, mis à jour 2012-06-02T17:22:06.000Z

Hugo Lloris sera le capitaine des Bleus à l'Euro. Pourtant le portier, timide, est un taiseux. Un caractère incompatible avec le brassard ?

"Un vrai choix, pas par défaut." Sitôt Hugo Lloris intronisé capitaine de l'équipe de France, Laurent Blanc s'est empressé de dissiper les doutes, de désamorcer le scepticisme ambiant. Car la nomination de Lloris ne fait pas forcément l'unanimité. Le gardien des Bleus n'a pas franchement, à première vue, la gueule de l'emploi. Timide, fuyant et taiseux, à la manière d'un Lisandro à Lyon, il développe une certaine tendance à l'incommunicabilité.

Lors de la préparation dans le Nord, Lloris ne s'est ainsi pas présenté au point presse avant la Serbie. Pas franchement bavard, il apprécie peu les rendez-vous avec les journalistes et les fuit tant que possible. Pendant l'Euro, il n'aura pas le choix et assumera les responsabilités médiatiques qui incombent à la tâche. Saura-t-il jouer le rôle de paratonnerre en cas de crise ? Désamorcer les éventuelles polémiques ?

Avec Evra, le jour et la nuit

"Je pense que l'on ne va pas changer les personnalités du jour au lendemain", le défendait Laurent Blanc après le match face à l'Allemagne (1-2) en février. "Mais Hugo et d'autres vont devoir s'affirmer." Comprendre forcer sa nature. A en croire Cédric Carrasso, Lloris a déjà consenti à certains efforts. Comme Lisandro entre Saône et Rhône, quand Lloris ouvre la bouche, le vestiaire l’écoute : "Il parle beaucoup par rapport à ses débuts. Après, il ne va jamais t'animer le vestiaire. Quand il parle, il parle juste et bien. Il est très réfléchi." "J'estime que c'est quelqu'un qui a l'air de maîtriser et d'avoir une certaine lucidité dans ce rôle là", se justifie Blanc.

Le premier à l'avoir nommé capitaine, c'est Claude Puel à Lyon : "Pour sa grosse maturité malgré son jeune âge, sa bonne analyse et son talent", nous résume son ancien coach. "Il n'est pas effacé mais réservé, ce n'est pas la même chose. Il sait dire les choses." "Le connaissant personnellement, il est prêt à assumer le capitanat", indique Cédric Carrasso. Alors que Puel se félicite que le brassard n'influe pas sur ses prestations : "Il affronte les responsabilités." Son style tranche radicalement avec celui de Patrice Evra, capitaine du fiasco sud-africain. Bavard, sa langue bien pendue pouvait parfois friser l'arrogance. Lloris, lui, ne fait jamais de vague. En le nommant, Blanc sait qu'il s'évitera certaines erreurs de communication pas si lointaines. "Il y a plusieurs manières d'être écouté et suivi dans un groupe", constatait Blanc à Clairefontaine.

Sa légitimité, le terrain

Mais sa vraie légitimité de capitaine, Lloris l'a acquise sur le terrain. Laurent Blanc n'a pas sous la main des tonnes de joueurs indiscutables dans le onze. Lloris, Mexès, Rami, M'Vila et Benzema le sont. Parmi eux, il est, avec le Madrilène, le seul à avoir été irréprochable en bleu et en club cette saison. "Hugo est quelqu'un qui est extraordinaire au niveau sportif", s'enthousiasme Blaise Matuidi. "C'est quelqu'un qui reste assez réservé mais je pense que l'exemple, avant tout, vient du terrain. Et lui, c'est le meilleur exemple."

Pas certain pour autant que Lloris soit un meneur d'hommes, le genre de leader qui transcende un groupe comme pouvait l'être Didier Deschamps sur le terrain. Mais ce groupe n'a pas d'aboyeur. "Tout le monde a le droit de parler, on communique beaucoup. On l'écoute comme on écouterait tout le monde", témoigne Carrasso qui confirme la thèse selon laquelle cette équipe ne possède pas de leader naturel. "Je considère qu’on est tous des capitaines sur le terrain", estime pour sa part Evra.

Ses coéquipiers l'attestent pourtant, on entend Lloris sur le terrain. Son coup de gueule mémorable à l'issue d'un match nul concédé dans les derniers instants à Nice la saison dernière tord en partie le coup à l'image très lisse qu'il renvoie : "C’est vrai qu’il ne parle pas trop en dehors du terrain mais une fois le match commencé, il se fait entendre", renseigne Karim Benzema. "Il a une grosse exigence avec lui et les autres. C'est un compétiteur", relaie Puel. Et Blanc de résumer en deux phrases le sentiment général : "Certains ne parlent pas souvent mais imposent le respect. C'est son cas."