Nasri, son autre terrain d'expression

Voir le site Euro 2012 de football

Nasri, l'autre terrain d'expression
Par Gil BAUDU|Ecrit pour TF1|2012-06-26T07:25:06.000Z, mis à jour 2012-06-26T18:58:48.000Z

Chiffres à l'appui, nous avons passé au peigne fin l'Euro du controversé Samir Nasri. Et il n’est pas aussi alarmant que son comportement.

Ses dérapages verbaux ont brouillé son image. Ils ont surtout eu le don d'éclipser les prestations de Samir Nasri dans cet Euro 2012. Le Citizen méritait-il pour autant de s'attirer les foudres médiatiques ? Nous ne nous attarderons pas ici sur ses sorties de route. Il ne s'agit pas de juger son supposé manque d'éducation. Simplement de vérifier si, sur la pelouse, le seul terrain d'expression qui compte vraiment, l'ancien Gunner a répondu aux exigences de Laurent Blanc. Contre vents et marées, le sélectionneur des Bleus lui a maintenu sa confiance : Nasri a débuté les trois rencontres de poule. Tantôt à droite, tantôt dans l'axe. Le quart de finale face à l'Espagne (0-2) ? Il n'en a vécu que l'ultime demi-heure. Entre-temps, le milieu mancunien aux 35 sélections a été sérieusement secoué. Le bilan chiffré de son Euro 2012 n'est pas mirobolant. Mais il n'est pas non plus effrayant.

SOLLICITÉ, PAS INFLUENT. Samir Nasri est un aimant. Il attire les ballons. On lui reproche surtout de les garder trop longtemps. Cette critique est légitime : le Citizen a traversé la compétition avec une nonchalance qui a semblé virer à la suffisance. A trop rechercher la solution "idéale", il en a oublié de jouer juste. Simplement, en une ou deux touches. Mais ses statistiques nuancent quelque peu cette impression visuelle, partagée par la plupart des observateurs. Nasri a fait jouer les autres plus qu'il n'en a eu l'air. En Ukraine, ses passes sont souvent arrivées à destination. Dans ce registre, son taux de réussite (87,6%) le hisse même à hauteur de Yohan Cabaye, dont l'influence grandissante a sauté aux yeux. Seuls Yann M'Vila (93,7%) et Florent Malouda (92%) se sont montrés plus précis que le Mancunien et le Magpie. Et encore, avec un temps de jeu très sensiblement inférieur, puisque le milieu rennais et celui de Chelsea n'ont disputé respectivement que 184 et 181 minutes. Dans ces conditions, quel poids pesait réellement Nasri sur le jeu tricolore ? Pour s'en faire une idée, il suffit de se référer au maître en la matière : Xavi Hernandez. Lors des quatre premiers matches, le stratège espagnol s'est montré plus précis que son alter-ego français. En attestent ses 92,1% de passes réussies. Dit comme ça, le rendement de Nasri paraît donc honorable. Il le serait si son jeu gagnait en profondeur. Et c'est là que le bât blesse : seules 21% de ses passes ont été tournées vers l'avant. Les 79% restantes étaient, au mieux, latérales. Forcément, elles ont alimenté les critiques.

Nasri, l'autre terrain d'expression

UN APPORT OFFENSIF LIMITÉ. Son joli but face à l'Angleterre (1-1) n'était que son quatrième en Bleu. Son deuxième de la saison. En octobre, son penalty face à la Bosnie (1-0) valait de l'or. Nasri marque souvent à bon escient. Mais pas assez pour un joueur offensif. Pour quelles raisons ? La lecture de ses statistiques donne des éléments de réponses : 1. Nasri a trop peu frappé au but. Durant l'Euro, il n'a tenté sa chance qu'à quatre reprises. Autant qu'Alou Diarra, au temps de jeu comparable et au registre ô combien plus défensif. A côté des dix-neuf tirs de Karim Benzema ou même des six de Franck Ribéry, l'audace du Citizen a fait pâle figure ; 2. Nasri n'a cadré que 50% de ses frappes. Comme Ribéry. A défaut d'être plus efficace, Jérémy Ménez (80%), son suppléant dans le couloir droit face à l'Ukraine, a été plus "précis" dans le dernier geste ; 3. Le jeu de Nasri a manqué de percussion. Ses accélérations balle au pied ont peiné à déstabiliser les défenses adverses. Résultat : en quatre matches, il n'a obtenu qu'un petit coup franc. Quand Ribéry et ses jambes de feu en récoltaient... treize !

LA LIBERTÉ A UN PRIX. Initialement, Laurent Blanc avait prévu d'installer Samir Nasri sur le flanc droit de son attaque. A un poste où il a ses repères en Angleterre. Et où le sélectionneur des Bleus pensait lui offrir un espace de liberté moins cloisonné. De la liberté, Nasri s'en est tellement octroyé, qu'il a passé le plus clair de son Euro dans le rond central, voire à gauche. Y compris contre l'Angleterre. Voilà pourquoi Blanc l'a réinstallé dans l'axe face à l'Ukraine puis contre la Suède. C'est sans doute aussi pour cette raison qu'il l'a d'abord laissé sur le banc en quart de finale. Face à l'Espagne, il s'agissait surtout de bloquer Andres Iniesta et Jordi Alba. On a vu le résultat. La présence de Nasri aurait-elle changé la donne ? Probablement pas. Sur le plan offensif, son imprécision - récurrente - sur les centres (32% de réussite) n'aurait pas fait oublier l'inhabituelle maladresse de Mathieu Debuchy, d'ordinaire à l'aise dans l'exercice. Défensivement, l'Euro de Nasri n'a pas été non plus un modèle de rigueur et d'abnégation. Face à l'Angleterre, par exemple, son replacement hasardeux a trop souvent laissé Debuchy livré à lui-même. Le natif de Marseille s'est toutefois investi dans le harcèlement défensif. Impression confirmée par les chiffres : Nasri a parcouru 35,6 km en 282 minutes. Proportionnellement, son activité a été comparable à celles de Ribéry (41,8 km en 360 minutes) et de Cabaye (30,6 km en 243 minutes). Elle s'est même avérée plus soutenue que celle d'Alou Diarra (29 km en 270 minutes).

Nasri, l'autre terrain d'expression

NOTRE APPRÉCIATION : L'Euro de Samir Nasri laisse derrière lui un goût d'inachevé. Les statistiques prouvent que le Citizen a bien essayé d'apporter sa pierre à l'édifice tricolore. Mais il n'y est parvenu que par intermittences. Parce que, dixit Noël Le Graët, le président de la FFF, il était "à fleur de peau". Le scepticisme entourant son rendement était parfois excessif. Il était également justifié.