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Depuis, ils ont fait du chemin

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Depuis, ils ont fait du chemin
Par Gil BAUDU|Ecrit pour TF1|2012-05-26T23:06:38.000Z, mis à jour 2012-05-27T17:47:03.000Z

Titulaires dimanche, lors de France-Islande, Karim Benzema, Hatem Ben Arfa, Jérémy Ménez et Samir Nasri sont les porte-drapeaux de la génération 1987. Philippe Bergeroo, sélectionneur des champions d'Europe 2004, nous éclaire sur leur parcours.

Son avenir était tout tracé. Ecrit en lettres d'or, à l'encre du talent. Du "talent", la fameuse génération 1987 en avait déjà à revendre lorsqu'elle s'est hissée sur le toit de l'Europe, en 2004. Cette bande d'ados n'avait pas encore 17 ans. Mais on lui voyait déjà emprunter les sentiers de la gloire. Huit ans plus tard, Philippe Bergeroo acquiesce : "Cette génération est exceptionnelle, nous confirme celui qui était alors le sélectionneur national des moins de 17 ans. Il y avait un talent monstre dans cette équipe de France." Ses porte-drapeaux sont connus. Ils s'appellent Karim Benzema, Hatem Ben Arfa, Jérémy Ménez et Samir Nasri. Quatre "phénomènes", que Bergeroo "voyait atteindre le plus haut niveau". Et que Laurent Blanc alignera ensemble dimanche, face à l'Islande. Avant, sauf surprise, de les emmener dans ses bagages pour l'Euro.

"Leur qualité commune, c'est le talent, justifiait le patron des Bleus quand il a égrené leurs noms parmi les vingt-six présélectionnés. Nous avons la chance de les avoir. Il ne serait pas cohérent de dire que nous possédons trop de joueurs de talent !" "Talent" : le mot revient sur toutes les lèvres dès qu'on évoque Benzema, Ben Arfa, Ménez, Nasri. Tous ont emprunté un itinéraire à pleine vitesse. Sans se retourner. Des débuts précoces en Ligue 1, porteurs de promesses. Puis des exils, pour vite se frotter au gratin européen. A vouloir brûler les étapes, certains se sont un peu perdus en route. "Quand ils ont commencé à jouer en pro, c'est tout de suite devenu plus compliqué à gérer pour eux, insiste Bergeroo. Ils ont découvert un monde de paillettes, avec beaucoup de sollicitations. Il leur a fallu apprendre à vivre avec."

Avant de régaler Madrid, Newcastle, Paris et Manchester, ils ont donc dû gommer cette image tenace de sales gosses. Décoller cette étiquette d'enfants gâtés qui leur collait à la peau. "En 2004, ils étaient sûrs de leur force, tempère Bergeroo. Ce n'était pas du mépris. Ils avaient simplement décidé d'être champions d'Europe. Je me souviens que juste avant cette fameuse finale, ils savaient déjà qu'ils la gagneraient. Je revois encore Samir Nasri me dire juste avant le match : 'Ne vous inquiétez pas coach, elle est pour nous cette Coupe !' En face, il y avait pourtant l'Espagne de Piqué, de Fabregas. Mais ils avaient une telle confiance en eux..." Par moments, cette "confiance" a tourné à la suffisance. "Deux ans plus tard, on ne s'était même pas qualifiés pour la phase finale du championnat d'Europe des U19. On avait le potentiel pour faire le doublé. C'est le seul regret que j'ai avec cette promotion."

"Des joueurs de cette qualité, il ne faut surtout pas les brider"

Les sales gosses ont fini par grandir. En laissant leurs egos aux vestiaires. "L'important, c'est le collectif dans son ensemble, insistait Hatem Ben Arfa mardi, à Clairefontaine. Si on n'a pas percé plus tôt, c'est aussi parce qu'on était plus jeunes." "On attend beaucoup de nous et j’espère que l’on jouera tous ensemble pour faire un bon Euro, disait Karim Benzema le lendemain. Mais il n’y a pas que nous, il y a tout un groupe." "Jouer tous ensemble chez les A", une idée "du domaine du rêve" devenue "une chance à saisir", dixit Samir Nasri. Bergeroo juge le quatuor suffisamment mûr pour la saisir. "Avec eux, la problématique, c'était d'arriver à faire cohabiter leur talents individuels, à construire un projet collectif. Ce n'était pas évident. Aujourd'hui, ils sont capables de jouer ensemble."

Depuis, ils ont fait du chemin

Mais ont-ils changé à ce point ? "Je ne crois pas, répond celui qui s'occupe actuellement des U20. Ils ont gardé leurs qualités." Si Benzema "a progressé devant le but", "s'est endurci sur le plan physique" et a "acquis une culture défensive grâce à Mourinho", il a toujours eu "un sens du déplacement exceptionnel". Bergeroo n'a pas tardé à s'en rendre compte. "Je ne le connaissais pas trop : on l'a pris au dernier moment. Dès les premiers entraînements, il a fait souffrir ma défense centrale. Au championnat d'Europe, on n'arrivait pas à marquer face à l'Irlande. Il restait dix minutes à jouer. Il est rentré. Sur son premier ballon, il enchaîne contrôle poitrine et demi-volée dans la lucarne. Il n'avait pas 17 ans. En deux temps-trois mouvements, on savait que c'était un talent énorme." Nasri ? "Je le faisais jouer milieu excentré gauche, dans un 4-4-2 traditionnel. Ça lui permettait de se démarquer plus facilement, de rentrer dans l'axe sur son pied droit, de donner des ballons dans les intervalles. Il est plus à l'aise quand il part de loin. Son meilleur poste, c'est relayeur, dans un milieu à trois."

Ménez et Ben Arfa ? "Presque des copiers-collers. Ce sont tous les deux d'excellents dribbleurs. Hatem allait déjà très vite, mais il faisait davantage de différences sur des dribbles chaloupés. Jérémy, lui, c'est plus de la puissance : il était capable de pousser loin son ballon et de prendre son défenseur de vitesse." Pointés du doigt pour leurs excès d'individualisme, le Magpie et le Parisien ont "su épurer leur jeu". Comme le Madrilène. Comme le Citizen. Mais ils ne l'ont pas renié pour autant. "Quand vous avez des joueurs de cette qualité, il ne faut surtout pas les brider. Au contraire, il faut les laisser jouer." D'autant plus qu'aux yeux de Laurent Blanc, cette génération 1987 incarne "le présent et l'avenir" de l'équipe de France. Pour l'ancien bras droit d'Aimé Jacquet, elle n'est pas la seule. "Celle de 1986 est également exceptionnelle. Elle est composée de Lloris, Kaboul, Cabaye, Diaby et Gourcuff. Dans deux ans, lors de la Coupe du monde au Brésil, ces deux générations seront au top. Elles seront en pleine force de l'âge et auront emmagasiné pas mal d'expérience." L'Euro qui se profile aura valeur de répétition générale. "Avec Aimé, rappelle Bergeroo, on s'était servis de 1996 pour préparer 1998." On connaît le fin mot de l'histoire.

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