Dans l'actualité récente

Platini: "Un sacré plateau"

Voir le site Euro 2012 de football

Platini: 'Un sacré plateau'
Par Propos recueillis par Michael BAYARD|Ecrit pour TF1|2011-12-02T16:28:30.000Z, mis à jour 2011-12-02T20:13:37.000Z

Michel Platini a accordé un entretien exclusif à Eurosport. Alors que le tirage au sort de l'Euro 2012 doit avoir lieu vendredi soir à Kiev, le président de l'UEFA savoure déjà cette prochaine phase finale en Ukraine et en Pologne, où aucun ancien champion d'Europe ne manquera à l'appel.

A quelques mois de l'Euro en Pologne et en Ukraine, comment appréhendez-vous cet évènement après les contrariétés que vous avez pu connaitre?

M.P. : Ça a été une longue contrariété. Ça n'a pas été simple, ça a même été très compliqué puisqu'à un moment, ça n'avançait pas du tout. Pour des tas de raisons. La crise est passée par là, il y a eu des problèmes politiques en Ukraine. Nous avons dû mettre en garde plusieurs fois ces deux pays. Ensuite, ils ont commencé à œuvrer, et ces deux ou trois dernières années, ils ont fait du très bon travail.

Ces derniers mois, les progrès ont été spectaculaires...

M.P. : Il n'y avait rien. Les stades, les infrastructures, l'hébergement. Ils ont rénové des routes, des hôpitaux. Ils ont fait un saut en avant de 30 ou 40 ans. Alors, nous, on va partir au bout d'un mois. Mais il restera des choses à long terme pour les populations ukrainienne et polonaise. C'est ça l'intérêt d'une compétition. Ils ont fait beaucoup, ils sont quasiment à 100% de ce qui pouvait être fait. Je pense qu'on peut les remercier et les féliciter.

En 2008, aucun des deux pays co-organisateurs, l'Autriche et la Suisse, n'ont franchi le premier tour. Pensez-vous que la Pologne et/ou l'Ukraine peut y parvenir en 2012?

M.P. : C'est difficile. L'Euro est une compétition très difficile. Il y a quand même les trois premiers de la dernière Coupe du monde, plus d'autres équipes qui montent. L'Angleterre, l'Italie qui revient, la France aussi. Donc ça va être difficile, mais pas seulement pour eux. Ce sera dur pour tout le monde. Il y aura des grands noms qui vont partir dès le premier tour. C'est vrai qu'il y a un sacré plateau quand même.

Les Espagnols sont les grands favoris. Mais jamais un champion d'Europe n'a réussi à conserver son titre...

M.P. : Ils ont les moyens d'être champions d'Europe pour la deuxième fois de suite. Ils ont peut-être perdu quelques matches amicaux, mais avec les joueurs qu'ils ont, ce n'est pas un problème. Ils se connaissent, ils savent où ils vont. L'Espagne, ce n'est pas une équipe qui est toute jeune. Elle est mûre, elle sait ce qu'elle a à faire dans une grande compétition.

Qui voyez-vous parmi ses principaux rivaux? L'Allemagne? Les Pays-Bas, comme en 2010?

M.P. : Les Allemands ont une très belle génération. C'est une très belle équipe, très forte en ce moment. Ils sont bons, ils vont vite. J'irai voir le match Allemagne-France à Brême. J'ai été invité par la fédération allemande. Ils doivent vouloir nous mettre une bonne raclée et ils veulent que je sois là pour voir ça ! J'ai moins vu les Pays-Bas récemment. Ils se sont qualifiés très vite, c'est passé un peu inaperçu.

Que peut espérer l'équipe de France face à une telle concurrence?

M.P. : Je ne la vois pas parmi les favoris. Je l'ai déjà dit. Je pensais la même chose avant la Coupe du monde 2010. C'est une bonne équipe, une équipe qui monte, Laurent Blanc fait du bon travail, maintenant, c'est à eux de se découvrir te de montrer qu'elle a une grande équipe. Mais je ne vois pas encore la France au niveau de l'Espagne, de l'Allemagne ou de la Hollande.

Elle doit venir pour progresser?

M.P. : Non, ils vont venir pour mouiller le maillot et pour gagner. On ne sait jamais. La France peut faire un très bon Euro, tout est possible. La Grèce a bien gagné l'Euro en 2004. Mais si vous me demandez de juger sur ce qu'on voit, sur ce qui s'est passé, sur la Coupe du monde il y a deux ans, les qualifications de l'Euro, je ne considère pas la France comme un des favoris. Si elle gagne l'Euro, ce sera une agréable surprise.

Quels sont les joueurs que vous êtes particulièrement impatient de voir évoluer dans cet Euro?

M.P. : Messi ! Il ne jouera pas? Bon, tous les autres alors ! Non, il y a beaucoup de très bons joueurs actuellement. Sur la dernière Coupe du monde, ce sont surtout les Espagnols, comme Xavi ou Iniesta, qui sont sortis du lot par rapport aux autres joueurs. Mais deux ans après, on peut voir d'autres joueurs émerger. Un grand joueur doit être fort avec son équipe nationale. La reconnaissance vient souvent par l'équipe nationale.

L'Euro vous a apporté cette reconnaissance. Vous l'avez gagné en 1984, à domicile. Que vous reste-t-il aujourd'hui de ce sacre?

M.P. : C'était une belle aventure. L'aventure d'une équipe qui était sous pression car nous avions fait une très belle Coupe du monde en 1982. Moi, j'avais gagné quelques trophées en Italie avec la Juventus. Tout le monde s'attendait à ce qu'on gagne le premier trophée international du sport collectif français. Et nous l'avons fait, brillamment, avec une belle équipe, pleine de qualités, qui marchait bien. C'était un beau moment, dans une bonne atmosphère. C'était bien, c'était superbe. Je passe un petit coucou à tous mes partenaires de l'époque.

Cet Euro 84, c'est aussi votre but sur coup-franc en finale et cette erreur de Luis Arconada...

M.P. : Ca m'embêtait pour lui que ça se termine comme ça, parce que c'était la fin de sa carrière. Mais il ne pouvait rien faire sur ce coup-franc. Il était imparable ce tir, non? Ou alors je ne m'en souviens plus (rires). Je vais vous dire, le but que j'aurais voulu marquer, c'est celui de Bruno Bellone, à la 90e minute. Un but exceptionnel, avec son piqué. J'en ai mis neuf dans cet Euro, mais j'aurais aimé marquer celui-là. Mais pas avec le pied gauche, ça aurait été plus dur pour moi.

Vous êtes toujours recordman des buts marqués dans un seul Euro avec neuf réalisations. Pensez-vous qu'il sera battu ?

M.P. : Pourquoi pas? En ce moment, tout le monde est en train de battre mes records. Di Natale est parti pour être trois fois de suite meilleur buteur en Italie, Messi trois fois Ballon d'or, enfin peut-être. Les records sont faits pour être battus. C'est comme ça, c'est bien je trouve.